Le gouvernement conservateur canadien étend à l’espace les querelles de notre pauvre Terre

La station spatiale internationale (Photo, NASA 2011)
La station spatiale internationale (Photo, NASA 2011)
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La station spatiale internationale (Photo, NASA 2011)
La station spatiale internationale (Photo, NASA 2011)

Alors que s’est ouvert à Toronto lundi 29 septembre la 65e édition du congrès de l’Institut aéronautique et spatial du Canada (IAC) qui se poursuivra jusqu’au 3 octobre, les Russes et les Chinois, privés de visa, brillaient par leur absence parce que, apparemment, le gouvernement conservateur canadien avait décidé d’étendre à la collaboration spatiale les querelles qui agitent notre pauvre Terre.

L’absence des dirigeants des agences spatiales russe et chinoise à la séance plénière d’ouverture a suscité bien des questions parmi les milliers de participants.

Selon, Berndt Feuerbacher, ancien président de la Fédération internationale d’astronautique, qui était le modérateur de la séance, «Il avait été prévu qu’ils [les dirigeants des agences spatiales russe et chinoise] soient ici avec nous, ils ont été avec nous dans le passé, et ils seront avec nous dans l’avenir», a-t-il déclaré.

«Il est juste dommage, en raison de problèmes notamment dans le domaine des visas, que nous ne puisions pas avoir ces délégations ici. Je m’excuse pour cela», a ajouté Berndt Feuerbacher.

Le patron de l’Agence spatiale canadienne (ASC), l’ex chef d’État major de la Défense et Général à la retraite Walter Natynczyk, s’explique mal cette décision d’Ottawa.

Il faut dire que, même au plus fort de la crise ukrainienne, jamais la collaboration dans l’espace n’avait été remise en cause, pas plus par les Américains que par les Russes.

Depuis la mise au rancart des navettes américaines en juillet 2011, c’est encore et toujours le vaisseau spatial russe Soyuz qui peut seul lancer les astronautes, quelque soit leur nationalité, vers la Station spatiale internationale (ISS).

Et c’est, bien sûr, la capsule Soyouz qui a amené en décembre 2012 et ramené en mai 2013 l’astronaute canadien Chris Hadfield de la Station spatiale.

La question de l’importance de la coopération internationale dans le domaine de l’espace, symbolisée par la Station spatiale internationale, s’est donc retrouvée au cœur des débats à ce Congrès avec plus d’acuité que jamais.

Au total, seize pays participent à l’ISS, dont la Russie et les États-Unis, qui en financent la plus grande partie et un équipage de six astronautes occupe en permanence la structure avec des rotations allant jusqu’à six mois.

Mis en orbite en 1998, le vaste laboratoire de recherche orbital qu’est l’ISS, dont la construction a coûté cent milliards de dollars, a vu sa durée de vie prolongée de quatre ans en janvier par la NASA, soit jusqu’à 2024.

Avec les États-Unis, la Russie, l’Europe et le Japon, le Canada, le plus ardent soutien du nouveau pouvoir à Kiev et le pays qui a le plus véhémentement fustigé le comportement des Russes dans la crise ukrainienne, est également, avec l’Europe et le Japon, partenaire de la Russie dans cet «avant-poste» terrestre et se retrouvera aussi à devoir travailler avec les Russes dans l’espace.

Jusqu’ici, tous, vraiment tous se sont entendus pour ne pas «transporter nos querelles dans l’espace».

Quant à Walter Natynczyk, le chef de l’Agence spatiale canadienne (ASC), a été tout bonnement incapable d’expliquer ce qui n’allait pas. Le général à la retraite a dit qu’il n’avait été prévenu de ce problème de visa que dans le deux derniers jours.

Sous le thème «Le monde a besoin de l’espace», ce congrès organisé par l’Institut aéronautique et spatial du Canada est «le plus prestigieux et le plus vaste à l’échelle internationale», dit l’ASC.

Le congrès, qui, englobe tous les domaines de l’activité spatiale, attire près de 3 000 participants internationaux provenant du secteur industriel, des universités et des gouvernements.

«Comment voulez-vous réussir à parler de la coopération spatiale mondiale sans la participation des représentants de la Russie et de la Chine?», s’est indigné Feuerbacher.