L’OTAN appelée à jouer un rôle central dans le monde de «l’après crise ukrainienne»

Le sommet de deux jours de l'OTAN au Pays de Galles les 4 et 5 septembre 2014a été dominé par les discussions sur la crise ukrainienne, les menaces extrémistes en Irak et en Syrie et comment l'OTAN doit se réformer pour faire face aux menaces émergentes (Nato Wales)
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Le sommet de deux jours de l'OTAN au Pays de Galles les 4 et 5 septembre 2014a été dominé par les discussions sur la crise ukrainienne, les menaces extrémistes en Irak et en Syrie et comment l'OTAN doit se réformer pour faire face aux menaces émergentes (Nato Wales)
Le sommet de deux jours de l’OTAN au Pays de Galles les 4 et 5 septembre 2014a été dominé par les discussions sur la crise ukrainienne, les menaces extrémistes en Irak et en Syrie et comment l’OTAN doit se réformer pour faire face aux menaces émergentes (Nato Wales)

Le sommet de deux jours de l’OTAN au Pays de Galles qui se termine aujourd’hui a été dominé par les discussions sur la crise ukrainienne, les menaces extrémistes en Irak et en Syrie et comment l’OTAN doit se réformer pour faire face aux menaces émergentes où soin rôle sera plus important que jamais.

«L’environnement de sécurité auquel nous sommes confrontés est plus imprévisible que jamais. La Russie s’attaque à l’Ukraine. Les extrémistes violents sont en plein essor au Moyen-Orient. L’instabilité se développe en Afrique du Nord», a déclaré le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen, en ce dernier jour du Sommet. dirigeants vendredi.

«En ces temps troublés, l’OTAN doit être prête à entreprendre une gamme complète de missions et à défendre les alliés contre l’ensemble des menaces», a-t-il ajouté.

Les dirigeants de l’Alliance atlantique ont aussi convenu d’une stratégie pour faire de l’OTAN une organisation plus «agile» dans cette ère nouvelle ère de la guerre, en mettant également l’accent sur ​​la cyberdéfense plutôt que les bombes.

Le dernier jour d’un sommet de deux jours, les dirigeants de l’OTAN, y compris le premier ministre Stephen Harper a approuvé un plan de réactivité (Readiness action plan, RAP), en réponse à l’attitude de la Russie dans la crise ukrainienne, perçue comme une menace directe par certains de ses membres (Pays baltes, Pologne, Roumanie, Bulgarie).

L’OTAN a aussi décider de constituer une nouvelle force de réaction rapide pouvant comporter jusqu’à 10.000 soldats en vue de renforcer la défense de l’Alliance face à la situation en Ukraine.

Placée sous le commandement de la Grande-Bretagne, cette force comprendrait des unités navales, aériennes et terrestres fournies par le Danemark, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Norvège et les Pays-Bas.

Le Canada a également exprimé son intérêt. Le nouveau projet de l’Alliance vise à créer une force expéditionnaire capable de se déployer rapidement et de participer régulièrement à des manœuvres.

Dans le cadre de ce plan, l’OTAN a l’intention d’établir une série de trois à cinq bases en Europe de l’Est où l’équipement et les fournitures seront pré-positionnés pour permettre les déploiements rapides.

Qui va payer

En raison des nouvelles menaces, le Secrétaire général de l’OTAN, Fogh Rasmussen s’était montré confiant que les pays membres accepteraient d,augmenter leurs dépenses, et avait affirmé que les actions militaires de la Russie en Ukraine avait été un «réveil» pour eux.

Au Sommet, le Premier ministre britannique David Cameron et le président américain Barack Obama avaient pressé les États membres de l’Alliance, dont le Canada, à s’engager à augmenter leurs dépenses militaires au niveau de 2 % de leur produit intérieur brut (PIB)

Le Canada, dont le gouvernement lutte pour pouvoir se présenter devant son électorat en 2015 avec un budget équilibré, et dont le budget de la Défense vient de subir des coupes, passant de 21 à 18 milliards $, consacre maintenant aux dépenses militaires 1 % de son PIB.

Le Canada avait déjà laissé entendre qu’il s’opposerait à une pareille augmentation des budgets militaires.

Le Canada estimait que, quelle que soit la situation dans l’Est ukrainien, ce n’est pas une raison pour que les États membres de l’OTAN s’engagent à long terme à des dépenses de défense plus élevées.

«Nous sommes ouverts à augmenter les dépenses de défense, mais à des fins spécifiques … alors que l’OTAN parle d’engagement de plus de 10 ans», avait dit un haut fonctionnaire canadien sous le couvert de l’anonymat et dont les propos avait été rapportés par la presse.

Mais les participants au Sommet en sont donc arrivés, tel que prévu, à un compromis, la déclaration finale décrivant plutôt comme une «cible ambitieuse» cet objectif de 2 % du PIB.

Le communiqué final publié ce vendredi après-midi a déclare donc que les pays de l’OTAN seraient d’accord pour mettre fin à des coupes dans les dépenses de défense et présente le 2 % comme un «objectif à atteindre» au cours de la prochaine décennie.

Le Canada participe déjà activement aux mesures de réassurance des alliés de l’OTAN en fournissant des aéronefs, un navire et des troupes pour favoriser un climat de sécurité et de stabilité en Europe de l’Est et en Europe centrale, mais il y a une grande différence entre des actions ponctuelles, quelque soient leur coûts, et un engagement à augmenter durablement ses dépenses militaires.

La formulation de la résolution, présentant le 2 % comme un «objectif» plutôt qu’un «engagement» a donc pu rallier d’un côté les Américains et le Royaume uni, et, de l’autre, les pays comme le Canada à qui déplaisait l’idée de s’engager formellement à une augmentation des dépenses militaires à 2 pour cent du PIB, tel que proposé par les tenants d’un tel engagement

Au yeux du Secrétaire général de l’OTAN, cela n’en signifie pas moins que les 28 dirigeants de l’Alliance ont au moins d’inverser la tendance à la baisse des budgets de défense et de les augmenter dans la prochaine décennie, un mouvement qui, pour lui, va encore renforcer le lien transatlantique.

Fogh Rasmussen a donc déclaré que la décision du Sommet va encore renforcer le lien entre l’Amérique du Nord et les membres européens de l’Alliance, renforcer la sécurité de tous les Alliés et assurer un partage plus juste et équilibrée des coûts et des responsabilités.

À court terme, les dirigeants de l’OTAN ont convenu de maintenir une présence militaire continue auprès de ses membres d’Europe orientale en réponse à l’«agression» de la Russie contre l’Ukraine. Le Canada fait sa part à ce chapitre avec ses quatre chasseurs CF-18 avions basé en Lituanie jusqu’en décembre. En outre, la frégate NCSM Toronto, qui croisait en Méditerranée, se dirige maintenant vers la mer Noire pour y participer à un exercice multinational de l’OTAN.

Irritation russe

Les Russes, quant à eux, n’ont pas caché leur irritation alors que se déroulait le Sommet de l’Alliance à Newport.

«Certains partenaires occidentaux, y compris, malheureusement, le joueur le plus influent. les Etats-Unis, veulent gagner de l’OTAN pour gagner une situation où l’Amérique dicte sa volonté. Cette notion d’exclusivité, a été proclamé à maintes reprises par le président des États-Unis Barack Obama du haut des tribunes. Et ce n’est pas fini», s’est plaint le chef de la diplomatie russe lors d’une rencontre aujourd’hui à Moscou avec Secrétaire Général du Conseil de l’Europe Thorbjorn Jagland.

Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine a pour sa part été encore plus loin et a qualifié sur Twitter l’Otan de « fille hystérique de la Guerre Froide ».

«Le sommet de l’OTAN qui s’est ouvert jeudi au pays de Galles est le plus hostile à la Russie de ces vingt dernières années, aussi bien par la rhétorique de ses participants que les décisions qui devraient y être adoptées.», écrit aujourd’hui le quotidien officiel russe Rossiïskaïa gazeta.

L’OTAN se lance dans une voie très dangereuse en décidant d’établir une présence permanente dans les mers Noire et Baltique, a déclaré pour sa part aujourd’hui sur la chaîne de télévision Russie-24 le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, Alexander Grouchko.

Pour lui, il est clair que l’OTAN a instrumentalisé la crise ukrainienne.

L’Ambassadeur russe auprès de l’OTAN s’est dit convaincu que la crise ukrainienne n’a pas été utilisé seulement dans le but de renforcer les relations entre l’Ukraine et l’OTAN, mais aussi pour «renforcer les forces de l’OTAN près des frontières de la Russie.»

«Je tiens à dire que lors de la crise en Ukraine, le rôle de l’OTAN a été extrêmement destructeur», a conclu le diplomate russe.

Ce qui est certain c’est qu’il y aura maintenant un «avant la crise ukrainienne» et un «après la crise». Si l’accord de cessez-le-feu signé à Minsk ce matin se concrétise, l’«après» devrait commencer aujourd’hui, mais avec des relations Est-Ouest profondément changées et les doctrines militaires, tant russe qu’occidentale, entièrement redéfinies.

Bienvenus dans ce monde de l’«après crise ukrainienne», un monde où l’OTAN, qui paraissait se chercher un peu après l’Afghanistan, est assurée de jouer un rôle central.