Mexique: huit militaires arrêtés et 25 sous enquête pour le massacre de 22 personnes à Tlatlaya

Le président mexicain Enrique Peña Nieto (c) à la clôture du 3e Forum sur la sécurité des citoyens et des policiers, le 25 septembre 2014 à Mexico (Yuri Cortez/AFP)
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Le président mexicain Enrique Peña Nieto (c) à la clôture du 3e Forum sur la sécurité des citoyens et des policiers, le 25 septembre 2014 à Mexico (Yuri Cortez/AFP)
Le président mexicain Enrique Peña Nieto (c) à la clôture du 3e Forum sur la sécurité des citoyens et des policiers, le 25 septembre 2014 à Mexico (Yuri Cortez/AFP)

L’arrestation cette semaine de huit militaires impliqués dans la mort en juin dernier de 22 personnes dans un véritable massacre confronte le Mexique à la difficulté de concilier l’utilisation de l’armée nationale dans la lutte contre la criminalité et le respect des droits de l’homme, alors que les militaires doivent faire le travail des forces de sécurité locales, souvent trop faibles et, parfois, corrompues.

Un officier et sept soldats ont été arrêtés jeudi dernier après un témoignage contredisant l’affirmation précédente des autorités militaires selon laquelle 22 délinquants présumés avaient trouvé la mort dans un affrontement le 30 juin à Tlatlaya, un ville située à 240 km au sud-ouest de Mexico.

Ce témoignage, celui d’une femme qui a assuré au magazine Esquire que seule une personne était morte dans la fusillade et que les 21 autres suspects, y compris sa fille de 15 ans, avaient été exécutés de sang-froid par les militaires après s’être rendus, fait scandale au Mexique et dans les médias internationaux.

Un scandale qui met en cause le rôle de l’armée mexicaine dans la lutte à la criminalité et, aussi, les craintes que les autorités militaires n’enterrent cette affaire après avoir fait payé le prix de ce dérapage aux sept soldats et l’officier de bas rang arrêtés jeudi, qui serviraient alors de boucs émissaire pour s’assurer que l’enquête n’aille pas plus loin.

«Les militaires cités ont participé aux événements du 30 Juin 2014 et dans Tlatlaya, Mexico», dit pour sa part un communiqué de la Défense nationale mexicaine qui poursuit en précisant que «Ces actions sont exécutées par le procureur général de la justice militaire, pour leur responsabilité présumée dans la commission des infractions à la discipline militaire, la désobéissance et la violation des droits en cas de l’officier, et un manquement à une obligation dans le cas des militaires du rang»

Le ministère de la Défense souligne donc clairement dans son communiqué que les militaires cités ont été mis à la disposition de la justice militaire «quelles que soient les enquêtes menées par les autorités civiles relevant de sa juridiction dans ledit événement», alors que des voix s’élèvent pour que l’armée transfère l’affaire aux autorités civiles.

Outre les le huit militaires mis à disposition de la justice militaire, 25 autres soldats qui ont participé aux événements de Tlatlaya sont l’objet d’une enquête et des accusations pourraient aussi être portés contre eux pour, entre autres crimes, désobéissance et violations du droit militaire.

Si toutes ces ces accusations étaient confirmées, l’affaire de Tlatlaya deviendrait le pire massacre commis par les forces armées depuis l’arrivée au pouvoir du président Peña Nieto en décembre 2012.

Plus de 80.000 personnes ont trouvé la mort dans des affrontements entre cartels de la drogue ou lors de confrontations avec les forces de sécurité depuis 2006.

Les organisations de défense des droits de l’homme demandent depuis fort longtemps le retrait des militaires des rues du Mexique. L’armée est accusée de tortures et d’autres abus contre des civils depuis la décision prise en 2006 par l’ex-président conservateur Felipe Calderón d’en faire le fer de lance de la lutte contre les narcotrafiquants.

Le président Peña Nieto, membre de l’historique Parti révolutionnaire institutionnel, qui régna sur le Mexique 70 ans avant de céder le pouvoir en 2000 pour revenir en 2012 avec le président actuel, estime pour sa part que les militaires doivent continuer à être impliqués dans cette lutte tant que le Mexique n’aura pas retrouvé un sentiment de sécurité.

En un mot comme en mille, de la gauche à la droite, rares sont les membres de la classe politique qui, malgré ce dérapage, seraient prêts à remettre profondément en cause le rôle de l’armée dans la véritable que mène le pays contre les narcotrafiquants,

D’autant plus que, selon plusieurs experts, dont Javier Oliva, expert en sécurité à l’Université nationale autonome du Mexique (Unam), cité par l’Agence France-Presse, le gouvernement n’a guère d’autre choix que d’utiliser les militaires contre la criminalité alors que les autorités locales sont trop faibles.