OTAN: augmentation des dépenses militaires, un compromis acceptable pour le Canada en vue

Le soldat polonais Michel Dajek, le Staff Sergeant américain Tyler Trappe, ainsi que le soldat Mike Skinner et le caporal Dalen Tanner, des Canadiens, discutent des pratiques exemplaires, le 8 mai 2014, près de Zagan (Pologne), dans le cadre de l’exercice Orzel Alert. (Jacek Szymanski/Caméra de combat des FC)
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Le soldat polonais Michel Dajek, le Staff Sergeant américain Tyler Trappe, ainsi que le soldat Mike Skinner et le caporal Dalen Tanner, des Canadiens, discutent des pratiques exemplaires, le 8 mai 2014, près de Zagan (Pologne), dans le cadre de l’exercice Orzel Alert. (Jacek Szymanski/Caméra de combat des FC)
Le soldat polonais Michel Dajek, le Staff Sergeant américain Tyler Trappe, ainsi que le soldat Mike Skinner et le caporal Dalen Tanner, des Canadiens, discutent des pratiques exemplaires, le 8 mai 2014, près de Zagan (Pologne), dans le cadre de l’exercice Orzel Alert. (Jacek Szymanski/Caméra de combat des FC)

Un compromis pourrait être sur la table pour les alliés, dont le Canada, qui sont réfractaires à l’idée d’accélérer les dépenses en défense pour respecter les normes de l’OTAN, rapporte le réputé journaliste de la Presse Canadienne spécialisé en matière de défense, Murray Brewster.

L’OTAN aimerait voir ses États membres s’engager à augmenter leurs dépenses de défense à 2 pour cent du PIB [produit intérieur brut] au cours des 10 prochaines années. En 2013, seuls quatre pays – les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Grèce et l’Estonie – ont dépensé autant sur ​​la défense.

Aujourd’hui, l’Alliance a besoin d’un budget renforcé pour «une présence plus visible de l’OTAN dans l’est» pour contrer la Russie, qui, selon le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, «soutient activement l’insurrection en Ukraine.»

Le chef de l’OTAN envisagerait l’établissement de plusieurs bases dans l’Est de l’Europe pour affronter la Russie.

Mais, si l’OTAN souhaite que les États membres acceptent d’augmenter leurs dépenses militaires, le Canada s’y refuserait et bloquerait une résolution en ce sens selon ce que rapportait la semaine dernière l’agence britannique Reuters, disant s’appuyant sur des sources bien renseignées qui s’exprimaient alors sous le couvert de l’anonymat.

Certes, le Canada participe déjà activement aux mesures de réassurance des alliés de l’OTAN en fournissant des aéronefs, un navire et des troupes pour favoriser un climat de sécurité et de stabilité en Europe de l’Est et en Europe centrale, mais il y a une grande différence entre des actions ponctuelles, quelque soient leur coûts, et un engagement à augmenter durablement ses dépenses militaires.

Voilà maintenant que, selon le journaliste de la Presse Canadienne, un porte-parole du premier ministre Stephen Harper a affirmé qu’on pourrait en arriver à un compromis et que la déclaration finale au sommet de l’Alliance atlantique plus tard cette semaine décrira plutôt comme une «cible ambitieuse» cet objectif que les membres dépensent au moins deux pour cent de leur produit intérieur brut dans la défense.

Cela serait suffisamment moins «contraignant» pour le gouvernement Harper, qui a résisté aux appels pressants des États-Unis et du Royaume-Uni d’augmenter significativement son budget militaire auquel il a fait subir des coupes ces dernières années pour être en mesure de présenter devant son électorat en 2015, année électorale, avec un budget équilibré.

Le gouvernement du Canada dépense actuellement un peu plus de 18 milliards $ par année sur le front militaire, en baisse par rapport aux 21 milliards $ qu’il dépensait au cœur du conflit afghan.

Jason MacDonald, directeur des communications du premier ministre, cité dans l’article de la Presse Canadienne, a dit tard mardi que le gouvernement était prêt à dépenser davantage «sur des mesures qui correspondent à de véritables besoins opérationnels, en réponse à des enjeux mondiaux», mais que le Canada n’était pas prêt à respecter une «cible arbitraire».

MacDonald n’a pas non plus laissé entendre que les coupes de 2,7 milliards $ prévues à la Défense nationale l’an prochain seraient écartées.

Avant le départ de Stephen Harper pour le sommet de l’OTAN au pays de Galles, un communiqué du Bureau du Premier ministre insistait pourtant sur l’engagement inébranlable du Canada envers l’Alliance et sur la nécessité de «réagir avec vigueur et de manière coordonnée aux efforts russes visant à déstabiliser l’Ukraine, à en miner la souveraineté et l’intégrité territoriale», mais restait réfractaire à l’idée d’engagements budgétaires à long terme.

Bref, le gouvernement canadien est ouvert à l’idée à augmenter les dépenses de défense, mais à des fins spécifiques … alors que l’OTAN parlait plutôt de son côté d’engagement de plus de 10 ans, «à la faveur» du besoin urgent de répondre à la situation avec la Russie et l’Ukraine.

Le Canada estime quant à lui que, quelle que soit la situation aujourd’hui dans l’Est ukrainien, ce n’est pas une raison pour que les États membres de l’OTAN s’engagent à long terme à des dépenses de défense plus élevées.

La nouvelle proposition de formulation de la résolution, en parlant de «cibles ambitieuses», presque d’un idéal, pourraient rallier d’un côté les Américains et le Royaume uni, et , de l’autre, les pays à qui déplaît l’idée de s’engager formellement à une augmentation des dépenses militaires à 2 pour cent du PIB, tel que proposé par les tenants d’un tel engagement

D’autant plus que les États-Unis ont déjà dit publiquement qu’il y avait de la flexibilité dans les objectifs en autant que la contribution des alliés soit significative et qu’ils acquièrent des équipements interopérables pouvant être utilisés tant pour la défense collective qu’en situation de crise.

En outre, souligne le journaliste de la Presse Canadienne, la déclaration selon laquelle le gouvernement prévoit financer les «besoins opérationnels» est très intéressante, car elle signifierait que le trésor fédéral pourrait être appelé à investir pour des déploiements et engagements particuliers, plutôt que de dire au ministère de la Défense de trouver l’argent dans son budget annuel.

En un mot comme en mille, actions ponctuelles lorsque jugés nécessaires oui, le carcan d’engagements à long terme, non. Et maintenant, un compromis en vue qui pourrait rallier tout le monde. Décidément, que ce soit en environnement ou en matière de dépenses militaires, le gouvernement Harper semble allergique aux cibles contraignantes.