Attaque à Ottawa: la classe politique unie devant le décès du jeune réserviste Nathan Cirillo

Le jeune réserviste de Hamilton tué dans un acte terroriste alors qu'il montait la garde devant le monument de la guerre à Ottawa (tirée de Facebook)
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La classe politique canadienne est unie devant les événements tragiques à St-Jean et à Ottawa alors qu’après qu’un apprenti djihadiste a fauché lundi deux militaires avec sa voiture, tuant l’un d’eux, aujourd’hui un jeune soldat a été mortellement atteint par balles alors qu’il montait la garde au Monument commémoratif de guerre, près du Parlement et du bureau du Premier ministre Harper à Ottawa.

 

Le militaire décédé qui montait la garde au Monument de guerre, est le caporal Nathan Frank Cirillo, 24 ans, basé à Hamilton.

Il laisse dans le deuil sa mère, ses deux sœurs et son fils, un bambin de 4 ans. Il appartenait à la Garnison des Argyll et Sutherland Highlanders du Canada, un régiment de réservistes dont les membres faisaient depuis quelques jours leur tour de garde du Monument de la guerre à Ottawa.

Amère ironie, sur les médias sociaux, plusieurs photos montrent le jeune caporal, souriant, qui avait l’honneur de monter la garde devant le Monument de guerre à Ottawa consacré aux héros qui ont sacrifié leur vie pour le pays dans le cadre le cadre du programme national des sentinelles en œuvre sept mois par année au Monument commémoratif de guerre et où l’Aviation royale canadienne et l’Armée canadienne se relèvent chaque mois dans le choix de sentinelles.

Les sentinelles de cette année ont été comme toujours choisies en raison de leur tenue impeccable, de leur conduite exemplaire et de leur performance consciencieuse au travail. Ce soir, en l’honneur de tous les héros tombés, dont Nathan Cirillo, les sentinelles doivent reprendre leur place devant le monument.

Michaël Zehaf Bibeau (photo tirée d’un compte Twitter)

Quant au suspect abattu, il s’agirait Michaël Zehaf-Bibeau, né au Canada en 1982 à Québec de père libyen, rapportait de son côté dès cet après-midi la chaîne américaine CBS, citant des sources aux États-Unis

. Ses parents, Suzanne Bibeau, (une Québécoise avec des racines manitobaines, haute-fonctionnaire à la Commission de l’Immigration et du statut de réfugié) et le libyen Belgacem Zehaf, (un hommes d’affaires qui avait un temps tenu un café à Montréal, le Tripod, rue Crescent, maintenant fermé) s’étaient mariés à Laval en 1989 et avaient divorcés en 1999.

Le jeune Michaël avait fait ses études primaires et secondaires à Montréal. Le suspect de 32 ans avait eu des problèmes avec la justice canadienne. Il avait notamment plaidé coupable en 2004 à Montréal à des accusations de possession de substances hallucinogènes.

Sa dernière condamnation remonte à 2011, à Vancouver, quand, accusé de vol et de menaces, il avait plaidé coupables à la deuxième accusation.  

Tout comme le tueur de St-Jean, Martin ««Ahmad» Rouleau, l’homme s’était converti, ou plutôt reconverti dans son cas, à l’Islam et s’était récemment radicalisé.

Il se serait battu en Syrie aux côtés du groupe djihadiste Al-Nosra, un concurrent de l’État islamique. Comme Rouleau, 25 ans, Zehaf-Bibeau, 32 ans, était sur une liste de surveillance de la police et son passeport avait également été confisqué par les autorités canadiennes.

Ottawa croit que plus de 130 Canadiens, peut être 145, se sont ainsi exilés pour combattre aux côtés de groupes associés au terrorisme et que près de 80 sont revenus au pays, a-t-on indiqué devant le comité.

Beaucoup de ces hommes sont de vrais «bombes à retardement» et il est bien difficile de savoir quand ils exploseront.

Zehaf-Bibeau,  qui avait réussi à pénétrer dans l’édifice du Parlement a finalement été abattu par le Sergent d’Armes, Kevin Vickers, un vétéran policier qui comptait 29 ans d’expérience au sein de la GRC lors de sa nomination au poste de sergent d’armes en 2006 et qui était auparavant directeur de la sécurité à la Chambre des communes.

Les députés et leur personnel, confinés jusqu’à mi-soirée confinés dans l’édifice du Parlement alors que la traque des tueurs qu’on croit être deux ou trois se poursuivait, ont été conduit maintenant au ministère des Affaires étrangères pour être débriefés par les policiers.

La classe politique unie contre «ceux qui nous veulent du mal»

Le premier ministre Harper avait indiqué cet après-midi que les informations au sujet des faits sont encore en train d’être recueillies, mais il a tout de suite  condamné cette «attaque méprisable». Il avait alors a indiqué s’être entretenu avec Thomas Mulcair, le chef de l’opposition officielle et Justin Trudeau, chef du Parti libéral, se disant heureux que les deux hommes soient sains et saufs.

Le premier ministre a également souligné aujourd’hui l’importance que le gouvernement et le Parlement continuent à fonctionner» et, finalement, dans un défi aux terroristes, la Chambre des Communes recommencera à siéger dès demain, jeudi.

Ce soir à 20h, dans une déclaration officielle en soirée au sujet des événements tragiques survenus sur la colline parlementaire, le premier miniatre a souligné que ces événements à St-Jean lundi et à Ottawa aujourd’hui était un rappel que le Canada n’est pas immunisé contre le terrorisme.

Notant que ces attaques contre nos valeurs étaient destinés à nous intimider, Stephen Harper a promis qu’elles vont plutôt renforcer notre détermination à lutter contre le terrorisme et à prendre toutes les mesures pour contrer les menaces ici et à l’étranger.

«Ensemble, soyons vigilants contre ceux qui nous veulent du mal», a conclu le premier ministre canadien.

«La terrible attaque a bouleversé tous les Canadiens et ébranlé la quiétude de notre capitale nationale», avait déclaré  pour sa part par voie de communiqué cet après-midi Karl Bélanger, le secrétaire principal du chef de l’opposition officielle néo-démocrate à Ottawa, Thomas Mulcair.

Ce soir, le chef de l’opposition officielle néo-démocrate a exprimé de nouveau sa solidarité avec le premier ministre et a affirmé que ces attaques au Parlement «sur les lieux mêmes où nous échangeons des idées» ne nous diviseront pas pas et qu’au contraire, elles nous rendront plus forts.

«Ces attaques ne réussiront pas à nous diviser», a–il conclu. Soulignant que «nos pensées et nos prières vont aux proches et à la famille du militaire assassiné ainsi qu’aux personnes blessées». le NPD a aussi «exprimé» sa gratitude envers les forces de l’ordre qui sont intervenues pour protéger la population à la suite de ce drame.

Du côté des libéraux, à Ottawa, la directrice libérale de la planification des communications, Kate Purchase,  au nom du  chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, du caucus libéral, dont la plupart des députés étaient encore confinés dans l’édifice du Parlement alors que la traque aux tueurs se poursuivait, a offert leurs condoléances et leurs prières aux familles des victimes de ces actes de violence ignobles qui se sont déroulés dans notre capitale nationale.

«Toutes les Canadiennes et tous les Canadiens sont profondément choqués et attristés du décès de ce jeune homme qui a été lâchement abattu alors qu’il montait consciencieusement la garde devant notre Monument commémoratif de guerre», a-elle écrit, ajoutant que «Les Canadiennes et les Canadiens savent faire preuve de résilience et chérissent leur liberté».

«Nous ne pouvons pas permettre et nous ne permettrons jamais à des criminels armés de terroriser notre pays et notre démocratie, a indiqué la porte-parole du Parti Libéral, précisant que M. Trudeau a discuté avec le premier ministre plus tôt cet après-midi et «lui a offert l’appui absolu du Parti libéral du Canada alors que nous poursuivrons les responsables de cette attaque et nous efforcerons d’éviter que de tels événements ne se reproduisent à l’avenir.»

Ce soir à 21h, une heure après les déclarations de MM. Harper et Mulcair, le chef libéral a prôné lui aussi l’unité et la résolution. «Ils veulent nous secouer nous allons rester résolus», a-t-il martelé. «Nous n’allons pas être intimidés. Les criminels ne nous dicteront pas comment nous allons agir en tant que nation».

Seul des trois chefs à s’adresser à la communauté musulmane, le chef libéral a tenu à dire «à nos amis de la communauté musulmane que nous savons que de tels actes commis au nom de l’Islam sont une abomination et une déformation de leur foi», lançant pour conclure «Nous marcherons ensemble, pas séparés».

Les leaders étrangers expriment leur solidarité

Ce soir, avant sa déclaration à la presse à 20h, le premier-ministre Harper était en réunion avec son cabinet restreint, comprenant le ministre de la Défense, Rob Nicholson, le ministre de la Justice Peter MacKay, le chef de la diplomatie canadienne, John Baird, et le ministre de la Sécurité publique Steven Blaney.

Le président Obama s’est pour sa part entretenu par téléphone avec le Premier ministre Stephen Harper pour exprimer la solidarité du peuple américain avec le Canada à la suite d’attaques contre les Forces canadiennes au Québec, le 20 octobre et à Ottawa le 22 octobre, dit la Maison-Blanche.

Le Président américain a condamné ces attaques scandaleuses, et a réaffirmé l’amitié et l’alliance entre nos peuples, dit le communiqué de la Maison-Blanche. Barack Obama a offert toute l’assistance nécessaire au Canada pour répondre à ces attaques.

Le Premier ministre Harper a remercié le président et les deux dirigeants ont discuté des attaques  et décidé de poursuivre la coordination entre nos gouvernements aller de l’avant.

Un peu plus tôt, le NORAD, le commandement  binational canado-américain de la défense aérospatiale, avait fait savoir que ses forces avaient été placées en état d’alerte pour être à même de répondre rapidement à tout incident aérien qui pourrait être lié à la fusillade survenue à Ottawa.  «Je suis consterné»  par cette attaque, a écrit pour sa part le Premier ministre britannique David Cameron sur son fil Twitter.

Le Premier ministre australien, un autre pays de la coalition qui lutte contre le groupe ultra-radical l’État islamique en Irak et dont le pays a aussi été la cible des terroristes islamistes, a lui aussi communiqué avec le premier-ministre harper pour lui exprimer sa solidarité.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui aussi appelé mercredi soir Stephen Harper, un grand allié d’Israël, pour lui transmettre, condoléances au nom du peuple israélien après l’attaque terroriste.

Netanyahu a exprimé son soutien total à la lutte du Canada contre le terrorisme, une lutte dans laquelle, a-t-il déclaré qu’Israël et la communauté internationale sont des partenaires.