Directives sur les médias sociaux chez les militaires: finalement, cet ordre… n’est pas un ordre

Une opinion exprimée sur Facebook serait comme s'exprimer en pleine rue. Il faut en assumer les conséquences. (Photo: fotosearch)
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Facebook (45eNord.ca)
Facebook (45eNord.ca)

Ce que tous, après l’interdiction quelques jours auparavant du port de l’uniforme hors des bases, avaient interprété comme une directive, assez intrusive, sur l’utilisation par nos militaires et leurs familles des médias sociaux, ne serait finalement qu’un «bulletin» de bons conseils visant à aider les hommes et femmes en uniforme à améliorer leur sécurité et celle de leurs proches.

Finalement, si on croit ce que dit maintenant la hiérarchie militaire, ces ordres n’étaient… pas des ordres.

Après toutes les réactions négatives et la grogne suscitée par ce que tous avaient perçu comme une «directive», le capitaine Travis Smith, officier des Affaires publiques du Commandement du renseignement des Forces canadiennes à Ottawa, insiste pour dire que la soi-disant «directive» sur les médias sociaux publié par la Division de l’Ouest de l’Unité de contre-espionnage n’était pas une «directive nationale» et même pas une «directive» tout court à proprement parler.

Tout récemment, la section de l’Ouest de l’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes publiait une nouvelle «directive» sur l’utilisation des médias sociaux par les soldats et le personnel de la Défense, après qu’un jeune réserviste qui montait la garde devant le Monument commémoratif de guerre à Ottawa a été abattu mercredi 22 octobre et qu’un adjudant a été tué happé par une voiture le 20 octobre, dans les deux cas par des partisans du djihad.

Après l’interdiction du port de l’uniforme en dehors des bases, les membres du personnel de la Défense nationale du Canada et des Forces armées canadiennes étaient invités quelques jours plus tard à aller plus loin et à supprimer toute référence à leur emploi sur les profils de médias sociaux, notamment les photos d’eux-mêmes en uniforme.

Ces nouvelles directives sur l’utilisation des médias sociaux qui suivaient celles interdisant aux militaires le port de l’uniforme en dehors des bases ou des opérations passaient mal et avaient suscité la grogne chez les militaires fiers de leur uniforme et ne voulant pas céder au chantage des terroristes.

D’autant plus que ce qui était perçu alors comme une véritable «directive», au même titre que l’interdiction du port de l’uniforme qui l’avait précédé, allait très loin et «enjoignait» aux militaires, avait-on compris, de passer en revue la liste de contacts de leurs enfants et de supprimer tous les contacts qu’ils ne connaissent pas personnellement, de régler les paramètres de confidentialité/sécurité afin que seuls les amis puissent voir photos/calendrier, etc. et… de répéter cette procédure avec les membres de la famille (frères et sœurs/parents/enfants, etc.) qui ne sont pas familiers avec les paramètres de sécurité ou de confidentialité.

Des spécialistes du droit militaire consultés par 45eNord.ca avait alors fait remarquer que ce que tous croyaient alors être une «directive» allait beaucoup trop loin; les membres de la famille n’étant bien sûr pas assujettis au Code de discipline militaire, à moins qu’ils n’accompagnent un militaire lors d’un déploiement.

Mais voilà qu’aujourd’hui, la «directive» devient un simple «bulletin» qui veut amicalement donner de sages conseils aux militaires et à leurs familles sur l’utilisation des médias sociaux.

En réponse aux questions de 45eNord.ca, le capitaine Travis Smith, officier des Affaires publiques du Commandement du renseignement des Forces canadiennes à Ottawa, insiste pour dire que la directive sur les médias sociaux publiée par la Division de l’Ouest de l’Unité de contre-espionnage n’est pas véritablement une directive.

L’Unité de contre-espionnage à Edmonton a plutôt publié, dit le capitaine Smith, un «bulletin» sur les médias sociaux à l’intention des employés du ministère de la Défense nationale et du personnel des Forces armées canadiennes en réponse aux «préoccupations» en matière de sécurité suite aux événements tragiques de la semaine dernière.

Le bulletin sur les médias sociaux ainsi publié par l’Unité de contre-espionnage d’Edmonton était, nous explique-t-il, conçu comme un simple recueil de conseils et de recommandations visant à améliorer les paramètres de confidentialité et de sécurité des utilisateurs des médias sociaux parmi les militaires et le personnel de la Défense de façon à réduire leur vulnérabilité et les risques d’être victimes de personnes suspectes.

«La sécurité et le bien-être des employés du ministère de la Défense nationale et du personnel des Forces armées canadiennes est une préoccupation majeure», insiste le porte-parole du Commandement du renseignement des Forces canadiennes.

Le capitaine Smith rappelle aussi que l’Unité nationale de contre-espionnage des Forces canadiennes a pour mandat d’évaluer et d’enquêter sur les menaces visant les installations et le personnel du ministère de la Défense nationale ou des Forces canadiennes installations, mais que ce sont les commandants militaires qui sont responsables de la protection des installations et des biens placés sous leur commandement et ce sont eux qui déterminent les mesures de protection de la force en fonction de l’évaluation des menaces.