Ils étaient partis, ils sont revenus: Nord du Mali, le retour des djihadistes

Touaregs et islamistes au Mali (Photo: Lareleve.ma)
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Touaregs et islamistes au Mali (Photo: Lareleve.ma)
Touaregs et islamistes au Mali (Archives/ Lareleve.ma)

Ils étaient partis, du moins le croyait-on! Ils sont revenus: attaques à l’engin explosif improvisé, tirs de roquettes, attentats meurtriers, les djihadistes chassés par l’intervention française en janvier 2013 sont de retour, plus dangereux que jamais.

Avec les militaires français redéployés en une opération régionale (Barkhane), l’armée malienne en éternelle reconstruction et les forces de la Mission de l’ONU (MINUSMA) incapables se se défendre elles-mêmes, le Nord du mali est redevenu le terrain de jeux des djihadistes qui s’en étaient emparés et l’avaient occupé et contrôlé pendant près d’un an avant l’intervention française.

La France a en effet basculé en juillet sa force Serval sur Barkhane, une opération plus large de lutte contre le djihadisme avec 3.000 soldats mobilisés au Sahel.

La mission de l’ONU au Mali, la Minusma, comptait quant à elle au 1er septembre près de 9.300 militaires et policiers essentiellement déployés dans le Nord.

Quant à l’armée malienne, bien qu’elle ne fournisse pas de chiffre sur ses troupes, une source à la Minusma citée par l’AFP évaluait ses forces à «un millier» d’hommes «dans une partie des régions de Mopti (centre), Tombouctou et Gao».

Bref, peu d’hommes, et pas tous des plus aguerris, pour un territoire vaste où les djihadistes semblent avoir retrouvé l’avantage du terrain et, selon des sources concordantes, plusieurs centaines de djihadistes seraient aujourd’hui sur le terrain, alors qu’auparavant ils se cachaient.

L’insuffisance des forces de sécurité présentes sur le terrain représente une occasion trop belle pour les forces djihadistes toujours présentes dans le Nord du pays.

Encore il y a cinq jours, le 3 octobre, près de Gao, un convoi de ravitaillement du contingent nigérien de la MINUSMA est tombé dans une embuscade. Le bilan de cet attentat, neuf casques bleus nigériens tués, est le plus lourd depuis le démarrage de la Mission. Cela porte à 30 le nombre de Casques bleus tués pour la paix au Mali.

Maintien de la paix! Quelle paix?

«Ça n’est plus un contexte de maintien de la paix», a lancé mardi le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous, venu à Bamako à la suite de cette attaque meurtrière.

Et, au moment même où le chef des opérations de maintien de la paix prononçait ces mots, pour ajouter au drame, un Casque bleu sénégalais était tué par des tirs de roquette qui faisaient aussi un blessé léger contre le camp de la Minusma à Kidal (extrême nord-est).

Trois groupes djihadistes, Aqmi, Ansar Dine et Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao), ont contrôlé les régions du Nord pendant près d’un an entre 2012 et 2013, avant d’en être en grande partie repoussés par l’intervention militaire internationale, toujours en cours.

Le gouvernement malien et six mouvements armés du Nord – notamment les groupes armés touareg – ont signé en juillet à Alger une feuille de route des négociations pour ramener la paix et sont engagés depuis septembre dans un deuxième round de discussions. Mais ces discussions qui n’ont pour l’instant permis aucune avancée notable. Et pour cause, les djihadistes croyant n’avoir aucun intérêt à faire la paix avec un adversaire qui se défend si mal.

Hervé Ladsous a beau clamer qu’«Il faut que tous les groupes armés qui se trouvent dans le nord du pays se tiennent à leur parole, se conforment aux engagements qu’ils ont pris […] pour faire en sorte que le nord du Mali retrouve la paix civile», rien n’y fait.

Les djihadistes, qui étaient demeurés actifs, commettant régulièrement des opérations meurtrières, se sont maintenant enhardis encore davantage devant la faiblesse de la proie.

La proie est si belle

Les dernières violences avaient été précédées de menaces du chef djihadiste malien, Iyad Ag Ghali, fondateur d’Ansar Dine, un des groupes liés à Al-Qaïda ayant contrôlé pendant près d’un an le nord du Mali, avant d’être dispersés l’intervention militaire française.

L’attaque contre le convoi du contingent nigérien dans la région de Gao, au sud de Kidal, quant à lui, a été revendiquée par un autre groupe djihadiste malien, proche du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), un des groupes qui composaient lui aussi la coalition islamiste qui a occupé le Nord malien .

En septembre, un civil touareg enlevé près de Tombouctou en même temps que quatre membres de sa famille – ensuite relâchés – a aussi été décapité. Selon ses proches, il a été tué par des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui le soupçonnaient d’être un informateur des forces internationales.

Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU n’a pu que confirmer mardi «une recrudescence qui est le résultat de la diminution progressive du dispositif Serval mais aussi du retrait pour l’essentiel de l’armée malienne du nord du Mali».

Il dit voir aussi «probablement un lien avec la situation dans le sud de la Libye», devenu sanctuaire de groupes islamistes radicaux auprès desquels les djihadistes opérant au Mali «ont repris du poil de la bête et ont réacquis des équipements».

Bamako de son côté a demandé ce mercredi à l’ONU le déploiement d’une «force d’intervention rapide» dans le nord du pays, pour contrer la montée en puissance des djihadistes.

«Pour le moment, seule la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUSCO) dispose d’une force de réaction rapide, sous la forme d’une brigade d’intervention forte de 3.000 hommes et au mandat offensif et il faut dire qu’elle a grandement contribué à mettre en déroute l’an dernier le mouvement rebelle congolais M23 dans l’est de la RDC.

Après l’État islamique en Irak et en Syrie, si on n’y prend pas garde, c’est peut-être bien en Afrique qu’on devra affronter le prochain «califat islamique», et pas qu’à coup de frappes aériennes.