Interdiction dorénavant de s’afficher librement sur les médias sociaux pour les militaires canadiens

Les réseaux sociaux font l'objet d'un grand enjeu pour la RDDC
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Facebook (45eNord.ca)
Facebook (45eNord.ca)

Après l’interdiction du port de l’uniforme, on est maintenant rendu au «Taisez-vous! L’ennemi écoute!»: les membres du personnel de la Défense nationale du Canada et des Forces armées canadiennes sont invités à supprimer toute référence à leur emploi sur les profils de médias sociaux, notamment les photos d’eux-mêmes en uniforme.

La section de l’Ouest de l’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes a publié une nouvelle directive sur l’utilisation des médias sociaux par les soldats et le personnel de la défense vendredi, après qu’un jeune réserviste qui montait la garde devant le Monument commémoratif de guerre à Ottawa a été abattu mercredi 22 octobre et qu’un adjudant a été tué happé par une voiture le 20 octobre, dans les deux cas par des partisans du djihad.

Cette décision a été motivée par une augmentation récente et inquiétante des «demandes d’amitié» sur Facebook que recevaient les militaires et leurs familles.

Le 22 septembre, les Canadiens, tout particulièrement ses militaires comme a pu le voir par la suite, ont été désignés comme cibles à tous les partisans du djihad.

Le groupe djihadiste ultra-radical, qui contrôlent de vastes territoires en Syrie et en Irak où il fait régner la terreur et contre qui le Canada est en lutte, lançait alors un appel au meurtre où les Canadiens figuraient en bonne place sur la liste des cibles.

«Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen –en particulier les méchants et sales Français– ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière», a déclaré Abou Mohammed al-Adnani, avait alors déclaré un porte-parole de l’EI.

Les musulmans qui n’ont ni bombes, ni armes, peuvent toujours écraser les gens dans la rue avec leur voiture, les pousser du haut d’une falaise ou encore les empoisonner, ajoutait le porte-parole du groupe ultra-radical.

Semblant répondre à l’appel, un apprenti djihadiste fauchait le 20 octobre avec sa voiture deux militaires dans le parking d’un centre commercial du boulevard du Séminaire, à St-Jean, qu’il savait fréquenté par des militaires et où il était resté de faction depuis 9h15 ce matin là avant de passer à l’acte à 11h30.

Déjà, la semaine dernière, les mesures de protection de la force avaient été renforcées pour le personnel et les bases et installations militaires au pays et il avait été interdit pour tous les militaires de porter leur uniforme en dehors du service.

Seul exception, «Vous ne pourrez porter l’uniforme uniquement que lorsque vous voyagez en voiture, vous rendant directement de la résidence au lieu de travail, et vice-versa, et ce, lorsque vous êtes certain de ne pas avoir à faire d’arrêt en chemin», expliquait alors les commandants de division à leurs troupes, ajoutant même «Lorsque vous serez en opération, il sera permis de porter l’uniforme, mais je vous demande d’être vigilant et à l’affût».

Lorsqu’ils portent leur uniforme, les militaires qui rentrent à la maison ne peuvent plus faire des arrêts dans des endroits publics, qu’il s’agisse de la garderie des enfants, des épiceries, des stations de service, les transports en commun, etc.

Taisez-vous, l’ennemi écoute

Mais, aujourd’hui, on va encore plus loin. C’est maintenant «Taisez-vous, l’ennemi écoute»!

Sans verser dans la paranoïa, nul doute que moins les djihadistes en savent, mieux c’est et, corollairement, plus ils en savent, pire c’est.

En plus d’ajuster paramètres de confidentialité et de sécurité sur leurs profils personnels, les militaires sont donc invités à rechercher les listes de contacts de médias sociaux de leurs enfants et à procéder à la suppression des profils qu’ils ne connaissent pas personnellement.

«Ajuster les paramètres de confidentialité/sécurité afin que seuls vos amis puissent voir vos photos/ calendrier, etc.», précise la directive des responsables canadiens du contre-espionnage.

«Répétez cette procédure avec les membres de la famille (frères et sœurs/parents âgés/enfants, etc.) qui ne sont pas familiers avec les paramètres de sécurité ou de confidentialité.», ajoute encore la directive publiée vendredi.

Si les militaires continuent de recevoir des «demandes d’amitié» de personnes inconnues ou suspectes, ils doivent absolument en informer la police militaire.

Les autorités militaires ont également envoyé aux membres des Forces armées canadiennes des «smart cards» Twitter et Fabecook qui fournissent des instructions visuelles sur la façon de régler les paramètres de confidentialité et de sécurité. en résumé, voici encore une fois ce que disent ces cartes:

  • Si vous recevez une demande d’amitié sur le site d’un média social de quelqu’un que vous ne connaissez pas, n’acceptez pas la demande de cette personne, disent les «smart cards» envoyés au personnel par les autorités.
  • Si vos enfants ont accès au site de médias sociaux, passer par leur liste de contacts avec vos enfants et supprimer tous les contacts qu’ils ne connaissent pas personnellement.
  • Réglez vos paramètres de confidentialité/sécurité afin que seuls vos amis puissent vos photos/calendrier, etc. Répétez cette procédure avec les membres de la famille (frères et sœurs âgées/parents/enfants, etc.) qui ne sont pas familiers avec les paramètres de sécurité ou de confidentialité.
  • Supprimez toute référence à votre emploi avec le Ministère de la Défense nationale et/ ou des Forces armées canadiennes de tous les sites de médias sociaux, notamment de photographies de militaires en uniforme.
  • Si, après toutes les étapes ci-dessus sont prises et vous continuez à recevoir des «demandes d’amitié» de personnes que vous ne connaissez pas personnellement ou de personnages suspects, avisez le plus proche détachement de la police militaire.

Même les cadets

Même s’il peut sembler inimaginable que des partisans du djihad s’en prennent à de jeunes cadets,  là aussi, des mesures de sécurité ont été prises.

Les responsables de l’organisation ont eux aussi fait parvenir aux membres du Corps des Cadets des recommandations semblables aux directives reçus par les militaires, leur demandant  d’enlever leurs photos personnelles en uniforme sur les pages d’accueil de leurs sites et de limiter l’accès de ceux-ci aux amis.

Il  leur est  aussi recommandé de désactiver la géolocalisation de leurs appareils électroniques (smartphones).

En outre, malgré toutes ces précautions, les activités des cadets ont  tout de même été suspendus tout le week -end.

L’Unité canadienne de contre espionnage

Quant aux gars de l’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes qui ont envoyé la directive aux militaires, ils ne sont des rigolos: responsables de fournir des services de renseignement de sécurité et de contre-espionnage à l’appui des Forces armées canadiennes et du ministère de la défense en temps de paix, de crise ou de guerre, la mission des membres de cette unité est d’identifier, d’enquêter et de contrer les menaces à la sécurité, l’espionnage, le sabotage, la subversion, le terrorisme et l’extrémisme.

L’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes comprend à la fois des policiers et police et des officiers du renseignement militaires et assure la liaison souvent avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les responsables du renseignement des services de police provinciaux et municipaux lors de la cueillette et du partage d’informations.

Aujourd’hui plus que jamais, avec les médias sociaux «Tittle tattle lost the battle»!