Kiev: le nouveau ministre de la Défense promet aux nationalistes ukrainiens une armée forte

Le nouveau ministre ukrainien de la Défense, Stepan Poltorak (Service de presse de la présidence ukrainienne)
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Le nouveau ministre ukrainien de la Défense, Stepan Poltorak (Service de presse de la présidence ukrainienne)
Le nouveau ministre ukrainien de la Défense, Stepan Poltorak (Service de presse de la présidence ukrainienne)

À la veille d’une rencontre des présidents russe et ukrainien à Milan pour tenter de trouver une solution à la crise, Porochenko donne des gages aux nationalistes ukrainien que son nouveau ministre de la Défense, Stepan Poltorak, réputé pour être un partisan de la manière forte et dont le prédécesseur a été limogé dimanche par le président Porochenko pour son inaction, s’est engagé mardi à construire une armée forte pour rétablir la paix dans l’est de l’Ukraine.

Après quelques succès dans l’Est rebelle, les forces ukrainiennes, qui y mènent depuis la mi-avril une opération antiterroriste, ont essuyé une série de sanglantes défaites dont le ministre limogé, Valéri Gueleteï, accusé par la presse ukrainienne pour son inaction fin août face à l’entrée des troupes russes dans l’Est séparatiste, a payé le prix.

Soumise par le président Petro Porochenko, la candidature du général Poltorak, 49 ans, a été approuvée par le Parlement par 245 voix pour et une contre.

Chef de la Garde nationale, unité composée en partie de volontaires, il devient le quatrième ministre à ce poste depuis l’arrivée au pouvoir de proeuropéens en février à Kiev, suivie du rattachement de la Crimée à la Russie sans combats et de la rébellion dans l’Est.

Le général Poltorak est réputé pour avoir mis sur pied la Garde nationale, formation dépendant du ministère de l’Intérieur qui a intégré des volontaires issus de la contestation du Maïdan. Ces forces se sont illustrées dans les combats les plus durs dans l’Est, alors que l’armée s’est parfois montrée en difficulté, conséquence de manques de financements criants et d’une structure bureaucratique.

Les combats entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses, soutenue matériellement et militairement par Moscou selon Kiev et les Occidentaux, y ont fait plus de 3.600 morts en six mois. Ils se sont poursuivis ces dernières semaines dans plusieurs points de tension malgré l’instauration d’un cessez-le-feu le 5 septembre.

«L’Ukraine a besoin de paix, une paix dont seules des forces armées bien entraînées, mobiles et bien équipées peuvent constituer une garantie. J’en suis conscient et je sais ce qu’il faut faire. A cet effet, j’ai besoin de temps et de votre soutien», a déclaré le nouveau ministre devant les députés.

Le président Porochenko, dont les efforts de paix avaient été l’objet de vives critiques des nationalistes ukrainiens, a déclaré aux députés que le nouveau ministre s’occuperait avant tout de «créer un système puissant de défense» et de «reconstruire le système approvisionnement» de l’armée.

Par ailleurs,les présidents russe et ukrainien Petro Porochenko et Vladimir Poutine vendredi à Milan, en présence de dirigeants européens, rencontre précédé aujourd’hui d’une réunion à Paris des chefs de la diplomatie russe et américain, Sergueï Lavrov et John Kerry.

Mais, selon l’expert russe Igor Korottchenko, cité par l’agence officielle russes Ria Noivosti, la nomination de Stepan Poltorak à la Défense est un bien mauvais signal.

Poltorak, selon l’expert russe, est un «partisan convaincu des mesures répressives et policières rigoureuses visant à nettoyer le Donbass des éléments hostiles au pouvoir en place à Kiev». Igor Korottchenko estime donc que la nomination du commandant de la Garde nationale à la tête du ministère de la Défense est un signal indiquant «que les dirigeants ukrainiens sont prêts à poursuivre la guerre dans le sud-est du pays».

En réponse aux sanctions, la Russie se tourne vers la Chine

Les Occidentaux ont aussi introduit contre la Russie des sanctions sans précédent, qui ont poussé son économie au bord de la récession et fait plonger sa monnaie à des nouveaux records de faiblesse mardi face à l’euro et au dollar. En réponse, Moscou a décrété un embargo sur la plupart des produits alimentaires des pays qui la sanctionnent.

Isolée des Occidentaux, la Russie tente maintenant d’accélérer son rapprochement avec son voisin chinois, qui offre des perspectives prometteuses.

«Notre coopération avec la Chine revêt un caractère stratégique. Nous avons des contacts politiques magnifiques, des relations économiques excellentes. La Chine est notre partenaire stratégique et nous souhaitons élargir notre coopération. Nous ne craignons rien, nous sommes certains que ce sera une coopération sur un pied d’égalité, amicale et mutuellement avantageuse», avait déclaré le premier ministre russe Dimitri Medvedev à la chaîne de télévision russe Rossia en septembre.

Et samedi, le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine a annoncé à Sotchi lors d’une rencontre avec son homologue chinois Wang Yang que la Russie souhaite réaliser avec la Chine des projets conjoints dans l’agriculture et les industries faisant appel aux hautes technologies,

La Russie avait interdit début août les importations de produits alimentaires en provenance des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie, du Canada et de la Norvège, en réponse aux sanctions imposées contre Moscou sur fond de crise en Ukraine. Décrétée pour une durée d’un an, cette interdiction concerne le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait et les produits laitiers, ainsi que les légumes et les fruits.

Dorénavant, la Chine a repris le 11 octobre les livraisons de porc en Russie pour la première fois depuis 2004.

Et lundi, 13 octobre, la Russie et la Chine ont signé lundi un accord intergouvernemental, indispensable pour les livraisons de gaz russe à Pékin, et une trentaine d’autres accords, notamment dans les domaines du pétrole, de la téléphonie mobile, de la construction de chemins de fer et d’automobiles, lors d’une rencontre entre Premier ministre chinois, Li Keqiang, et son homologue russe, Dmitri Medvedev.

Le méga-contrat sur le gaz est estimé à 400 milliards de dollars sur 30 ans et prévoit des livraisons de 38 milliards de mètres cubes par an à partir de 2018, via le gazoduc « Force de Sibérie », dont la construction a été lancée début septembre en Iakoutie (Sibérie Orientale).

Le Premier ministre chinois, qui rencontrait ce mardi Vladimir Poutine à Moscou où les deux pays ont déjà signé de nombreux contrats, a loué un potentiel «inépuisable» pour la coopération entre la Russie, «le plus grand pays du monde par son territoire», et la Chine, «le pays le plus peuplé du monde».

Quant à lui, le président russe, Vladimir Poutine, s’est félicité du niveau des relations économiques entre Moscou et Pékin, des «alliés naturels».

*Avec AFP