La Turquie autorise les forces de la coalition à utiliser ses bases dans la lutte contre l’État islamique

«Les forces militaires américaines ont continué d'attaquer les terroristes de l'«État islamique» en Irak et en Syrie, en utilisant un mélange de bombardiers et d'aéronefs pilotés à distance pour mener trois frappes aériennes la la nuit dernière et aujourd'hui», mercredi, annonce le CENTCOM, le commandement militaire américain responsable du Moyen Orient.
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«Les forces militaires américaines ont continué d'attaquer les terroristes de l'«État islamique» en Irak et en Syrie, en utilisant un mélange de bombardiers et d'aéronefs pilotés à distance pour mener trois frappes aériennes la la nuit dernière et aujourd'hui», mercredi, annonce le CENTCOM, le commandement militaire américain responsable du Moyen Orient.
Les forces militaires américaines continuent d’attaquer les terroristes de l’«État islamique» en Irak et en Syrie, en utilisant un mélange de bombardiers et d’aéronefs pilotés à distance pour mener des frappes aériennes (Archives/CENTCOM)

La Turquie a autorisé les États-Unis à utiliser ses bases aériennes, en particulier la grande base d’Incirlik, dans le sud, pour lutter contre l’organisation État islamique (EI), a déclaré dimanche un responsable américain de la Défense.
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Mise à Jour au 13/10/2014 à 11h25

DÉMENTI DE LA TURQUIE

La Turquie n’a pas conclu de «nouvel accord» avec les États-Unis autorisant l’accès de ses bases aux avions de la coalition internationale qui mènent des frappes contre des cibles des djihadistes en Syrie et en Irak, contrairement à ce qu’avait affirmé à Washington un responsable militaire s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, rapporte l’AFP, disant tenir l’information d’une source gouvernementale turque s’exprimant elle aussis sous le couvert de l’anonymat.

L’accord actuellement en cours entre la Turquie et les États-Unis n’autorise l’accès de la base d’Incirlik, située près d’Adana (sud), à l’armée américaine que pour des missions logistiques ou humanitaires.

Les négociations continuent et il semble donc que la Turquie refuse encore pour l’instant de se joindre à la coalition militaire internationale dirigée par les États-Unis au motif que les frappes aériennes dirigées contre les jihadistes pourraient renforcer par ricochet le camp du président syrien Bachar al-Assad, posant plutôt comme comme préalable à leur participation la création d’une zone-tampon et d’une zone d’interdiction aérienne dans le nord de la Syrie, l’entraînement et l’armement des rebelles de l’opposition syrienne modérée et la réaffirmation de l’objectif de renverser l’actuel régime de Damas.

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Les détails de l’utilisation (des bases turques pour la lutte contre l’EI, ndlr) sont toujours en cours d’élaboration, a ajouté ce responsable, parlant à l’AFP sous le couvert de l’anonymat.

L’armée de l’air américaine utilise depuis longtemps la base d’Incirlik, située dans le sud de la Turquie, et environ 1.500 de ses hommes y sont stationnés.

Mais jusqu’à présent, les avions américains employés pour les bombardements contre l’EI décollent des bases aériennes d’Al-Dhafra aux Émirats arabes unis, d’Ali al-Salem au Koweït et d’Al-Udeid au Qatar, où se trouve également le centre opérationnel aérien américain pour 20 pays de la région (CAOC).

Cette dernière base est dotée d’une piste d’atterrissage de 4,5 kilomètres, et constitue un important centre logistique, où se trouve notamment un vaste dépôt de munitions.

Des avions américains F-16 sont également stationnés depuis l’année dernière en Jordanie, et le Pentagone a des accords avec Oman pour l’utilisation de bases militaires.

L’armée américaine peut en outre utiliser une base à Diego Garcia, un territoire britannique de l’océan Indien, pour des bombardiers B-52, B-1 et B-2.

En Syrie, résistance farouche de Kobané

Les djihadistes, eux, contrôlent de larges territoires en Irak et en Syrie, sur lesquels ils ont décrété un «califat».

En Syrie, l’EI envoie des renforts face à la résistance farouche de la ville kurde de Kobané

Les djihadistes de l’organisation État islamique ont envoyé dimanche des renforts vers Kobané, où les forces kurdes leur opposaient une résistance farouche dans cette ville syrienne devenue aux yeux du monde le symbole de la lutte contre l’EI.

À Kobané, les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) ont progressé dimanche d’une cinquantaine de mètres en direction de leur QG d’où ils ont été délogés vendredi, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans cette troisième ville kurde de Syrie, frontalière de la Turquie, l’EI a tiré 11 roquettes sur le centre-ville, a précisé cette ONG.

Mais la situation reste à l’avantage des djihadistes, plus nombreux et mieux armés. Ils contrôlent environ 40% de la ville, particulièrement le secteur est et des quartiers dans le sud et l’ouest.

La défense acharnée des forces kurdes a néanmoins contraint l’EI à faire venir des renforts en provenance de Raqa et Alep, leurs bastions du nord syrien, selon l’OSDH.

«Ils envoient même des hommes qui n’ont pas beaucoup d’expérience du combat», a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. «Il s’agit bien d’une bataille cruciale pour eux. S’ils n’arrivent pas à prendre Kobané, cela va porter un coup dur à leur image (…). Ils ont mis tout leur poids dans cette bataille».

Les défenseurs de Kobané, eux, ne peuvent recevoir de renforts car la Turquie bloque sa frontière, empêchant notamment des Kurdes de ce pays de se porter au secours de leurs camarades assiégés.

Cette attitude d’Ankara a provoqué ces derniers jours des émeutes pro-kurdes en Turquie, qui ont fait au moins 34 morts.

Le Premier ministre turc a toutefois confirmé dimanche que son pays allait renforcer les capacités militaires de l’opposition modérée syrienne.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a réitéré sa «profonde inquiétude sur la situation dans et autour» Kobané, et appelé «toutes les parties à se lever pour empêcher un massacre de civils».

Feyza Abdi, élue locale de Kobané réfugiée en Turquie mais toujours en contact avec des combattants, a appelé la communauté internationale à envoyer «des armes et des munitions» mais aussi «des missiles antichars car ce sont les blindés qui nous font le plus de mal».

Sans cette aide, Azad Bekir, un réfugié en contact avec son frère à Kobané, se montre «pessimiste»: les combattants kurdes «tiennent bon» et «tuent beaucoup de +bandits+ (ndlr: djihadistes) mais ces derniers reviennent toujours plus nombreux».

La Commission européenne a annoncé l’octroi de 3,9 millions d’euros aux organisations humanitaires qui viennent en aide aux quelque 180.000 réfugiés ayant fui la région de Kobané vers la Turquie.

Le secrétaire d’État américain John Kerry, en visite au Caire, a qualifié de «tragédie» la situation mais a précisé que l’approche de la coalition par rapport à «Kobané ne définit pas (sa) stratégie» globale contre l’EI.

L’armée américaine a indiqué avoir conduit samedi et dimanche quatre frappes en Syrie et cinq en Irak.

Kobané sera vraisemblablement au centre mardi d’une réunion à Washington des chefs militaires de 21 pays de la coalition, qui vont faire le point sur leur stratégie anti-EI près de trois mois après le déclenchement de la campagne aérienne en Irak et près de trois semaines après le début des raids sur la Syrie.

En Irak

En Irak, les djihadistes tentent notamment de s’emparer de la raffinerie de Baïji, au sud de leur bastion de Mossoul (nord), défendue par l’armée irakienne et des tribus sunnites.

Pour venir en aide aux forces pro-gouvernementales assiégées dans ce secteur entouré de territoires conquis par l’EI, la coalition a mené sa première opération de largage de munitions, vivres et eau vendredi et samedi, selon le Pentagone.

Par ailleurs, l’EI a revendiqué trois attaques suicides qui ont tué tué à Qara Tapah (nord) 40 personnes, la plupart des anciens soldats des forces kurdes qui voulaient se réengager pour lutter contre l’EI.

Dans l’ouest du pays, la mort du chef de la police de la province d’Anbar confirme les inquiétudes du Pentagone, dont le chef, Chuck Hagel, avait concédé vendredi que les forces gouvernementales étaient «en difficulté» dans cette province.

*Avec AFP