Les Kurdes d’Irak vont envoyer des renforts à Kobané, Erdogan critique Washington

Pour attirer l'attention sur la bataille de Kobané, plusieurs dizaines de manifestants kurdes du PKK ont brièvement fait irruption au Parlement européen à Bruxelles, le 7 octobre 2014 (Emmanuel Dunand/AFP)
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Pour attirer l'attention sur la bataille de Kobané, plusieurs dizaines de manifestants kurdes du PKK ont brièvement fait irruption au Parlement européen à Bruxelles, le 7 octobre 2014 (Emmanuel Dunand/AFP)
Pour attirer l’attention sur la bataille de Kobané, plusieurs dizaines de manifestants kurdes du PKK ont brièvement fait irruption au Parlement européen à Bruxelles, le 7 octobre 2014 (Emmanuel Dunand/AFP)

Le Parlement du Kurdistan irakien a donné son feu vert mercredi à l’envoi de combattants pour lutter contre les djihadistes à Kobané, tandis que le président turc a vivement critiqué Washington pour avoir largué des armes sur la ville syrienne.

Réunis à Erbil, les élus de la province autonome du Kurdistan irakien ont «décidé d’envoyer des forces à Kobané pour défendre» la troisième ville kurde de Syrie, a déclaré le président du Parlement, Youssef Mohammed Sadek.

Ce feu vert fait suite à la décision, annoncée lundi, de la Turquie d’accepter le passage par sa frontière avec la Syrie de peshmergas, les combattants kurdes irakiens, afin d’aider à la défense de Kobané contre l’EI.

Aucune indication n’a été donnée sur le nombre de peshmergas qui pourraient être déployés et le délai pour qu’ils rejoignent la ville assiégée.

Ces combattants avaient joué un rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes lorsque ces derniers avaient lancé une offensive fulgurante dans le nord de l’Irak, en juin, face à une armée irakienne en déroute.

Ankara, qui entretient de bonnes relations avec le président de la région autonome irakienne, Massoud Barzani, n’a donné son accord qu’au transit des peshmergas, excluant celui de Kurdes turcs ou d’autres nationalités.

Les Kurdes qui défendent Kobané, membres des Unités de protection du peuple kurde (YPG), réclament depuis des semaines un soutien accru de l’extérieur pour faire face à l’avancée des djihadistes, plus nombreux et mieux armés qu’eux.

De «violents combats» les ont de nouveau opposés dans la nuit de mardi à mercredi aux jihadistes, qui ont « tenté de progresser par le sud-est, l’est et le sud-ouest de la ville », a indiqué un responsable local, Idriss Nassen, réfugié en Turquie. Mais ils ont été stoppés » par les YPG, qui leur ont « opposé une forte résistance », selon lui.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) avait indiqué mardi que l’EI acheminait des renforts « à cause des pertes subies » dans les combats des derniers jours à Kobané.

Une ‘mauvaise’ décision-

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a sévèrement critiqué le premier largage, lundi, d’armes et de munitions par les Etats-Unis aux combattants kurdes de Kobané.

«Il est aujourd’hui clair que (cette décision) était mauvaise», a-t-il estimé, en expliquant que ces armes étaient tombées entre les mains du PYD et, pour une cargaison, de l’EI.

«Je ne comprends pas pourquoi Kobané est d’une importance si stratégique aux yeux des Américains, il n’y a plus aucun civil» dans la ville, a poursuivi M. Erdogan.

La Turquie a jusque-là refusé d’intervenir militairement pour venir en aide aux défenseurs de Kobané, craignant qu’une telle opération ne profite au régime du président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire, et ne renforce les Kurdes.

Elle a ainsi résisté aux pressions de l’administration américaine, qui a accordé une attention croissante à Kobané au fur et à mesure que la ville devenait, aux yeux du monde, le symbole de la lutte anti-jihadiste.

Les avions américains ont ainsi multiplié les raids aériens qui ont, selon l’armée, tué plusieurs centaines de combattants de l’EI et freiné leur avance dans la ville. Six nouvelles frappes ont été répertoriées mercredi par l’OSDH.

«La situation à Kobané reste fragile mais nous estimons que la majeure partie de la ville est sous le contrôle des Kurdes», a affirmé mardi le porte-parole du département américain de la Défense, l’amiral John Kirby. «L’État islamique n’a pas progressé à Kobané ces derniers jours», mais «cela peut changer», a-t-il néanmoins mis en garde.

Avions de l’EI détruits

Les violences à Kobané ont poussé depuis le 16 septembre à la fuite plus de 300.000 personnes et fait plus de 700 morts selon l’OSDH.

Ailleurs en Syrie, la guerre civile se poursuit, le régime de Bachar al-Assad tentant de reconquérir à la fois des zones prises aux forces rebelles et à l’EI.

Il a annoncé avoir détruit deux des trois avions qui avaient été saisis par les jihadistes lorsqu’ils avaient pris le contrôle d’aéroports militaires.

«Les terroristes ont fait voler trois vieux avions mais nos appareils ont immédiatement décollé et détruit deux de ces engins. Le troisième avion a été caché» par les djihadistes, a expliqué le ministre de l’Information Omrane al-Zohbi, dans des déclarations publiées mercredi.

En Irak, les avions de la coalition ont effectué de nouveaux raids contre l’EI, les Français procédant à leur quatrième frappe, qui a détruit mardi un véhicule 4×4 dans la région de Mossoul (nord).

Le secrétaire général adjoint de l’ONU, Ivan Simonovic, a estimé, au retour d’un déplacement dans le nord de l’Irak, que la minorité yazidie était victime d’une « tentative de génocide » de la part de l’EI.

Leurs atrocités peuvent être considérées comme des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, a-t-il indiqué.