L’inquiétude grandit pour la ville kurde de Kobané en Syrie et la province sunnite d’Al Anbar en Irak

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De la fumée s'élève le 5 octobre 2014 au dessus de Kobané cible de frappes aériennes des États-Unis et de leurs alliés (Aris Messinis/AFP)
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De la fumée s'élève le 5 octobre 2014 au dessus de Kobané cible de frappes aériennes des États-Unis et de leurs alliés (Aris Messinis/AFP)
De la fumée s’élève le 5 octobre 2014 au dessus de Kobané cible de frappes aériennes des États-Unis et de leurs alliés (Archives/Aris Messinis/AFP)

Deux mois après le début des frappes en Irak et trois semaines après le lancement de la campagne aérienne en Syrie, l’armée américaine a annoncé que les frappes menées lundi et mardi par les avions américains et saoudiens avaient «freiné la progression de l’EI» dans Kobané, mais l’inquiétude grandit tout de même pour la ville kurde syrienne, ainsi que pour la province irakienne d’Al Anbar.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH),un organisme indépendant qui s’appuie sur un large réseau d’informateurs et de militants sur le terrain en Syrie, a confirmé qu’une intensification des raids avait empêché que Kobané ne tombe entièrement aux mains des jihadistes qui ont déjà conquis 50% de cette ville du nord syrien, à la frontière turque.

Après plus d’une dizaine de jours de raids sur la région de Kobané, l’armée américaine a annoncé quant à elle que les 21 frappes menées lundi et mardi avaient empêché les djihadistes «de se réapprovisionner et de masser des combattants dans les quartiers encore tenus par les forces kurdes».

«Les frappes retardent le contrôle total de la ville par l’EI», a affirmé pour sa part Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, mentionnant aussi »la résistance acharnée» des forces de la principale milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes défendant leur ville.

En soirée, de violents combats se déroulaient dans le centre-ville, selon l’OSDH.

Les Kurdes ne contrôlent plus que des quartiers de l’ouest, un quartier nord et une partie du centre-ville, et tentent de reprendre pied dans les quartiers est pris par l’EI. Ils avaient réussi lundi à s’emparer d’une colline stratégique à l’ouest de la ville.

Depuis le début le 16 septembre de l’offensive jihadiste pour prendre Kobané, près de 600 personnes, en majorité des combattants, ont péri selon l’OSDH, et quelque 70 villages sont tombés aux mains de l’EI. En outre plus de 300.000 habitants ont fui, dont plus de 200.000 en Turquie et des milliers en Irak.

En prenant cette ville, ce groupe responsable d’atrocités -viols, décapitations, rapts et persécutions- veut s’assurer la maîtrise d’une longue bande continue de territoire à la frontière syro-turque.

«À Al-Anbar, la bataille est rude»

En Irak, malgré les frappes américaines, l’EI a avancé dans la province sunnite d’Al-Anbar (ouest), qu’il contrôle en partie depuis le début de l’année et où l’armée a totalement perdu pied.

«85% d’Al-Anbar est sous contrôle de l’EI», a dit le n°2 du conseil provincial, Faleh al-Issawi, en mettant en garde contre une prochaine bataille «aux portes de Bagdad».

«À Al-Anbar, la bataille est rude», a reconnu le Pentagone qui exclut des troupes au sol. Les djihadistes y «jouissent d’une relative liberté de mouvement».

Les djihadistes du groupe l’État islamique ont également resserré leur étau mardi autour d’Amriyat al-Fallouja, l’un des derniers fiefs de l’armée dans la province d’Al-Anbar. «Nous sommes quasiment assiégés», a déclaré Aref al-Janabi, chef de la police locale, rapporte de son côté l’AFP qui a pu communiquer avec lui par téléphone.

La ville d’Amriyat al-Fallouja est située à une quarantaine de km à l’ouest de Bagdad, mais les djihadistes ont besoin de prendre de vastes secteurs aux mains de l’armée avant de parvenir aux portes de la capitale.

De plus, l’EI multiplie les attentats en Irak, où 21 personnes dont un député chiite, ont encore péri à Bagdad dans une nouvelle attaque.

Par ailleurs, À Paris, le secrétaire d’Etat John Kerry a annoncé avoir décidé avec son homologue russe Sergueï Lavrov d’intensifier les échanges de renseignements sur ce groupe sunnite ultra-radical responsable de terribles exactions dans les vastes régions sous son contrôle en Syrie et en Irak.

M. Kerry a aussi assuré depuis Paris que la Turquie autorisait la coalition internationale conduite par les État-Unis à utiliser «certaines» de ses installations. «Nous n’avons pas besoin d’entrer dans les détails, sauf pour dire que je ne crois pas qu’il y ait une divergence sur ce que nous ferons ou ne ferons pas», a-t-il déclaré, sans autres précisions.

La Turquie a démenti lundi tout «nouvel accord» avec Washington autorisant l’accès de ses bases à la coalition.

Ankara souhaite par ailleurs la création d’une zone tampon à la frontière entre la Syrie et la Turquie, un projet soutenu par Paris mais qui n’est «pas à l’ordre du jour» pour Washington.

*Avec AFP