Lise Charron: une femme dévouée

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La cérémonie à la chandelle du 1er anniversaire de la plaque en l'honneur des soldats du suicides (Nathalie Corneau/45eNord.ca)
La cérémonie à la chandelle du 1er anniversaire de la plaque en l’honneur des soldats du suicides (Nathalie Corneau/45eNord.ca)

Certains d’entre nous connaissons Lise Charron pour son implication dans plusieurs projets, qui visent essentiellement à sensibiliser les gens à reconnaître le travail et les efforts faits par nos militaires canadiens. Ces projets, dont elle est très fière, visent aussi au soutien des militaires et de leurs proches dans certaines situations. Ils visent également à faire en sorte de sensibiliser les gens à ne jamais oublier nos militaires canadiens disparus. Découvrons ensemble son parcours, ainsi que sa détermination.

Il est à noter qu’afin de rendre hommage aux militaires canadiens, Lise Charron utilise dans ses écrits un S majuscule dans le mot Soldat. Il s’agit de sa façon à elle de démontrer sa fierté envers les Soldats canadiens et je participe à cet hommage dans l’écriture de ma chronique.

Son histoire

Lise Charron est née en 1958 à Saint-Vital-de-Clermont, en Abitibi. À partir de l’âge de neuf ans, elle grandit à Hearst en Ontario. Son parcours débute lorsqu’elle termine ses études secondaires, au cours desquelles elle œuvre pendant cinq ans à l’école catholique Pavillon Notre-Dame à Hearst, d’abord au sein du service de garde d’enfants et, par la suite, à titre d’intervenante auprès des enfants en difficulté de 1982 à 1987.

En 1987, Lise Charron déménage à Thunder Bay en Ontario, où elle s’implique dans divers secteurs, dont le Club canadien français à titre de coordinatrice d’activités et de présidente, ainsi qu’au sein du service de garde de l’école catholique Franco-Supérieur à Thunder Bay. Passionnée par la moto, elle a été très active au sein du chapitre H.O.G. (Harley Owners Group) de Victoriaville, en tant qu’éditrice pendant deux ans et secrétaire au sein du chapitre H.O.G. de Thunder Bay pendant quelques mois.

Mère de deux enfants, Lise Charron possède un parcours étonnant, son dévouement et sa détermination sont exemplaires.

«Ride» en rouge

En 2009, Lise a trouvé son inspiration à travers l’histoire bouleversante de Jack Bouthillier, un jeune Soldat natif de Hearst, qui a combattu en Afghanistan et qui malheureusement a perdu la vie alors qu’il était âgé d’à peine vingt ans.

Ce fut pour elle le commencement d’une longue mission de vie : soutenir les parents des Soldats canadiens et plus particulièrement les familles des Soldats suicidés.

Après avoir contacté Raynald et Élaine Bouthiller, les parents du jeune Jack Bouthiller (Bouts), elle a été profondément touchée par la détresse que vivaient ceux-ci. Elle a alors décidé de s’engager dans la cause de la reconnaissance du sacrifice des troupes canadiennes et a mis sur pied un premier projet, «Ride» en rouge.

Après avoir constaté et ce, avec ses années d’expérience dans le monde de la moto, que les motocyclistes apportaient beaucoup de support auprès des communautés, cela lui donna une inspiration des plus favorable, afin de créer cet événement en guise de support à nos Soldats canadiens. « Cet événement n’a jamais eu comme objectif d’amasser de l’argent, mais bien de faire tout simplement de la sensibilisation en portant du rouge chaque vendredi, qui demeure en soit un geste tout à fait gratuit et si réconfortant pour les personnes concernées. »

La première «Ride»en rouge a eu lieu en juin 2010 de Québec à Campbell’s Bay, ce qui a donné le coup d’envoi afin de répéter l’événement en juin 2011, 2012 et 2013, toujours de Québec à Campbell’s Bay.

Nous nous souviendrons d’eux

En juin 2011, Lise Charron a démarré le groupe Facebook commémoratif   Nous nous souviendrons d’eux/We remember them , où elle publie des photos de Soldats décédés en Afghanistan et ce, à chaque anniversaire de décès de ceux-ci.

Il s’agit d’une autre façon pour elle de sensibiliser les gens à se souvenir du travail que nos Soldats canadiens ont fait lors de cette mission. Petit geste très apprécié de la part des proches de ces militaires, Lise fabrique des montages photos que les familles peuvent utiliser comme «Cover page» sur des pages Facebook créées afin de leur rendre hommage, ce qui est une très belle initiative.

Le 21 février

Par l’entremise d’une variété d’activités depuis 2009, Lise Charron multiplie ses efforts de sensibilisation afin d’honorer la mémoire des Soldats. À l’automne 2012, à l’approche du jour du Souvenir, Lise remarque sur Facebook la photo d’un Soldat vêtu de son uniforme beige, que portaient les militaires lors de la mission en Afghanistan.

Elle savait très bien que ce Soldat ne faisait pas partie des 158 militaires décédés lors de cette mission. Elle a alors appris, après avoir communiqué avec la mère du Soldat, que son fils s’était enlevé la vie à la suite de la perte de son combat contre le SSPT  (syndrome post-traumatique).

«La mère de ce Soldat me dit lors de notre conversation qu’elle a peur que les gens oublient, que même s’il n’est pas décédé en mission il avait servi notre pays avec fierté.» C’est après avoir reçu l’autorisation de publier sa photo sur la page du groupe Facebook Nous nous souviendrons d’eux  que d’autres mères de Soldat vivant la même situation ont confirmé à Lise avoir la même inquiétude. «J’ai donc commencé à publier les photos de leurs fils lorsqu’elle m’autorisait à le faire.»

Comme le sujet du suicide est un sujet tabou dans notre société, Lise fut agréablement surprise de constater que les gens du groupe Nous nous souviendrons d’eux apportaient leur support moral et ce, librement aux familles touchées par le suicide d’un proche militaire.

«Je dois dire ici que je savais qu’il y avait eu des suicides durant la mission en Afghanistan et j’avais déjà rencontré l’une des familles touchées par ce drame. Je connaissais leur fierté envers le travail que leur fils avait accompli en mission. J’avais donc en tête de faire quelques choses pour eux.»

C’est en février 2012 que Lise Charron proposa aux membres du groupe Facebook Nous nous souviendrons d’eux de dédier la date du 21 février à la mémoire des Soldats du suicide. Ce fut accepté immédiatement. « Je croyais donc, à ce moment-là, que ce serait un geste de reconnaissance qui avait été fait parmi ce groupe de commémoration seulement, mais c’est allé beaucoup plus loin que ça.»

Le 21 février 2013, c’est à Pembroke, en Ontario, que Lise eu le support de la ville afin de tenir la première cérémonie en mémoire des Soldats du suicide au parc commémoratif de la place. Une quinzaine de personnes se sont présentées, afin de rendre ce premier hommage public.

Honorons nos soldats canadiens

Afin de poursuivre le fil conducteur du projet SOS (Soldats du suicide), Lise a mis en ligne et ce, en septembre 2014, le site web Honorons nos soldats canadiens disponible en français et en anglais. On y retrouve une boutique remplie de produits promotionnels créés par Lise, afin d’honorer la mémoire des soldats. De plus, un lien informatif est disponible quant au sujet du projet SOS.

Également, il y a un espace réservé aux informations reliées aux cérémonies à la chandelle, organisées dans le but de démontrer aux familles et frères d’armes que nous tous n’oublierons jamais nos militaires disparus. Cela a également pour but de faire prendre conscience aux gens que les Soldats SOS ont avant tout servis notre pays. Quelques ressources sont également disponibles afin de venir en aide aux gens en détresse.
Une plaque en leur mémoire

C’est en 2013 que Lise Charron a coordonné la dédicace d’une plaque et d’un arbre en souvenir des Soldats du suicide au Cimetière militaire national Beechwood à Ottawa. C’est après avoir constaté une réaction favorable de la part des gens qui reconnaissaient les Soldats canadiens qu’elle a eu l’honorable idée de cette plaque en leur mémoire.

Avec la mise en ligne de son site Honorons nos soldats canadiens, la possibilité est devenue plus accessible pour l’organisation de levées de fond en vue d’un tel projet, rêve devenu réalité pour Lise Charron.

La plaque dédiée à la mémoire des Soldats du suicide fut dévoilée le 15 septembre 2013, où près de 75 personnes d’un peu partout au Canada ont assisté à cette première cérémonie. Lise travaille en ce moment avec acharnement, afin d’amasser des fonds dans le but de commémorer une deuxième plaque qui, cette fois ci, sera dédiée à la mémoire des Soldats et qui, selon ses dires, sera probablement installé au Québec.

Manque d’énergie et de fonds

Depuis 2009, Lise Charron donne tout ce qu’elle a afin de s’impliquer dans ce qui, pour elle, est indispensable face à toutes les situations que vivent les militaires et leurs proches et ce, bénévolement. L’énergie qu’elle puise depuis quelques années se fait de plus en plus rare. Elle se dit à bout de souffle, épuisée et fatiguée de se retrouver seule afin de gérer les projets, en plus de l’administration du site web Honorons nos soldats canadiens, de l’entretien et la recherche d’informations et de tous les autres projets en lien avec SOS, ce qu’elle priorise pour le moment. De plus, la période du jour du souvenir en novembre prend beaucoup de son temps.

Elle s’investit auprès des familles SOS qui font partie de son projet SOS, car pour ces familles, cette journée est très difficile. Le manque d’énergie n’est pas la seule préoccupation de Lise, le manque de fonds nécessaires afin de continuer tous ses projets.

«Je ne sais pas comment je vais réussir à continuer d’offrir ces services, je ne peux absorber tous les coûts reliés à mes projets, sans aide financière. » Ces projets lui tiennent à cœur et elle est consciente que les gens ont de plus en plus d’intérêt envers le travail fait par nos Soldats canadiens. «Faute de fonds, je dois malheureusement délaisser quelques projets, je vis dans l’incertitude face à tout ça, j’ai besoin de support.»

Lise désire communiquer ses intentions aux gens et surtout, à la population du Québec. Selon elle, le support des soldats commence chez soi. La devise Je me souviens devrait selon elle être davantage mise en pratique.

Bold vision

«Nous avons des Soldats au Québec qui sont fiers de leur métier, nous avons des vétérans qui sont fiers d’avoir servi, nous sommes la deuxième province qui avons perdu le plus de Soldats en Afghanistan, la semaine dernière nous avons perdu deux Soldats. Est-ce qu’on est touchés seulement lorsque nous en perdons? Qu’est ce qu’on attend pour faire partie du reste du Canada et ainsi reconnaître davantage le travail de tous les Soldats canadiens qui servent ou qui tombent en service pour notre pays? Car moi je ne comprends pas cet entêtement à penser que nous sommes à part des autres, alors que je vois toute l’empathie qui est exprimée par le reste du Canada lorsque nous perdons un Soldat. »

Pour Lise, aider les familles de militaires et faire en sorte, par le biais de projet, de démontrer aux gens qu’ils ne doivent jamais oublier nos Soldats est une mission sans compromis, un cri du cœur, une raison d’être.

Elle a d’ailleurs reçu la médaille du jubilée de diamant de la Reine Élizabeth II en 2012, soulignant son engagement bénévole envers les militaires canadiens, ainsi que la plaque de la Légion royale canadienne à Loretteville, pour son dévouement lors de la campagne du coquelicot 2012.

Lise Charron a également été nominée pour son travail de bénévole auprès des familles militaires par le Women’s Leadership Conference dans la catégorie A bold vision.

Voilà la raison pour laquelle j’ai nommé ma chronique Lise Charron: une femme dévouée.

Nathalie Corneau était blogueuse, conceptrice et recherchiste pour un blogue sur les militaires canadiens entre 1999 et 2010. De 2010 à 2012, elle a agit comme rédactrice en chef-journaliste et chroniqueuse pour le journal du CFV Valcartier. Elle réalise différents mandats de journalisme pour la communauté militaire depuis 1993, ce qui lui confère une vaste expérience en ce domaine qui l’a toujours attirée.

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