L’Ukraine retient son souffle à la veille des législatives anticipées

Une affiche montrant des soldats ukrainiens avec des habitants de Slavyansk, déployée le 24 octobre 2014 place de l'Indépendance à Kiev (Sergei Supinsky/AFP)
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Une affiche montrant des soldats ukrainiens avec des habitants de Slavyansk, déployée le 24 octobre 2014 place de l'Indépendance à Kiev (Sergei Supinsky/AFP)
Une affiche montrant des soldats ukrainiens avec des habitants de Slavyansk, déployée le 24 octobre 2014 place de l’Indépendance à Kiev (Sergei Supinsky/AFP)

L’Ukraine retenait son souffle samedi à la veille de législatives anticipées qui devraient donner une forte majorité aux forces pro-occidentales, aux prises avec un meurtrier conflit qui s’enlise dans l’Est avec les séparatistes prorusses.

La campagne officielle s’est achevée vendredi soir sans grand meeting ni manifestation de masse, assombrie par les hostilités qui ont fait selon l’ONU plus de 3.700 morts depuis avril et contraint plus de 800.000 personnes à fuir leur foyer.

Au total, ce sont environ cinq millions d’électeurs, sur 36 millions dans le pays, qui ne pourront pas voter dimanche, en Crimée rattachée à la Russie en mars et dans les zones contrôlées par les séparatistes dans le bassin minier du Donbass. 27 sièges de députés sur les 450 que compte la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, resteront vides.

Le processus de paix lancé par le président Petro Porochenko n’a pas mis totalement fin aux combats entre l’armée et les séparatistes, qui s’apprêtent à organiser leurs propres élections le 2 novembre dans les régions de Donetsk et Lougansk.

Même si les derniers jours sont passés sans mort annoncé dans la population civile ni dans les forces ukrainiennes, marquant un apaisement net, des tirs d’artillerie résonnent régulièrement dans Donetsk, principale ville aux mains des rebelles.

Les combats sont concentrés dans la zone de l’aéroport, l’un des principaux points chauds de la ligne de front, et aussi bien les insurgés que les autorités de Kiev ont fait part de leurs craintes d’une recrudescence des hostilités avec les élections.

Le président russe Vladimir Poutine, lors d’un discours fleuve vendredi où il a vertement critiqué les États-Unis, a déploré «le manque de bonne volonté de la part des autorités de Kiev» pour résoudre le conflit «par la voie pacifique».

«Le plus important, c’est de mettre fin à la guerre immédiatement. Si l’Ukraine veut conserver son intégrité territoriale, et nous le voulons aussi, il faut comprendre qu’il ne faut pas s’accrocher à tel ou tel village», a-t-il averti.

Coalition pro-européenne

Le président Petro Porochenko a prévenu vendredi soir: « Face à l’agression, il n’y a pas d’autre choix que de réformer ».

Élu en mai dès le premier tour avec près de 55%, le successeur de Viktor Ianoukovitch, en fuite en Russie après un bain de sang parmi les manifestants du Maïdan de Kiev, part grand favori, crédité par les sondages d’environ 30% des voix.

Il devra probablement s’allier avec une ou plusieurs des formations pro-occidentales que son mouvement devrait devancer, pour certaines partisanes d’une offensive plus décisive face aux séparatistes, appuyés selon Kiev et l’Otan par des troupes régulières russes.

En tête à l’issue des législatives de 2012, les anciens alliés de M. Ianoukovitch sont devancés et devraient n’être que très faiblement représentés. Les communistes pourraient disparaître de l’assemblée.

La forte majorité pro-occidentale attendue –une première depuis l’indépendance de l’ex-république soviétique– devrait se traduire par l’arrivée de jeunes représentants de la société civile engagés dans la contestation du Maïdan, ainsi que de combattants de retour du front.

Le nouveau parlement devra adopter des réformes radicales destinées à sortir l’Ukraine d’une profonde récession, aggravée par le conflit dans l’Est industriel, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l’Union européenne, avec qui elle a récemment signé l’accord de libre échange rejeté l’an dernier par M. Ianoukovitch.

Il devra accentuer les douloureuses mesures de rigueur exigées par les bailleurs de fonds occidentaux de Kiev, notamment le FMI, pour sauver le pays de la faillite après le retrait du soutien financier russe. La situation est encore aggravée par le conflit gazier avec la Russie, qui prive l’Ukraine de gaz russe et menace les approvisionnements européens.

La tâche semble herculéenne face à un conflit très coûteux et destructeur, et qui s’enlise sans une issue en vue.

«Poutine n’a pas renoncé à ses projets de s’emparer de Kiev et de toute l’Ukraine», a tempêté lors d’un débat télévisé vendredi soir Iouri Loutsenko, l’un des alliés du président Porochenko. « Pour lui, les réformes pro-européennes de l’Ukraine sont mortelles ».

Les bureaux de vote ouvriront dimanche à 08H00 locales (06H00 GMT) et fermeront à 20H00 (18H00 GMT). Des sondages seront disponibles aussitôt et les résultats officiels tomberont dans la nuit.