Motion adoptée, le Canada entre en guerre contre l’«État islamique» (VIDÉO)

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Les ministres des Affaires étrangères, John Baird, et de la Défense, Rob Nicholson, ainsi que le chef d'État major de la Défense, le Général Tom Lawson, se présentaient le 9 septembre 2014 devant le Comité des Affaires étrangères de la Chambre des Communes à Ottawa pour onformer les parlementaires sur le déploiement canadien en Irak annoncé la semaine précédente par le premier ministre Stephen Harper (45eNord.ca/Nicolas Laffont)
Les ministres des Affaires étrangères, John Baird, et de la Défense, Rob Nicholson, ainsi que le chef d’État major de la Défense, le Général Tom Lawson, le 9 septembre 2014. (Archives/45eNord.ca/Nicolas Laffont)

La Chambre des Communes, dominée par les Conservateurs, vient de voter la motion permettant de contribuer militairement à la lutte contre les djihadistes du groupe dit de l’«État islamique»: le Canada s’en va-t-en-guerre!

Un peu plus tôt aujourd’hui le gouvernement a imposé le «bâillon» pour réduire la durée des débats et pouvoir passer au vote.

C’est ce soir par un vote de 157 pour et 134 contre que les députés ont opté pour des frappes aériennes et le déploiement d’un avion CC-150 Polaris, deux avions CP-140 Aurora, un avion de transport CC-130 Hercules et six avions de chasse CF-18, et ce, pour une durée minimale de six mois, renouvelable.

Tous les conservateurs et deux indépendants ont voté pour la motion alors que les membres des partis d’opposition ont voté contre, à l’exception du député libéral de Mont-Royal, Irwin Cotler, qui s’est abstenu.

L’ex ministre libéral de la Justice dans le cabinet de Paul Martin a expliqué son geste en disant qu’il croit au principe de la responsabilité de protéger de l’ONU, mais que la motion des conservateurs était trop vague et ouvrait la porte à des frappes contre la Syrie.

Les néo-démocrates avaient aussi proposé à la motion un amendement qui aurait prévu une mission d’une durée pouvant aller jusqu’à trois mois, au lieu de six mois, et aurait en outre limité la mission à «un appui militaire en matière de transport des armes» et à un renforcement de l’aide humanitaire en prévision de la saison hivernale.

Tel que prévu, l’amendement a été rejeté avec 157 voix contre et 134 pour, les autres partis d’opposition votant avec l’opposition officielle néo-démocrate et les conservateurs votant, bien sûr, contre l’amendement.


Le Canada s’engage donc dans une mission de combat en Irak.

Le CC-150 Polaris, les deux CP-140 Aurora et l’avion de transport permettront d’améliorer les capacités de ravitaillement, de surveillance aérienne et de transport des membres de la coalition menant des frappes aériennes contre le groupe terroriste de l’EI et ses alliés en Irak. Environ 280 membres d’équipage et autres membres du personnel seront déployés avec ces aéronefs.

Il y aura également jusqu’à six avions de combat CF-18 dans le cadre d’une force de frappe. Le déploiement des avions de chasse entraîne le déploiement d’environ 320 membres d’équipage et autres membres du personnel.

En tout, donc, au moins 600 militaires.

Les troupes canadiennes seraient basées au Koweït, rapportent de son côté la chaîne de télévision CTV. Les avions de chasse CF-18 partiraient de la base de Cold Lake, en Alberta, et devraient être en mesure d’effectuer leurs premières sorties d’ici trois semaines.

Toujours selon la chaîne, les deux avions de surveillance Aurora viendraient de la Base des Forces canadiennes Greenwood en Nouvelle-Écosse, et l’avion de ravitaillement de la Base Trenton, en Ontario.

Les membres du personnel et les ressources aériennes de l’Aviation royale canadienne dans leur ensemble demeureront sous commandement canadien, mais pourraient se voir attribuer des tâches quotidiennes à accomplir pour la mission de la part de commandants de la coalition.

De plus, la mission des avions de transport Hercules CC-130J et CC-177 Globemaster de l’Aviation royale du Canada et leurs équipages déployés auparavant pour aider à l’envoi de ressources militaires essentielles aux alliés qui apportent leur contribution aux forces kurdes qui combattent l’EI est maintenue.

La mission de 30 jours des jusqu’à 69 membres des forces spéciales qui peuvent être déployés en Irak pour conseiller les forces de sécurité irakiennes sur le plan stratégique et tactique et qui devait se terminer en octobre est elle aussi prolongée de six mois, ce qui correspond ainsi à la durée initiale de la nouvelle mission de combat.

Une décision grave

«Nous ne prenons pas cette mesure à la légère. La menace que présente l’EIIL est bien réelle. Sans une intervention, cette organisation terroriste se développera et rapidement. Elle a déjà fait connaître ses intentions terroristes à l’échelle locale et à l’échelle internationale et le Canada a été cité comme cible potentielle», a dit dans un communiqué publié immédiatement après le vote le Premier ministre Harper.

«Il nous faut absolument agir, de concert avec nos alliés, pour bloquer la propagation de l’EIIL dans la région et diminuer sa capacité de lancer des attaques terroristes à l’extérieur de la région, notamment contre le Canada», a répété le Premier ministre.

Le Secrétaire parlementaire du Premier ministre Harper, Jacques Gourde, a rappelé à 45eNord.ca lors d’une entrevue devant la Chambre des Communes, à Ottawa, que le gouvernement canadien avait envoyé déjà de l’aide humanitaire et des conseillers militaires «pour essayer d’endiguer ce fléau» [l’avance du groupe l’État islamique, ndlr], mais en vain.

Il a aussi souligné que le gouvernement révoquera le passeport des djihadistes qui ont la nationalité canadiennes et que ceux qui seront partis combattre là bas aux côtés de l’organisation terroriste se retrouveront ici en prison à leur retour.

Mais que tout ça n’était pas suffisant.

Alea jacta est

Pour sa part, après le vote, le député libéral Marc Garneau et critique de son parti en matière d’Affaires étrangères a confié à 45eNord.ca que ce vote était à ses yeux le plus important qu’il ait eu à prendre dans ses six années de vie parlementaire.

Le manque de clarté des conservateurs et, surtout, la crainte que le Canada s’engage dans un bourbier dont il ne pourrait plus sortir l’ont emporté, chez les libéraux, sur le désir de contrer la menace djihadiste.

Rencontrée aussi sur place, la députée de Portneuf et porte-parole de son parti en matière de Défense, Élaine Michaud, a exprimé quant à elle ses doutes et ceux de son parti sur l’efficacité des frappes.

Pour Élaine Michaud, le concept même de l’intervention militaire canadienne est flou et il eut mieux valu mettre l’emphase sur le transport et l’envoi d’armes aux combattants qui luttent contre le groupe l’État islamique.

La porte-parole néo-démocrate en matière de Défense craint fort également que les frappes aient un effet contre-productif en nous aliénant les populations civiles.

Mais, le sort en est jeté, le Canada lui aussi, avec les Américains, les Français, les Britanniques, les Belges, les Danois, les Hollandais et les Australiens, bombardera l’Irak du haut des airs pour tenter de stopper les djihadistes de l’État islamique.

L’administration Obama pour sa part a salué la décision du Canada et, dans un communiqué mardi soir, la Maison Blanche a déclaré les États-Unis sont également remercié le Canada pour le renseignement, la surveillance et les avions de reconnaissance fournis à la coalition.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.