Nouvelles directives de sécurité sur l’uniforme et sur les médias sociaux: grogne chez les militaires canadiens

Uniformes de la Garde de Cérémonie: ici, des exemples de grades d’officiers désignés à l’aide d’étoiles et de couronnes. De droite à gauche : porte-étendard (sous-lieutenant), lieutenant, capitaine, major et lieutenant-colonel (Photo: Garde de Cérémonie)
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Ce vendredi 9 mai, les militaires de la Garnison Valcartier, vêtus de leurs uniformes de parade, ont rendu hommage aux 40 000 militaires ayant servi lors de la mission en Afghanistan de 2001 à 2014. (Nathalie Corneau/45eNord.ca)
Vendredi 9 mai, les militaires de la Garnison Valcartier, vêtus de leurs uniformes de parade, ont rendu hommage aux 40 000 militaires ayant servi lors de la mission en Afghanistan de 2001 à 2014. (Nathalie Corneau/45eNord.ca)

Les nouvelles directives sur le port de l’uniforme et l’utilisation des médias sociaux prises dans la foulée des mesures de sécurité, qui ont suivi les attaques de St-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa où deux militaires ont été tués la semaine dernière par des partisans du djihad, passent mal et suscitent la grogne chez les militaires fiers de leur uniforme et ne voulant pas céder au chantage des terroristes.

Après l’interdiction du port de l’uniforme en dehors des opérations, on est maintenant rendu au «Taisez-vous! L’ennemi écoute!» apprenait-on hier: les membres du personnel de la Défense nationale du Canada et des Forces armées canadiennes sont invités à supprimer toute référence à leur emploi sur les profils de médias sociaux, notamment les photos d’eux-mêmes en uniforme.

Déjà, les directives interdisant le port de l’uniforme, un élément essentiel de «l’identité» militaire en dehors du travail passaient mal, bien que les soldats interrogés avaient tous déclaré qu’il respecteraient l’ordre de leur commandement.

Ne pas porter leur uniforme lorsqu’ils ne sont pas en service ou ailleurs qu’à leurs lieux de travail avait été présenté comme une mesure temporaire et, avait affirmé le Chef d’État-major de la Défense lui-même, «le port de l’uniforme lors des déplacements recommencera aussitôt que possible».

«Cet ordre n’a pas été donné à la légère», avait alors fait valoir le Général Lawson. «En tant que membres des Forces armées canadiennes, nous portons notre uniforme avec fierté et nous continuerons de le faire», avait-il déclaré «Toutefois, compte tenu du récent incident survenu à Saint-Jean-sur-Richelieu au cours duquel l’adjudant Vincent a perdu la vie et de la fusillade d’aujourd’hui [ mercredi 22 octobre, ndlr] à Ottawa, cet ordre est perçu comme étant une mesure d’intervention appropriée».

Si la directive sur le port de l’uniforme ne pouvait pas être contournée, celles sur l’utilisation des médias sociaux, vues par certains comme une intrusion dans leur vie privée et présentée par l’Unité de contre-espionnage des Forces canadiennes, alors que la précédente l’avait été par la chaîne de commandement, suscitent encore plus de grogne.

Les directives sur l’utilisation des médias sociaux sont…«désagréablement» précises: si vous recevez une demande d’amitié sur le site d’un média social de quelqu’un que vous ne connaissez pas, n’acceptez pas la demande de cette personne, si vos enfants ont accès au site de médias sociaux, passer en revue leur liste de contacts avec vos enfants et supprimer tous les contacts qu’ils ne connaissent pas personnellement, réglez vos paramètres de confidentialité/sécurité afin que seuls vos amis puissent voir vos photos/calendrier, etc. et répétez cette procédure avec les membres de la famille (frères et sœurs âgées/parents/enfants, etc.) qui ne sont pas familiers avec les paramètres de sécurité ou de confidentialité.

Mais, là où le bât blesse encore davantage, alors que les militaires sont, non pas en opération à l’étranger, mais ici, au Canada en temps de paix, c’est lorsqu’on leur demande de supprimez toute référence à leur emploi avec les Forces armées canadiennes de tous les sites de médias sociaux, notamment les photographies d’eux en uniforme.

45eNord.ca a pu interroger des militaires sur le terrain sur ces nouvelles directives, Bien sûr, il ne s’agit pas d’un sondage scientifiques, mais 45eNord.ca a pu parler à des dizaines de militaires et plusieurs, cette fois, rechignent à obéir à cet ordre qui les atteint dans leur fierté et leur donne l’impression de céder au chantage des terroristes.

Plusieurs militaires qui supprimeront les photos d’eux-mêmes en uniforme ont manifesté leur intention de mettre une autre photo style «Supportons nos troupes», ou «Fier d’être militaire».

Et il n’y a pas que les militaires qui ont ces incitations à une prudence que certains jugent excessives en travers de la gorge. Interrogé à la veille de la campagne du coquelicot à laquelle grand nombre de membres de la Légion royale canadienne arborant leur tenue de légionnaire, le Directeur de la Légion pour le Québec, Norman Shelton, a déclaré que, non seulement il laissait cette décision au choix de chacun de ses membres, mais a tenu à préciser que lui-même, tout au long de la campagne et tout particulièrement le Jour du Souvenir le 11 novembre, arborer fièrment sa tenue de légionnaire.«We don’t argue with a veteran», a-t-il lancé défiant la menace.

Certains vont même plus loin et font exactement le contraire de ce que leur demande la directive.

«Aujourd’hui», écrit une lectrice, «Je viens d’aller jeter un œil sur les statuts Fb de mes amis militaires…Alors que les Forces ont demandé aux militaires de ne pas s’exposer en habit de camouflage [sic] hors des bases, plusieurs de mes amis ont changé leur photo de profil pour s’afficher en tenue de combat».

Plusieurs, aussi, selon cette lectrice «ont affiché des drapeaux canadiens ensanglantés ou armés, ou des bannières de défi».

«Ce que je lis, dans ces changements de photos», conclut-elle, «C’est qu’ils ne veulent pas se cacher — surtout pas chez eux. Qu’ils acceptent même de servir de cible à de potentiels attentats (les militaires détestent que des civils meurent à leur place). Que les événements récents ne leur font pas peur. Et qu’ils sont prêts à se battre».

Ce n’est certainement pas une mutinerie, mais il semble que la hiérarchie va avoir du travail à faire.