Syrie: les peshmergas patientent à quelques kilomètres de Kobané

Des combattants kurdes irakiens agitent le drapeau du Kurdistan à Viransehir, dans la province de Sanliurfa, en route pour défendre la ville syrienne de Kobané, le 29 octobre 2014 (Ilyas Akengin/AFP)
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Des combattants kurdes irakiens agitent le drapeau du Kurdistan à Viransehir, dans la province de Sanliurfa, en route pour défendre la ville syrienne de Kobané, le 29 octobre 2014 (Ilyas Akengin/AFP)
Des combattants kurdes irakiens agitent le drapeau du Kurdistan à Viransehir, dans la province de Sanliurfa, en route pour défendre la ville syrienne de Kobané, le 29 octobre 2014 (Ilyas Akengin/AFP)

Une délégation de combattants kurdes irakiens s’est rendue jeudi à Kobané pour discuter de l’entrée dans cette ville kurde syrienne, assiégée par les djihadistes, des dizaines de peshmergas qui patientent du côté turc de la frontière.

Lourdement armés, ces peshmergas sont rassemblés dans un dépôt de Suruç, à une dizaine de km de la frontière syrienne, sous l’étroite surveillance des forces turques, selon un photographe de l’AFP.

La presse turque estime qu’ils seraient environ 150 venus aider la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), qui défend la ville depuis six semaines face aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Une partie de ces renforts sont arrivés jeudi avant l’aube à Suruç, acclamés par des milliers de Kurdes de Turquie massés au bord des routes. Ils y ont rejoint une première vague de combattants arrivée mercredi par avion.

Dix de ces peshmergas ont passé quelques heures à Kobané dans la journée pour discuter avec les YPG de « la formation d’une cellule d’opération conjointe en vue de faire rentrer les armes dans la ville », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). L’agence de presse prokurde Firat a indiqué qu’ils étaient retournés à Suruç dans la soirée.

Il s’agissait de la première incursion de peshmergas dans la troisième ville kurde de Syrie, assiégée depuis six semaines et devenue le symbole de la résistance à l’EI, un groupe extrémiste sunnite qui cherche à élargir son emprise territoriale en Syrie et en Irak.

‘Violation flagrante’

Les peshmergas ont été précédés par des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), émanation de l’opposition modérée au régime du président syrien Bachar al-Assad, ont affirmé plusieurs sources, faisant état de chiffres très disparates.

Le chef d’une unité de l’ASL a déclaré jeudi depuis Istanbul que «près de 400» hommes étaient dans Kobané. «Nous attendons d’autres renforts», a précisé Nizar al-Khatib.

D’autres sources font état de 50 à 150 rebelles syriens dans Kobané.

Les Kurdes irakiens ont eux aussi prévenu qu’ils pourraient envoyer plus d’hommes si la situation le réclamait.

Le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani a expliqué que les kurdes de Kobané lui avaient dit «qu’ils n’avaient pas besoin de troupes de combat des peshmergas» mais plutôt «de forces de soutien, et nous avons accédé à leur requête».

Mais, «quand les conditions sur le terrain le requièrent et quand ils (les YPG) réclament plus de renfort, il y aura moyen de leur envoyer plus de peshmergas», a-t-il ajouté.

Autorisé par la Turquie sous la pression des Etats-Unis, le passage de ces renforts, qu’ils soient rebelles syriens ou kurdes irakiens, a suscité la colère de Damas, qui a dénoncé «une violation flagrante de la souveraineté syrienne», après avoir longtemps accusé Ankara de soutenir les rebelles et les djihadistes qui veulent le renverser.

L’un des objectifs des djihadistes est de s’emparer des quartiers nord afin de bloquer la voie vers la Turquie -que les renforts peshmergas sont censés emprunter- et d’isoler Kobané, dont la prise leur permettrait de contrôler une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

Dans ce but, l’EI a violemment bombardé jeudi le secteur nord de la ville, d’après l’OSDH. Les jihadistes ont lancé une attaque contre un quartier du même secteur qui a été repoussée par les YPG, a précisé le directeur de l’ONG, Rami Abdel Rahmane.

La coalition internationale anti-djihadistes, qui apporte aux YPG un soutien aérien depuis le 23 septembre à Kobané, a mené jeudi trois frappes sur la ville, selon l’OSDH.

120 soldats Norvégiens en Irak

En Irak voisin, des centaines de soldats irakiens et de combattants pro-gouvernementaux se préparaient pour lancer un assaut contre la ville stratégique de Baïji, contrôlée par l’EI, selon des officiers.

La prise de Baïji, au nord de Bagdad, pourrait permettre de sécuriser la principale raffinerie du pays mais cette offensive s’annonce difficile pour les forces irakiennes, qui ont déjà subi plusieurs revers dans leurs tentatives de regagner du terrain face aux jihadistes, notamment dans la province d’Anbar (ouest), contrôlé quasiment entièrement par l’EI.

Le Pentagone a d’ailleurs estimé jeudi que des conseillers militaires américains sont « nécessaires » dans cette province, à condition que Bagdad fournisse des armes aux tribus sunnites.

La Norvège a de son côté annoncé l’envoi d’environ 120 soldats à Bagdad et Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, pour contribuer à la formation des troupes irakiennes.

Accusé de nettoyage ethnique et de crimes contre l’Humanité par l’ONU, l’EI a mis à profit la guerre civile en Syrie et l’instabilité politique et sécuritaire en Irak pour s’emparer de larges territoires, où il fait régner la terreur, y commettant viols, rapts, exécutions et crucifixions.