Syrie: l’État islamique tire maintenant au mortier en direction de la frontière turque

Des combattants kurdes sur une colline de Tilsehir, près de la frontière syro-turque, après une frappe aérienne de la coalition contre les djihadistes de l'EI, le 24 octobre 2014 (Bulent Kilic/AFP)
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Des combattants kurdes sur une colline de Tilsehir, près de la frontière syro-turque, après une frappe aérienne de la coalition contre les djihadistes de l'EI, le 24 octobre 2014 (Bulent Kilic/AFP)
Des combattants kurdes sur une colline de Tilsehir, près de la frontière syro-turque, après une frappe aérienne de la coalition contre les djihadistes de l’EI, le 24 octobre 2014 (Bulent Kilic/AFP)

Les djihadistes du groupe État islamique (EI) tiraient au mortier samedi en direction de la frontière turque, au nord de Kobané, la ville syrienne farouchement défendue par les Kurdes, qui attendent des renforts du Kurdistan irakien.

L’arrivée à Kobané d’un millier de rebelles syriens, annoncée vendredi par Ankara, semble en revanche très incertaine, les dirigeants kurdes syriens ayant affirmé qu’aucun accord en ce sens n’avait été conclu.

Les djihadistes, qui ont lancé le 16 septembre une vaste offensive dans la région de Kobané, sont entrés le 6 octobre dans la troisième ville kurde de Syrie mais ils n’en contrôlent pour le moment que la moitié.

Ils concentrent depuis plusieurs jours leurs efforts sur le poste-frontière avec la Turquie, située au nord de cette cité devenue le symbole de la résistance à l’EI.

Depuis vendredi soir, les djihadistes tirent des obus de mortier en direction du point de passage, dont ils veulent s’emparer pour couper la ville de la frontière turque.

En réaction, l’armée turque a pris des mesures de sécurité strictes dans le secteur et évacué samedi les collines environnantes, où la presse était déployée, repoussant les médias à plus d’un kilomètre de là.

Moins bien armées et moins nombreuses que les djihadistes, les forces kurdes, qui résistent cependant avec acharnement, doivent enfin recevoir d’ici quelques jours l’aide de peshmergas, des combattants du Kurdistan irakien.

Au nombre de 200 au maximum, selon un porte-parole de cette région autonome, ils devraient transiter par la Turquie, qui a autorisé leur passage.

Mais Ankara refuse toujours de laisser passer des Kurdes d’autres nationalités et d’aider militairement les milices kurdes syriennes qu’elle assimile à des « terroristes », liés aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mènent une guérilla en Turquie depuis 1984.

Ouvrir d’autres fronts

Dans ce contexte, l’annonce par le président turc de l’arrivée de 1.300 combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) –des opposants au président Bachar al-Assad– en renfort à Kobané a été accueillie fraîchement par les Kurdes syriens.

Ces derniers jugent plus judicieux que les rebelles syriens ouvrent d’autres fronts contre les djihadistes En Syrie, afin de «desserrer l’étau autour de Kobané».

Les forces kurdes au sol sont aidées depuis fin septembre par des raids aériens de la coalition internationale, menée par les États-Unis.

Selon le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), la coalition a procédé à plus de 600 raids aériens et largué plus de 1.700 bombes au total en Syrie et en Irak.

Au cours d’un de ces raids, présenté comme massif, la coalition a détruit un arsenal et un centre d’entraînement djihadiste dans la région de Kirkouk (nord de l’Irak), larguant quelque 70 bombes, selon le chef d’état-major des armées françaises, Pierre de Villiers.

Le président François Hollande a affirmé que Paris allait «accélérer le rythme de ses actions» pour « frapper durement l’organisation terroriste ».

Zoumar reprise par les peshmergas

Aidées par un soutien aérien américain, les forces kurdes irakiennes ont pu reprendre samedi aux djihadistes la ville de Zoumar (60 km au nord-ouest de Mossoul) après des semaines de combats dans cette zone du nord de l’Irak. «Nous avons pu chasser les combattants (de l’EI) du centre» de Zoumar et de 11 villages des environs, a déclaré à l’AFP le général peshmerga Karim Atuti.

En dépit des frappes de la coalition, les djihadistes ont pu enregistrer des avancées dans d’autres secteurs de l’Irak ces derniers jours. Dans le nord, ils assiègent ainsi de nouveau le Mont Sinjar, où sont prises au piège des centaines de familles yazidies.

Au sud de Bagdad, des combats opposaient samedi les jihadistes aux forces gouvernementales, qui tentent de sécuriser un passage emprunté par des centaines de milliers de pèlerins chiites à l’occasion de la fête annuelle de l’Achoura. Huit soldats ont été tués.

Selon un responsable militaire américain, il faudra plusieurs mois avant que l’armée irakienne soit en mesure de lancer une grande offensive pour reprendre le territoire dont l’EI s’est emparé depuis juin.

Pour lutter contre ce groupe extrémiste sunnite, qualifié de «cancer» par le président Barack Obama, les États-Unis ont exclu l’envoi de troupes au sol, mais cherchent à renforcer l’armée et les forces kurdes en Irak, ainsi que la rébellion et les Kurdes en Syrie.

Moscou a précisé samedi ne pas avoir donné son accord à l’envoi d’instructeurs russes pour former les troupes irakiennes, comme le lui a proposé le secrétaire d’Etat américain John Kerry, et a réitéré son refus de partager des informations de ses services de renseignements concernant l’EI.