Washington veut asphyxier les finances du groupe État islamique

Capture d'écran d'une vidéo de propagande du chef de l'État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)
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Capture d'écran d'une vidéo de propagande du chef de l'État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)
Capture d’écran d’une vidéo de propagande du chef de l’État islamique (EI), Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais désigné par son groupe «Calife» et «Commandeurs des croyants» (45eNord.ca)

Les États-Unis veulent asphyxier le groupe Etat islamique (EI), qu’ils jugent être «l’organisation terroriste la mieux financée au monde», pour l’empêcher d’administrer les territoires dont il a pris le contrôle en Syrie et en Irak.

«À l’exception de certaines organisations terroristes soutenues par des États, le groupe État islamique est probablement l’organisation terroriste la mieux financée à laquelle nous soyons confrontés», a affirmé jeudi David Cohen, sous-secrétaire au Trésor chargé de la lutte contre le terrorisme, lors d’un discours à Washington.

Dénonçant le trafic de pétrole, les rançons d’enlèvements et le racket comme méthodes de financements de l’EI, le responsable américain a souligné que les États-Unis renforçaient leur collaboration avec leurs partenaires régionaux pour «asphyxier la contrebande de pétrole» aux frontières et identifier les réseaux de passeurs.

Interrogé par Marwan Muasher, vice-président de l’institut d’études Carnegie Endowment for International Peace, sur le fait de savoir si ce combat relevait des intérêts premiers américains, M. Cohen a répondu: «C’est assurément un combat américain!».

«Ce que fait l’EI est de menacer le cœur de nos intérêts, que ce soit les membres de notre personnel, nos installations en Irak ou les intérêts de nos proches partenaires dans la région comme la Jordanie, le Liban ou la Turquie», a ajouté le sous-secrétaire au Trésor.

L’EI, qui a saisi des territoires en Irak et en Syrie, «tente d’y créer un refuge pour les terroristes», a poursuivi M. Cohen, mentionnant que quelque 15.000 étrangers dont «des dizaines d’Américains» avaient rejoint ces zones. «Il est donc de notre plus grand intérêt de combatte l’EI», a-t-il répété.

Le pétrole extrait des champs d’exploitation en Syrie et en Irak, qui est raffiné dans des raffineries saisies, est revendu à prix réduit au marché noir. Il a rapporté environ un million de dollars par jour à l’organisation depuis la mi-juin, a précisé M. Cohen.

Selon lui, ce pétrole est vendu à des Kurdes en Irak qui le revendent ensuite en Turquie, mais il a assuré que les autorités turques et kurdes en Irak «s’étaient engagées à combattre la contrebande de pétrole». Il a noté qu’il y avait des indications que ce pétrole était aussi vendu au régime syrien de Bachar al-Assad, qualifiant ces achats de «signe supplémentaire de la dépravation» du gouvernement de Damas.

Les récentes frappes militaires ont «commencé à diminuer les capacités de l’EI à générer des revenus de cette contrebande», a-t-il toutefois relevé, soulignant que sur le plan financier «quiconque faisant commerce du pétrole volé par l’EI serait la cible de sanctions financières».

«Non seulement nous pouvons les isoler du système financier américain et geler leurs actifs, mais nous pouvons aussi leur occasionner de sérieuses difficultés à trouver une banque pour encaisser leur argent», a expliqué M. Cohen.

Il s’est à ce titre réjoui du fait que le Trésor américain soit «l’un des seuls ministères des Finances au monde à disposer de sa propre agence de renseignement».

Le responsable américain a également indiqué que les ambitions territoriales de l’EI allaient être «un fardeau financier» pour l’organisation. «Tenter de contrôler des villes et des territoires en Irak et en Syrie, et fournir un minimum de services publics aux populations que l’organisation cherche à soumettre, coûtent cher», a-t-il dit, prenant l’exemple du budget officiel irakien pour les provinces actuellement occupées par l’EI qui dépassait 2 milliards de dollars.

«Cela dépasse largement les revenus de l’EI (…). Cela signifie que l’organisation ne peut tout simplement pas répondre aux besoins les plus essentiels de la population qu’elle cherche à contrôler», a-t-il affirmé, mentionnant déjà des pénuries d’eau et d’électricité à Mossoul en Irak.

Évoquant la question des enlèvements, M. Cohen a répété que l’EI avait engrangé «au moins 20 millions de dollars de rançons cette année». Il a pressé chaque nation de refuser de payer ces rançons, regrettant qu’au printemps dernier l’EI ait reçu «plusieurs paiements de plusieurs millions de dollars» en échange de la libération de journalistes et otages de différents pays européens.