Affrontements dans un camp de réfugiés de Jérusalem en état d’alerte

0
112
Des Palestiniens affrontent des policiers israéliens, dans un camp de réfugiés de Jérusalem-Est, le 7 novembre 2014 (Thomas Coex/AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Des Palestiniens affrontent des policiers israéliens, dans un camp de réfugiés de Jérusalem-Est, le 7 novembre 2014 (Thomas Coex/AFP)
Des Palestiniens affrontent des policiers israéliens, dans un camp de réfugiés de Jérusalem-Est, le 7 novembre 2014 (Thomas Coex/AFP)

Des centaines de Palestiniens ont à nouveau affronté vendredi les policiers israéliens dans un camp de réfugiés de Jérusalem-Est, ville placée en état d’alerte pour la grande prière musulmane hebdomadaire.

Au pied de l’esplanade des Mosquées, qui cristallise actuellement les tensions, la Vieille ville et ses alentours sont restés calmes alors que plus de 1.300 policiers avaient été déployés à Jérusalem-Est, selon une porte-parole de la police.

C’est un peu plus au nord que les violences ont repris après la prière.

Dans le camp de réfugiés de Chouafat, des centaines de Palestiniens ont lancé pierres et cocktails Molotov sur les policiers qui ont répliqué par des projectiles en caoutchouc, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes, ont constaté des photographes de l’AFP.

Ce camp, où s’entasse une population pauvre séparée de Jérusalem-Est par le mur de séparation supposé protéger Israël d’attaques venues de Cisjordanie, est l’un des foyers des troubles qui se sont encore intensifiés ces dernières semaines à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée et occupée par Israël.

De jeunes Palestiniens ont également affronté des soldats israéliens en Cisjordanie, à Qalandiya (nord) et Hébron (sud). Deux Palestiniens ont été arrêtés à Halhoul, près d’Hébron, a annoncé la police.

Le bilan des violences qui secouent Jérusalem s’est alourdi vendredi quand un homme, percuté mercredi par un Palestinien au volant d’une voiture bélier, a succombé à l’hôpital. Selon la radio militaire israélienne, il s’agit d’un étudiant juif de 17 ans. Un policier de 38 ans avait déjà été tué, et l’auteur de l’attaque a été abattu sur place. Il venait de Chouafat.

Démolitions punitives

Dans ce contexte, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est montré ferme et a ordonné jeudi soir la démolition des maisons d’auteurs d’attaques «terroristes» à Jérusalem-Est, a indiqué un responsable israélien sous le couvert de l’anonymat.

Cette décision, soumise à l’approbation du ministère de la Justice, ne s’applique pas aux auteurs des trois attentats des deux dernières semaines: deux attaques à la voiture bélier qui ont fait quatre morts et la tentative d’assassinat d’une figure de l’extrême droite juive réclamant le droit de prier sur l’esplanade des Mosquées.

La dernière démolition punitive à Jérusalem-Est remonte à avril 2009, contre la maison d’un Palestinien qui avait tué trois Israéliens avec un engin de chantier, a dit à l’AFP l’avocat Daniel Seidemann, qui suit les développements dans ces quartiers.

Au cours de sa première visite en tant que nouvelle chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini a mis en garde Israéliens et Palestiniens contre le risque d’escalade de ces violences sans une reprise urgente des discussions de paix.

«Si nous n’avançons pas sur le front politique, nous risquons de sombrer à nouveau dans la violence. Voilà pourquoi il y a urgence à avancer selon moi», a dit Mme Mogherini, alors que les perspectives de résolution de ce conflit ont rarement paru plus bouchées.

‘Allégation imaginaire’

L’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam également vénéré par les juifs, catalyse l’exaspération des Palestiniens.

Les extrémistes juifs réclament le droit de prier sur ce site qu’ils révèrent comme celui du Temple juif détruit par les Romains en l’an 70 et dont l’unique vestige est le mur des Lamentations, en contrebas.

Les musulmans craignent que Benjamin Netanyahu cède à cette pression pour donner des gages à l’ultra-droite en vue des élections attendues en 2015.

Mais le Premier ministre, qui martèle qu’il n’autorisera pas les juifs à prier sur l’esplanade, s’est employé à rassurer le monde musulman, notamment la Jordanie, gardienne du site et l’un des seuls pays arabes avec lesquels Israël a signé un traité de paix.

Vendredi, le grand rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yossef, a demandé aux juifs de cesser de vouloir «monter» sur l’esplanade et appelé à «la fin des provocations», responsables selon lui des récentes attaques.

D’autres raisons, comme l’occupation israélienne, la guerre à Gaza, les arrestations par centaines depuis l’été ou le chômage, expliquent l’ampleur de la colère palestinienne, qui fait maintenant craindre une troisième Intifada.

Lors de sa visite, Mme Mogherini a d’ailleurs critiqué un facteur majeur des tensions: la poursuite par Israël de la colonisation dans les territoires occupés et à Jérusalem-Est.

«Les nouvelles colonies sont un obstacle à nos yeux» dans la recherche de la paix, a-t-elle dit.

«Jérusalem, c’est notre capitale. Ce n’est donc pas une colonie», lui a répondu M. Netanyahu.

Les secteurs juifs de Jérusalem-Est «resteront partie intégrante de Jérusalem dans tout accord de paix», a déclaré le Premier ministre. «Je rejette donc l’allégation imaginaire qui veut que la cause du conflit en cours soit telle ou telle colonie».