Irak: l’EI exécute plus de 200 membres d’une tribu sunnite hostile dans Al-Anbar

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Plusieurs sources concordantes ont confirmé l’exécution par les djihadistes de l'État islamique dans la province d’Al-Anbar en Irak de plus de 200 membres d’une tribu sunnite opposée au groupe ultra-radical qui exige la soumission de tous les musulmans (Archives/TunisieFocus)
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Plusieurs sources concordantes ont confirmé l’exécution par les djihadistes de l'État islamique dans la province d’Al-Anbar en Irak de plus de 200 membres d’une tribu sunnite opposée au groupe ultra-radical qui exige la soumission de tous les musulmans (Archives/TunisieFocus)
Plusieurs sources concordantes ont confirmé l’exécution par les djihadistes de l’État islamique dans la province d’Al-Anbar en Irak de plus de 200 membres d’une tribu sunnite opposée au groupe ultra-radical qui exige la soumission de tous les musulmans (Archives/TunisieFocus)

Assurant son emprise dans l’ouest de l’Irak, les djihadistes du groupe État islamique (EI) ont exécuté plus de 200 membres d’une tribu sunnite qui refusait de se soumettre à eux dans la province d’Al-Anbar, à quelque jours des célébrations de l’Achoura, une fête religieuse d’une grande importance pour les chiites et l’occasion pour le groupe ultra-radical sunnite de s’en prendre avec encore plus de violence à ceux qu’il considère comme des hérétiques.

Mais la tribu visée cette fois par cette attaque est sunnite. Le groupe ultra-radical sunnite l’État islamique, qui a proclamé un califat où il exige la soumission de tous les musulmans sur les vastes territoires sous son contrôle en Irak et en Syrie, a pris pour cible ces derniers jours dans la province d’Anbar (ouest), la tribu sunnite irakienne d’Albounimer, qui lui est hostile.

Déjà en août, cette communauté avait été victime d’un massacre.

Les djihadistes de l’EI ont ainsi exécuté cette semaine plus de 200 de ses membres, dont des femmes et des enfants, au cours des dix derniers jours, selon plusieurs sources concordantes.

Des images censées avoir été prises immédiatement après l’une de ces exécutions montrent les corps d’une trentaine d’hommes le long d’une rue dont le sol est couvert de sang, sous les yeux d’enfants et de jeunes hommes.

C’est depuis la province d’Anbar qui s’étend de Bagdad à la Syrie, que l’EI avait lancé sa vaste offensive début juin face à des forces de sécurité totalement dépassées.

Vive condamnation du Canada

Le ministre des Affaires étrangères John Baird a vivement condamné cet acte barbare.«Je suis horrifié par les informations faisant état de la découverte de fosses communes dans la province d’Anbar en Iraq, dans lesquelles seraient entassés les corps de centaines de membres de la tribu sunnite Albounimer, laquelle est opposée au prétendu État islamique en Iraq et au Levant [le groupe l’État islamique, ndlr].

«Ces actes sont un rappel clair du mépris total [du groupe l’État islamique] pour la vie humaine et de sa détermination à tuer tous ceux qui n’adhèrent pas à son idéologie brutale ni à sa version dévoyée de l’islam, qu’ils soient chiites, sunnites ou membres d’autres groupes religieux», a déclaré le chef de la diplomatie canadienne.

Le Canada, qui a officiellement inscrit le groupe djihadiste ultra-violent sur la liste des entités terroristes en vertu du Code criminel du Canada et participe à la lutte de la coalition menée par les États-Unis contre le groupe radical, a payé en octobre le prix de sa détermination.

Les 20 et 22 octobre dernier, lors de deux événements distincts, deux partisans du djihad répondant vraisemblablement à l’appel au meurtre lancé par le groupe terroriste, ont tué deux militaires canadiens, l’un à Ottawa, l’autre à St-Jean-sur-Richelieu, au Québec.

Craintes d’un regain de violences contre les chiites

L’Achoura commémore le massacre de l’imam Hossein, martyr et troisième imam des chiites, et de 72 membres de sa famille et partisans par le califat omeyyade à Kerbala en Irak et symbolise la lutte contre l’oppression et les injustices dans le chiisme.

À l’approche de l’Achoura, l’une des plus importantes fêtes chiites, la faiblesse de l’armée et de la police font craindre partout en Irak un nouveau bain de sang et une multiplication des attaques des djihadistes, qui considèrent les chiites comme des hérétiques.

Plusieurs attentats contre des pèlerins en routes vers la ville sainte de Kerbala ont déjà été perpétrés ces derniers jours. 24 personnes ont été tuées samedi autour de Bagdad et 10 pèlerins chiites sont morts cedimanche dans une attaque dans le sud-ouest de la capitale.

L’explosion qui a tué les 10 pèlerins chiites a également blessé au moins 20 personnes. Elle a eu lieu dans le quartier Al-Ilam, dans le sud-ouest de la capitale, près d’une tente où les fidèles étaient regroupés avant la grande fête chiite.

Des centaines de milliers de pèlerins chiites sont en train de se rassembler à Kerbala, au sud de Bagdad, pour y commémorer la mort de l’imam Hussein.

Les célébrations, qui culmineront mardi, ont souvent été marquées par des attaques meurtrières visant les fidèles qui rejoignent à pied Kerbala mais la menace est encore plus grande cette année puisque les djihadistes sunnites du groupe Etat islamique (EI) ont pris le contrôle de larges zones du territoire irakien, dont des régions du sud de Bagdad, non loin de la route reliant la capitale à Kerbala.

Le pèlerinage sera donc un test majeur pour le nouveau gouvernement du Premier ministre Haidar al-Abadi comme pour les forces de sécurité, qui peinent à regagner le terrain perdu cette année face aux djihadistes.

Rebelles modérés contre djihadistes

Pendant ce temps, à Kobané, les combats se poursuivaient dimanche pour le contrôle de la troisième ville kurde syrienne toute proche de la Turquie.

Dimanche à l’aube, trois raids aériens ont frappé des positions de l’EI à l’est et au sud, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH)

Six jihadistes ont été tués la veille dans des raids de la coalition et cinq dans des affrontements avec les milices kurdes des YPG, a ajouté l’ONG.

L’arrivée vendredi soir via la frontière turque de 150 peshmergas venus du Kurdistan irakien, pourrait faciliter la tâche des 1.500 à 2.000 membres des YPG qui livrent combat, selon l’OSDH, à 3.000 à 4.000 djihadistes.

Ailleurs en Syrie, les rebelles modérés ont enregistré une série de défaites face aux djihadistes d’Al-Qaïda, qui les ont délogés dimanche de l’une de leurs places fortes dans le nord-ouest, selon l’OSDH.

Les combattants du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, ont capturé la localité de Khan al-Sobol durant la nuit après le retrait des insurgés du groupe Hazem.

Les jours précédents, les djihadistes avaient chassé d’autres rebelles modérés du Front révolutionnaire syrien (FRS) de leur fief dans la région de Jabal Jawiya, située aussi dans la province d’Idleb.

*Avec AFP