L’État islamique: après la Syrie et l’Irak, un pied en Libye

Image diffusée le 30 juin 2014 par le média djihadiste Welayat Raqa montrant des membres de l'Etat islamique paradant dans une ville du nord de la Syrie (AFP)
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Image diffusée le 30 juin 2014 par le média djihadiste Welayat Raqa montrant des membres de l'Etat islamique paradant dans une ville du nord de la Syrie (AFP)
Image diffusée le 30 juin 2014 par le média djihadiste Welayat Raqa montrant des membres de l’Etat islamique paradant dans une ville du nord de la Syrie (Archives/AFP)

Après la Syrie, l’Irak, l’Algérie et l’Égypte, l’idéologie radicale du groupe l’État Islamique (EI) et ses succès sur le terrain continue d’attirer des sympathisants dans les milieux radicaux en Afrique et au Moyen-Orient, cette fois en Libye, où la ville de Derna (est), transformée en «émirat islamique», est devenue le fief des partisans de l’EI, selon plusieurs observateurs.

Pendant que se poursuivent les frappes contre le groupe djihadiste ultra-radical en Syrie et en Irak, des groupes ont commencé à lui prêter allégeance et à répondre à son appel au meurtre.

Certains observateurs occidentaux considèrent maintenant Derna, ville de 150.000 habitants et place forte historique des islamistes radicaux dans l’est libyen, comme la troisième franchise d’EI en Afrique du Nord, après Jund al-Khilafa, en Algérie, et Ansar Beït al-Maqdess en Égypte.

Le chef de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui a pris le nom de Calife Ibrahim lorsqu’il a proclamé son califat en juillet dernier, avait selon des sites islamistes annoncé mi-novembre l’expansion de son califat auto-proclamé dans d’autres États,  annonçant avoir accepté les serments d’allégeance émis des jihadistes de Libye, d’Égypte, du Yémen, d’Arabie saoudite et d’Algérie.

Déjà, peu après les exhortations du 22 septembre de l’État islamique qui demandaient aux musulmans de «tuer un incroyant américain, canadien,australien ou européen –en particulier «les méchants et sales Français», le groupe algérien Jund al-Khilafa, qui avait fait allégeance allégeance à l’État islamique, avait enlevé puis décapité un otage français, le guide de montagne Hervé Gourdel.

C’était la première action d’éclat des «Soldats du califat en Algérie».Quelques semaines auparavant, le groupe avait publié un communiqué annonçant avoir quitté Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et fait allégeance à l’«État islamique», auquel il s’était dit prêt à «obéir au doigt et à l’œil». «Si tu disposes de plusieurs armées en Irak et d’une armée en Syrie, considère que tu disposes en Algérie de lances que tu peux tirer dans n’importe quelle direction», avait-il écrit dans un texte à l’adresse du chef de l’«État islamique», Abou Bakr al-Baghdadi.

Le 10 novembre, c’était au tour du principal groupe djihadiste égyptien, Ansar Beït al-Maqdess, de faire allégeance à l’État islamique, permettant au groupe terroriste  d’étendre encore son influence au Moyen-Orient.

«Nous annonçons prêter allégeance au calife Ibrahim Ibn Awad (…) pour écouter et obéir», avait déclaré le groupe égyptien dans un enregistrement audio, en référence au nom religieux du chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi.

Les membres d’Ansar Beït al-Maqdess ou «Les partisans de Jérusalem», ne sont pas des amateurs et n’ont cessé de multiplier les attentats meurtriers ces derniers mois contre les forces de l’ordre en Égypte, plus particulièrement dans la région du Sinaï, où il est basé.

Aujourd’hui la Libye

Et maintenant, il semble se confirmer que la contagion s’étend bien à la Libye.

«L’EI est bien à Derna. Ceci est bien documenté. Il n’y a plus de doute», a déclaré  l’homme politique libyen Othman Ben Sassi, ancien membre du bras politique de la rébellion contre Kadhafi, cité dans les médias aujourd’hui.

Ce groupe «profite de l’absence de toute autorité de l’État et des frontières poreuses » dans ce pays en proie au chaos, où deux parlements et deux gouvernements se disputent le pouvoir sur fonds de violences meurtrières, regrette cet ancien membre du Conseil national de transition (CNT).

Depuis quelques semaines, des communiqués et photos circulent sur les forums jihadistes, faisant état du ralliement des «jihadistes de la Libye» à l’EI. Ces documents sont signés «État Islamique, Wilayat Barqa» (province de la Cyrénaïque, région est), mais ne ;portent toutfois la signature d’aucun groupe islamiste libyue connu.

Mais les Etats-Unis ont récemment exprimé leur inquiétude sur la base d' »informations selon lesquelles des factions extrémistes violentes (en Libye) ont prêté allégeance à l’EI et cherché à s’associer à lui, selon le porte-parole du département d’Etat, Jeffrey Rathke.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, Derna et une grande partie de Benghazi, deuxième ville du pays, étaient déjà aux mains des groupes radicaux, en particulier celui d’Ansar Asharia, classé organisation terroriste par l’ONU.

Pour Claudia Gazzini, analyste de l’International Crisis Group pour la Libye, citée par l’Agence France-Presse, « des factions de Derna ont prêté allégeance à EI, même si on ignore« leur poids et le nombre de leurs membres».

Pour plusieurs experts, c’est entendu,  l’EI ,  que la coalition menée par les États-Unis se vante d’avoir placé sur la défensive , progresse sur plusieurs terrains et  a définitivement détrôné Al-Qaïda comme référence ultime du djihad global à vocation planétaire et semble en voie de fédérer tous ceux qui lutte contre l’Occident au nom de l’Islam.

Il semble que les bombes ne puissent pas être les seules armes dans un combat idéologique…