Santé mentale et anciens combattants: deux bonnes nouvelles! Et après?

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Cessant de nier la pénurie de personnel, la Défense a commencé début 2014 à accélérer l’embauche en santé mentale (Photo: Archives/ Vet support line)
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Le Gouverneur général David Johnston était à Beaconsfield, en banlieue de Mointréal, ce mercredi 15 octobre 2014 pour rencontrer le maire, visiter la Beaconsfield High School et inaugurer le Parc des héros et son cénotaphe.
Deux bonnes nouvelles en peu de temps pour les vétérans et ceux touchés par les problèmes de santé mentale.

Mardi 25 novembre, le Vérificateur général du Canada (VGC) a levé le voile sur des problématiques qui sont connues de tous depuis belle lurette. Il ne s’agit pas d’un secret de Polichinelle que le transfert des dossiers médicaux des Forces armées canadiennes (FAC) au ministère des Anciens combattants prend une éternité, que le processus de demande de prestation d’invalidité est aussi lourd que la rédaction et que la soutenance d’une thèse de doctorat et que les retards pour le traitement des demandes de prestation d’invalidité sont excessifs. Ces irritants sont bien présents et à mon sens tout à fait inacceptables. Un ancien combattant qui souffre d’un problème psychosocial ou de santé mentale ne devrait pas avoir à attendre plusieurs mois avant que son dossier soit évalué et quelques autres semaines avant qu’il reçoive des services professionnels. Il s’agit d’une évidence.

Sur une note personnelle, je vis les problèmes évoqués par le VGC.

En juin dernier, j’ai pris ma retraite des FAC et dans les semaines qui ont suivi, j’ai rempli les formulaires de demande de prestation d’invalidité incluant le questionnaire sur la qualité de vie. J’ai dû m’y prendre à deux ou trois reprises pour remplir à la main tous les formulaires. Il s’agissait d’une tâche ardue en raison de sa lourdeur (lire le nombre de page à remplir) et des nombreuses répétitions. Au début juillet, j’ai posté le tout. Depuis, je suis sans nouvelles. Comme la conseillère des Anciens combattants m’avait expliqué que cela devrait prendre 16 semaines (donc 4 mois) avant qu’ils reçoivent mon dossier médical des FAC, j’ai pris la décision de les contacter la semaine dernière. Très courtois, le conseiller à l’autre bout du fil tentait de cacher bien malgré lui son malaise. Mes demandes sont toujours à l’étape 1, c’est-à-dire en attente de recevoir mon dossier médical pour évaluation des demandes et ce, après plus de 20 semaines. «Une chance que je ne suis pas en détresse ou dans un état de vulnérabilité» lui ai-je lancé mi-figue mi-raisin! En fait, mes demandes de prestation sont pour des problèmes physiques qui sont loin d’une dépression, d’un problème de consommation d’alcool ou d’un état de stress post traumatique. Mettons-nous un instant dans les bottes de celui ou de celle qui souffre intensément depuis sa libération. C’est tout simplement inconcevable!

Personne ne va me faire croire que cela prend des mois pour numériser un dossier médical, pour l’enregistrer sur un CD et pour le poster du ministère de la Défense nationale au ministère des Anciens combattants. Qu’est-ce qui explique donc la difficulté d’arrimage entre les deux ministères?

Malgré cela, la bonne nouvelle est que le Vérificateur général du Canada vient de mettre sur la place publique les manques à combler et exige aux Forces armées canadiennes et aux ministères de la Défense nationale et des Anciens combattants de faire leurs leçons et leurs devoirs et de répondre aux recommandations proposées par des actions concrètes et efficaces pour éradiquer ces inconvénients.

Bons joueurs les trois organisations reconnaissent les lacunes et s’engagent à répondre aux recommandations du VGC.

Dans les faits, avec ce rapport du VGC, il est maintenant impossible de jouer à l’autruche et de lancer la balle à tout un chacun pour expliquer les problèmes. En fait, le match vient de s’élever à un autre niveau. On vient de passer «du chialage» d’une poignée d’anciens combattants à un rapport officiel de l’une des instances les plus importantes de notre pays. Ultimement, le Vérificateur général du Canada vient d’établir sans équivoque la santé mentale comme une priorité absolue chez ceux et celles qui se sont investis et sacrifiés pour la défense du Canada. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette reconnaissance qui est significative et qui aura des répercussions pour le futur tant pour les services, les programmes que les politiques publiques destinés aux anciens combattants.

Préalablement, dimanche le 23 novembre, le ministre des Anciens combattants flanqué des ministres de la Défense nationale et de la Justice annonçait en grande pompe l’investissement dans le domaine de la santé mentale d’une somme de 200 millions de dollars sur une période de six ans. Nul doute qu’il s’agit là encore d’une bonne nouvelle. On peut critiquer que cette somme ne soit pas suffisante, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une excellente annonce et d’un pas vers la bonne direction.

Maintenant que la santé mentale des vétérans est reconnue comme une priorité et que le gouvernement du Canada vient d’ouvrir ses coffres pour combler certaines lacunes, quelle sera la suite des choses? On pourrait avoir tendance à célébrer, mais attention, nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres. La question fondamentale réside dans le plan stratégique de l’utilisation de ces fonds. Qui aura la plus grosse part de la tarte et pourquoi? Quels seront les critères pour établir les priorités stratégiques? Quelles seront les méthodes de mesure pour nous assurer que les investissements apporteront les résultats escomptés? Pour célébrer, nous avons besoin de connaitre, de voir le P-L-A-N.

Voilà donc toute l’importance de garder un œil sur les annonces à venir afin de nous assurer qu’elles répondront aux besoins pressants et prioritaires des anciens combattants et des militaires qui sont différents d’une région à l’autre du Canada. En attendant de suivre avec intérêt la suite des choses et de sabler le champagne, je me réjouis de ces deux bonnes nouvelles en moins de 48 heures.