Suicide du caporal-chef Michael Beaulieu: le SSPT hors de cause, dit le coroner

La base des Forces canadiennes Valcartier, hôte du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada. (Google Maps)
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La base des Forces canadiennes Valcartier, hôte du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada. (Google Maps)
La base des Forces canadiennes Valcartier, hôte du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada. (Google Maps)

Le rapport du coroner sur la mort du caporal-chef Michael Beaulieu, retrouvé sans vie le 24 août dernier dans le garage de sa résidence à Valcartier, non loin de la base, conclut à une mort violente par suicide, mais pointe comme causes, non pas le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), mais plutôt les multiples réaffectations, l’éloignement, la dépression, sa séparation en 2013 et la crainte d’être viré des Forces armées parce que plus à la hauteur.

Le caporal-chef Beaulieu était technicien en systèmes avioniques au 430e escadron tactique d’hélicoptères, situé sur la base des Forces canadiennes Valcartier. Il était responsable de l’entretien de tous les systèmes électroniques à bord des hélicoptères.

Enrôlé en février 2002, il avait joint les rangs de l’Aviation royale canadienne et s’était retrouvé successivement à Greenwood, Kingston et Shearwater, pour finalement se retrouver, en 2006, à Valcartier. Il avait été déployé une fois en Afghanistan, en 2009.

Le caporal-chef Beaulieu était suivi pour trouble de l’adaptation avec à la fois anxiété et humeur dépressive., révèle le rapport du coroner Jean-Marc Picard qui fait état de deux dépressions majeures l’une en 2010 et l’autre en 2011.

La revue de son dossier médical nous apprend, dit le rapport, que sa mission en Afghanistan d’avril à novembre 2009 n’était pas l’élément déclencheur de sa dépression de 2010 car il n’a pas vécu d’événement à haut potentiel traumatique.

C’est plutôt l’éloignement d’avec sa conjointe sur une période d’environ neuf mois qui semble avoir été le plus troublant pour lui, écrit le Dr Picard.

De plus, poursuit le coroner, son transfert en janvier 2010 à un poste en région éloignée (Goose Bay), transfert catégoriquement refusé par sa conjointe, n’a fait qu’empirer la situation.

Le Dr Picard conclut donc que deux événements ont eu gain de cause sur l’équilibre psychologique de Michael Beaulieu au point de glisser progressivement en dépression.

Pour le psychologue qui a contribué au rapport, les deux dépressions étaient intimement liées à l’angoisse de séparation, laquelle est raccordée à l’insécurité et de la dépendance au plan affectif.

il craignait son expulsion de l’armée

Michael Beaulieu a été suivi régulièrement pour ses problèmes psychologiques et son état s’était amélioré avec une médication adéquate, apprend-on aussi à la lecture du rapport du coroner.

Toutefois en 2013, suite à sa séparation, l’état de M. Michael Beaulieu s’est détérioré progressivement.

Il était déçu de voir son moral s’assombrir et il craignait son expulsion de l’armée médicalement, indique aussi le rapport du Dr Picard, car il avait déjà deux arrêts de travail à son actif et sa fonctionnalité était sous-optimale depuis 2011.

À la mi-juillet 2014, il a commencé à avoir des pensées suicidaires, mais se sentait en contrôle pour ne pas en arriver là.

Malgré sa médication (somnifère, antidépresseur), il souffrait d’insomnie, de pensées obsessionnelles et de crises de panique quotidiennes qu’il n’arrivait pas à contrôler.

Il venait à peine de sortir d’un centre de crise

Il ne se sentait bien nulle part et c’est pourquoi il a accepté d’aller dans un centre de crise le temps que ses médicaments fassent effet.

Le 7 août, après neuf jours au centre de crise et 17 jours avant qu’il ne commette l’irréparable, Michael Beaulieu se disait ni mieux. Il a été revu le 19 août et une autre visite était prévue le 27.

Il habitait seul loin de sa famille à Rimouski, note le rapport du coroner. Il avait quelques amis, dont un militaire comme lui, avec lequel il s’entendait bien et qui l’encourageait presque quotidiennement.

C’est cet ami qui, s’inquiétant de ne pas avoir de nouvelles depuis 48 heures, s’est rendu chez Michael beaulieu le 24 août 2014 pour y faire la macabre découverte.

Tout avait été fait pour éviter le drame

Il existe de nombreux services tant du côté militaire que du côté civil qui permet d’être «à l’écoute», tels que le 1 866 277-3553 du Centre de prévention de suicide du Québec, les différents programmes du Service de santé mentale des Forces armées canadiennes ou bien encore, à défaut, parler à quelqu’un de confiance fait toujours du bien!

Mais,  dans le cas de Michael Beaulieu, les problèmes qui l’ont conduit à commettre l’irréparable avait été détectés et il était soigné et suivi de près.

Michael Beaulieu était d’ailleurs en arrêt de travail pour dépression lorsqu’il a posé son geste

De plus, entre ses nombreuses rencontres pour troubles psychologiques, souligne le Dr Picard, son meilleur ami, un militaire comme lui, l’encourageait quotidiennement.

À l’enquête, les policiers ont appris en outre que Michael Beaulieu avait été vu le la veille à 15h30 par des voisins et que son ex-conjointe lui a parlé vers midi.

Il n’était pas intoxiqué au moment du drame et rien dans ses paroles lors de cette conversation amicale ne lui laissait présager ce qui allait arriver.

Les autres enquêtes se poursuivent

Valcartier a été, cette année et l’an dernier, endeuillé par la perte de plusieurs des siens, parfois dans des circonstances troublantes.

Dans deux autres de ces cas, celui du caporal-chef Sylvain «Peanut» Lelièvre et celui du capitaine Philippe Boudreau, le bureau du coroner de Québec a terminé son enquête et conclut, dans un cas, au suicide, dans l’autre, à une mort naturelle.

Avant d’avoir un portrait plus exact de la situation, il faudra toutefois attendre les résultats de toutes les enquêtes du sur les décès survenus dans cette période.

Les suicides peuvent avoir plusieurs causes, comme on le voit dans le cas de Michael Beaulieu, et, tel qu’illustré ici, on ne peut tous les prévenir, bien que cela ne peut en aucun cas servir de prétexte à ne pas prévenir ceux qui peuvent l’être.

Il semble aussi à la lumière du rapport d’aujourd’hui qu’avec ces exigences, ces multiples réaffectations, l’éloignement et tout ce qu’elle comporte de renoncement, la vie militaire soit en elle même un défi, même quand nos militaires ne sont pas soumis à des événements traumatiques en déploiement.