Budgets militaires russe et américain: Poutine se pose en victime qui n’a pas l’intention d’être écrasée

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Réunion du Conseil élargie de la Défense de la Fédération de Russie le 19 décembre 2014 (Service de presse du Kremlin)
Réunion du Conseil élargie de la Défense de la Fédération de Russie le 19 décembre 2014 (Service de presse du Kremlin)

Alors que les États-Unis viennent d’adopter leur budget militaire de 500 milliards $, comparant les budgets russe et américain, le président russe s’est posé cette semaine en victime plutôt qu’en agresseur, mais une victime qui aurait en revanche bien l’intention de ne pas être écrasée.

Le budget du ministère russe de la Défense pour 2015 atteindra 50 milliards de dollars, soit dix fois moins que le budget militaire des États-Unis, a annoncé cette semaine à Moscou le président russe Vladimir Poutine.

«Le budget du ministère de la Défense augmentera en 2015 pour atteindre près de 50 milliards de dollars, alors que le budget du Pentagone est dix fois plus important et s’élève à 575 milliards», a déclaré le maître du Kremlin lors de sa 10e grande conférence de presse annuelle.

Selon Poutine, la Russie ne mène pas de politique agressive et ne possède que deux bases militaires à l’étranger, dans des pays à risque terroriste élevé – au Kirghizstan et au Tadjikistan.

Le président russe a admis que les vols de bombardiers stratégiques russes ont repris il y a quelques années, mais a fait valoir que les avions américains n’ont jamais cessé leurs vols de patrouille.

«La situation dans le monde autour de nous n’est pas de plus en plus simple. Vous connaissez tous les plans des États-Unis de construire un système de défense antimissile. L’OTAN a intensifié son activité aussi, y compris en Europe, en particulier en Europe de l’Est», a déclaré Poutine à la réunion du Conseil de la Défense le 19 décembre. «À cet égard, je tiens à dire que notre doctrine militaire reste néanmoins inchangé et est exclusivement de nature défensive, comme vous le savez. Mais nous allons défendre la sécurité de notre pays fermement et constamment».

Le plan de développement des forces russes

Pour Vladimir Poutine, tout est clair. Il s’agit de protéger les intérêts nationaux de la Russie.

«Dans le même temps, il est patent que l’armée et la marine doivent encore être améliorées et développées», a indiqué le président russe, précisant qu’il importait, premièrement, de compléter la rédaction du Plan de la Défense de 2016 à 2020 . «Ce plan devrait être prêt pour approbation dans un délai d’un an, en décembre 2015».

«Deuxièmement», de dire le maître du Kremlin, «nous devons développer tous les composants de nos forces nucléaires stratégiques, qui jouent un rôle très important dans le maintien de l’équilibre mondial et essentiellement exclure la possibilité d’une attaque de grande envergure contre la Russie».

En 2015, les forces nucléaires stratégiques recevront plus de 50 missiles balistiques intercontinentaux et la Russie poursuivra la modernisation de son aviation stratégique et les deux sous-marins lanceurs de missiles Vladimir Monomakh et Alexander Nevsky devraient être prêts pour des missions de combat, a expliqué le chef du Kremlin.

Dans le moyen terme jusqu’à 2021, la Russie compte achever la transition vers des armes ‘entièrement’ modernes pour nos forces nucléaires terrestres, moderniser l’ensemble de la flotte de bombardiers Tu-160 et Tu-95MS, et également développer un bombardier stratégique de nouvelle génération».

Troisièmement, toujours selon Poutine, les Russes entendent achever la mise en place des forces de défense aérospatiale en 2015. Avec le déploiement de ce nouveau type de force, il sera possible d’utiliser de façon mieux coordonnée nos systèmes aéronautiques, de défense aérienne et la défense antimissile et, ainsi, augmenter considérablement le niveau de protection de l’espace aérien de la Russie.

Renforcement dans les régions stratégiques

Il y aura un renforcement de la qualité de la défense dans les régions stratégiquement importantes du pays comme l’Arctique et d’autres régions, a aussi expliqué le président russe,

«Le commandement stratégique unifié [dans l’Arctique] a été créé le 15 décembre, sur la base de la Flotte du Nord. L’année prochaine verra l’achèvement de l’infrastructure militaire sur la Nouvelle-Zemblya, Kotelny, des îles Wrangel, et le Cap-Schmidt», a annoncé Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine au aussi souligné la nécessité du renforcement de la coopération avec ses alliés et partenaires dans l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une organisation à vocation politico-militaire regroupant la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan.

À la réunion du Conseil, vendredi, le président russe a annoncé pour l’an prochain l’exercice Shchit Soyuza 2015, d’importants exercices tactiques russo-biélorusses et l’exercice de commandement stratégique Tsentr 2015, destiné à travailler sur les questions de défense et de sécurité dans la région d’Asie centrale, «qui est d’une importance cruciale pour la Russie».

La Russie montre sa force et s’affirme

Par ailleurs, le président russe rejette les inquiétudes des puissances occidentales et, en particulier, des pays de l’OTAN.

«La Russie se heurte à une réaction inadéquate au renforcement de son potentiel militaire, mais le ministère de la Défense doit néanmoins réaliser tranquillement ses plans.» a-t-il déclaré lors d’une réunion élargie du collège du ministère de la Défense.

Mais «Nous devons remplir les tâches qui se posent aux pays en matière de défense et de sécurité», insiste-t-il.

Par ailleurs, les jeunes russes se tournent de nouveau comme dans le passé vers les forces armées, souligne le chef du Kremlin.

«Avec le développement qualitatif des forces armées, il est également de plus en plus prestigieux de servir dans l’armée. Cette année, il y a six personnes en concurrence pour chaque place dans certaines des académies ministère de la Défense», a aussi déclaré le président russe à la réunion du Conseil de la Défense cette semaine, ajoutant que «La plupart des personnes qui postulent sont bien formés et motivés. Plus des deux tiers des engagés en 2014 ont fait des études supérieures ou professionnelles».

L’armée russe compte 295.000 engagés sous contrat, ce qui représente un record historique, annonçait pour sa part vendredi à Moscou le vice-ministre russe de la Défense Nikolaï Pankov, cité par l’agence officielle russe Ria Novosti.

«Plus de 90.000 personnes se sont engagées volontairement dans l’armée en 2014, ce qui a permis d’atteindre le niveau historique de 295.000 engagés sous contrat», a indiqué Nokolaï Pankov.

Selon Pankov, les engagés sous contrat préfèrent les forces spéciales, l’infanterie marine, les Troupes aéroportées, les Troupes balistiques stratégiques et les Troupes de défense aérospatiale.

Le ministère de la Défense compte signer des contrats avec au moins 55.000 personnes en 2015, portant le nombre d’engagés volontaires à 350.000, rapporte l’agence russe.

Au même moment, la Marine russe intensifie ses activités à l’étranger.

Les navires militaires russes ont fait 112 escales dans des ports étrangers en 2014, soit 37 de plus qu’en 2013, a annoncé vendredi à Moscou le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, rapporte l’agence de presse officielle russe.

Le nombre des missions effectuées par les navires militaires russes dans la région Asie-Pacifique a presque doublé en un an et la Russie a en outre déployé une escadre en Méditerranée pour la première fois depuis 1992.

Le message des Russes semble clair: «Vous devez de nouveau, dorénavant, compter avec nous!»