L’Europe divisée sur l’opportunité de nouvelles sanctions contre la Russie

Le drapeau de l'Union européenne (WikiC)
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Le drapeau de l'Union européenne (WikiC)
Le drapeau de l’Union européenne (WikiC)

Alors que Berlin refuse de suivre les pays anglo-saxons et ne voit pas de raisons d’imposer à présent de nouvelles sanctions contre la Russie, selon ce qu’a déclaré ce lundi 22 décembre une porte-parole du gouvernement fédéral allemand, Christiane Wirtz, l’Europe paraît divisée sur la question du renforcement des sanctions.

Tandis que les efforts de paix s’enlisent en Ukraine, le président Obama a promulgué la semaine dernière une loi qui lui donne la possibilité d’introduire de nouvelles sanctions contre la Russie, ce qui, selon le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, peut «saper pour longtemps» les relations entre les deux pays.

Et, après l’Union européenne, les États-Unis ont interdit à leur tour tous les échanges commerciaux avec la Crimée pour protester contre l’annexion de cette péninsule ukrainienne par Moscou au printemps dernier, a annoncé vendredi le président Barack Obama.

Le Canada a pour sa part annoncé vendredi dernier de nouvelles sanctions économiques contre la Russie et des interdictions supplémentaires de voyager contre 20 individus russes et ukrainiens, ainsi que de nouvelles restrictions à l’exportation de technologies utilisées par le secteur de l’exploration et de l’extraction du pétrole en Russie.

Moscou a de son côté accusé samedi les États-Unis et le Canada d’attiser le conflit en Ukraine avec leurs nouvelles sanctions contre les intérêts russes au moment où Kiev et les rebelles prorusses peinent à relancer les pourparlers de paix.

Mais aujourd’hui, la Russie se console en constatant que l’imposition de nouvelles sanctions ne fait pas l’unanimité chez les Européens.

L’Europe divisée

Citant les quotidien russe et autrichien Kommersant et Osterreich, l’agence officielle russe fait état des divisions sur l’opportunité de nouvelles sanctions, alors que les pays-membres de l’Europe devront trouver un consensus d’ici mars 2015, date à laquelle un éventuel prolongement des mesures sera décidé.

Le chancelier autrichien Werner Faymann a déclaré hier que les pays européens n’avaient aucun intérêt à voir s’effondrer l’économie russe et qu’il ne partageait pas, à titre personnel, cette « euphorie du succès des sanctions contre la Russie », écrit ce lundi le quotidien économique russe Kommersant.

Le chancelier autrichien Werner Faymann a critiqué le renforcement potentiel des sanctions contre la Russie dans une interview publiée dimanche dans le quotidien Osterreich: »Je ne peux pas partager cette euphorie du succès des sanctions contre la Russie, qui touche de nombreux Européens. Je ne vois aucune raison de s’enthousiasmer et ne comprends pas pourquoi un effondrement de l’économie russe devrait nous réjouir ».

« Quand on construit nouveau mur isolant l’économie russe, on scie la branche sur laquelle on est assis », d’ajouter le chancelier autrichien.

Par ailleurs, il affirme avoir récemment évoqué les perspectives de résolution de la crise avec le président russe Vladimir Poutine. Malgré ces retenues, il considère que les sanctions déjà en vigueur sont justes, rappelant qu’elles ont été prises en tant que mesure de riposte.

D’autres hommes politiques européens, que les Russes s’empressent de citer, ont récemment soutenu cette position au sujet des sanctions, qui divisent toujours l’Union européenne (UE).

Les ministres des Affaires étrangères allemand et danois, Frank-Walter Steinmeier et Martin Lidegaard, se sont également inquiétés d’une déstabilisation de la Russie. « L’Europe doit répondre sévèrement aux événements inacceptables, comme ceux qui se déroulent en Ukraine, a déclaré le premier ministre italien Matteo Renzi. Mais la Russie a une importance stratégique pour l’Italie et toute l’Europe. Il nous faut trouver des points communs car mettre ce pays à genoux ne bénéficie, aujourd’hui, à personne ».

« Il est sûr de dire qu’il est rarement utile de déstabiliser davantage la situation. Notre doctrine, notre approche a généralement été de récupérer une situation. Une plus grande déstabilisation n’est absolument pas dans l’intérêt de personne, et encore moins du Canada « , a tété jusqu’à dire le lieutenant-général Jonathan Vance, le commandant du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC), qui mène les opérations des Forces canadiennes dans l’ensemble du spectre au pays, dans le continent de l’Amérique du Nord et à l’échelle mondiale.

Mais les hommes politiques des pays Anglo-saxons, des deux côtés de l’Atlantique, ne semblent pas avoir ce souci et croient toujours aux sanctions: « Nous devons conserver les mesures actuelles jusqu’au changement d’attitude de la Russie et l’arrêt de son agression en Ukraine », ne cesse de répéter le premier ministre britannique David Cameron aux Européens qui paient le prix des sanctions.

La Russie défiante

Pendant ce temps, pour Vladimir Poutine, pas question de changer de ton sur l’Ukraine, où les autorités de Kiev mènent, selon lui, une «opération punitive» contre les rebelles de l’Est, ni sur les Occidentaux qui se comportent comme un «empire» qui veut «faire marcher au pas ses vassaux».

Et le maître du Kremlin de promettre aux Russes une sortie dans les deux ans de la sévère crise économique dans laquelle a plongé le pays avec l’effondrement du rouble.

Et à la réunion du Conseil de Défense russe élargie le 19 décembre, alors que les États-Unis viennent d’adopter leur budget militaire de 500 milliards $, comparant les budgets russe et américain, le président russe s’est posé cette semaine en victime plutôt qu’en agresseur, mais une victime qui aurait en revanche bien l’intention de ne pas être écrasée.

Chose certaine, sanctions ou pas, la Russie entend aller de l’avant avec son ambitieux plan de développement des forces armées russes et compte bien, grâce notamment à ses relations avec des pays comme l’Inde ou la Chine, ne pas se laisser isoler.

Pas facile de mettre un ours à genoux!