Marine royale canadienne: fini l’alcool bon marché et l’alcool en mer

Le NCSM Whitehorse a son arrivée à San Diego, le 27 juin 2014. (Mass Communication Specialist 2nd Class Joshua Scott/US Navy)
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Le NCSM Whitehorse a son arrivée à San Diego, le 27 juin 2014. (Mass Communication Specialist 2nd Class Joshua Scott/US Navy)
Le NCSM Whitehorse a son arrivée à San Diego, le 27 juin 2014. Le vice-amiral Mark Norman, commandant de la Marine royale canadienne, avait ordonné en juillet 2014 en plein exercice international RIMPAC 2014 au Whitehorse de faire demi-tour et de rentrer au pays suite à des incidents liés à la consommation excessive d’alcool (Mass Communication Specialist 2nd Class Joshua Scott/US Navy)

Dévoilant ce vendredi les résultats de l’Examen interne de la conduite personnelle au sein de la Marine royale canadienne entreprise après de nombreux problèmes d’inconduite l’été dernier, le commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Mark Norman, annonce que, dorénavant, c’est fini l’alcool bon marché et, qu’en outre, à quelques rares exceptions près, il n’y aura plus d’alcool sur les navires lorsqu’il seront en en mer.

En plein exercice international RIMPAC 2014, impliquant 49 navires de surface, six sous-marins, plus de 200 avions et 25.000 personnes, trois incidents avaient été répertoriés, deux à bord du navire et un troisième  à l’extérieur où la police américaine a du intervenir et arrêter un des marins du NCSM Whitehorse,  amenant le commandant de la Marine royale canadienne à ordonner au navire de faire demi-tour et de rentrer au pays.

Outre l’enquête sur les incidents, le vice-amiral avait aussi ordonné alors une autre enquête, plus globale, au commodore Craig Baines, dont les résultats viennent tout juste d’être dévoilés.

L’enquête du commodore Baines avait pour but de «procéder à un examen interne des politiques et procédures qui régissent la conduite des hommes et des femmes à terre« et de faire des recommandations pour «fournir des attentes et des instructions claires pour l’ensemble du personnel en ce qui concerne le professionnalisme et la conduite ainsi que les responsabilités tant à terre, qu’en mer».

«L’examen interne a décrit les mesures que nous prendrons en tant qu’institution pour s’assurer que nos gens soient mieux informés et préparés à rencontrer les attentes de notre force de combat professionnelle et moderne. La grande majorité de nos officiers et nos marins se comportent de façon appropriée et je suis convaincu qu’ils seront maintenant mieux équipés pour représenter leur pays, leur service et leur navire ici au pays et à l’étranger», a déclaré le vice-amiral Norman.

Des mesures strictes

Déclarant aujourd’hui que l’alcool ne mène pas nécessairement à l’inconduite, mais admettant qu’il est par contre présent dans la plupart des cas d’inconduite, et voulant mettre la Marine royale canadienne au diapason des normes de la société moderne quant à la consommation d’alcool, le vice-amiral Norman a donc annoncé cet après-midi une séries de mesures pour changer la culture et le comportement des marins face à consommation d’alcool.

Pour commencer, où que ce soit, fini l’alcool bon marché. Le prix que les officiers et marins paieront dorénavant pour boire s’alignera sur le prix des débits de boissons d’Halifax ou d’Esquimalt, où sont basés les navires.

Fini aussi les machines vendant des bières dans leur cafétéria sur certains navires de plus grandes dimensions. Totalement en contradiction avec la nouvelle philosophie de la Marine, ces machines seront retirées.

Mais, le changement le plus important, on ne boit plus en mer.

Auparavant, lorsque les navire étaient déployés pour une opération ou un exercice à l’étranger, les règles quant à la consommation d’alcool à bord devenaient beaucoup plus strictes, mais on pouvait encore boire.

Dorénavant, plus d’alcool en mer, sauf lors de fêtes ou cérémonies lorsque navire est au mouillage et, de plus, pour éviter tout abus, ce sont alors des serveurs qui serviront à boire.

Enfin, dernière mesure d’importance, le «protocole de la première soirée» est dorénavant changé.

Auparavant, lorsque le navire, en opération, accostait à un port et que les marins en permission se rendaient en ville, ces derniers restaient libres de boire, à condition de rentrer à bord sobres.

Certes, si l’officier de quart constatait que les marins rentrant au navire après une permission en ville étaient en état d’ébriété, ils devaient rencontrer les officiers en service, ce qui pouvait mener à des mesures disciplinaires, mais, après des semaines ou des mois en mer, cette perspective ne suffisait pas à calmer la soif des marins qui se disaient sans doute, et à tort, qu’ils avaient le temps de dégriser.

Et surtout, cela n’évitait pas que les marin boivent à l’excès lors de leur permission.

Désormais, les marins devront rentrer au navire pour y dormir la première nuit, ce qui permettra de beaucoup mieux contrôler le respect des règles et des normes.

Une nouvelle culture

En plus des conclusions principales, l’examen suggère aussi que les membres qui exercent le «leadership sur le pont» au sein de la MRC doivent continuer activement de communiquer, d’éduquer, d’agir en tant que mentors et de servir de modèles en ce qui a trait à un conduite appropriée. Il s’agit de la première et de la plus importante mesure à prendre pour montrer aux marins «ce qui est bien», affirme la Marine canadienne.

Bien qu’il n’ait pas été prévu de mécanismes spéciaux pour mesurer l’impact de ces nouvelles normes et règles qui entrent en vigueur immédiatement, le vice-amiral Norman a indiqué en conférence de presse cet-après midi en réponse à une question de 45enord.ca que, déjà, sa décision en juil;;et d’ordonner une enquête avait changé la donne et diminué le nombre de cas d’inconduite liés à l’alcool, et ce, avant même l’adoption des nouvelles mesures annoncées aujourd’hui.

Finalement, il semble bien qu’à l’avenir, le mélange eau de mer et alcool n’aura plus la cote et que le légendaire marin en goguette deviendra peut-être une image du passé.