Remplacement du CF-18: pour la plupart des missions du futur, tous les avions examinés se valent

Un CF-18 en vol au-dessus de l'Irak, le 30 octobre 2014. (U.S. Air Force/Staff Sgt. Perry Aston)
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Les cinq concurrents pour le remplacement des CF-18 canadiens, Boeing, Lockheed Martin, EADS, Dassault et Saab (Crédit: montage, Nicolas laffont, 45eNord.ca)
Les cinq concurrents pour le remplacement des CF-18 canadiens, Boeing, Lockheed Martin, EADS, Dassault et Saab. (Archives/45eNord.ca)

Dans un autre rapport partiellement déclassifié, suivant la Mise à jour annuelle de la Défense nationale qui fait état d’une diminution du fond de prévoyance, le panel d’examinateurs indépendants ne trouve pas d’avion supérieur à un autre… dans un avenir proche, et écarte rapidement l’idée d’une flotte mixte composée de deux appareils, l’un «plus performant pouvant exécuter les missions les plus difficiles de l’OTAN, et l’autre «moins puissant pouvant exécuter les obligations du Canada envers le NORAD».

Selon l’analyse des besoins liés aux missions, qui a été réalisée dans la foulée de l’évaluation des options, il est «très improbable que le Canada participe à de futurs conflits entre États». Toujours selon l’analyse, il est «beaucoup plus probable» que le Canada contribue à des engagements militaires qui ne soient pas vraiment une guerre entre États ou une mission d’aide humanitaire, mais plutôt un mélange des deux, comme dans le cas de la Libye ou du Kosovo.

Les experts du panel estiment que la «prolifération de technologies nouvelles et existantes caractérise l’échéancier au-delà de 2030». Le niveau de perfectionnement et la prolifération des menaces augmenteront ainsi au-delà de 2030.

Ayant évalués chaque capacité des appareils par rapport à deux périodes, soit de 2020 à 2030 et au-delà de 2030, les panélistes concluent que, pour les six missions que devront effectuer les avions (soit la Défense du Canada, l’Événement international au Canada, l’attaque terroriste, l’imposition de la paix, la participation à des opérations de combat de coalition entre États et l’aide humanitaire et secours en cas de catastrophe) «tous les avions ont été évalués comme présentant un risque faible à moyen pour ce qui est de leur capacité à mener cinq des six missions de la ‘Stratégie Le Canada d’abord’». Seules les missions de guerre entre États feraient que le niveau de risque passe de faible à important pendant la première période et de moyen à élevé pendant la deuxième période.

La supériorité de l’appareil canadien ne serait donc essentiel que dans ce cas précis.

Prolongation de la durée de vie des CF-18, oui, mais…

Un CF-18 en vol au-dessus de l'Irak, le 30 octobre 2014. (U.S. Air Force/Staff Sgt. Perry Aston)
Un CF-18 en vol au-dessus de l’Irak, le 30 octobre 2014. (U.S. Air Force/Staff Sgt. Perry Aston)

Les panélistes du comité estiment qu’une durée de vie prévue des CF-18 jusqu’en 2025 présente «des risques faibles à moyens sur les plans technique et opérationnel». Le choix, annoncé en septembre de prolonger jusqu’en 2025, coïnciderait avec le moment auquel l’US Navy et le Corps des Marines prévoient retirer leur flotte de F-18 qui comprend environ 630 appareils, soit presque dix fois la taille de la flotte canadienne.

À l’opposé, ils estiment que prolonger leur durée de vie au-delà de 2025 nécessiterait «des investissements structurels particuliers […] en vue de maintenir la navigabilité de la flotte».

Prolonger la durée de vie prévue jusqu’en 2030 serait possible sur le plan technique mais occasionnerait «beaucoup plus de risques». Selon cette option, il faudrait réaliser des investissements considérables en matière de remise à neuf des structures et d’acquisition de commandes des ailes et de vol pour tous les appareils de la flotte. En outre, il y aurait de plus en plus d’incertitudes au sujet des coûts. Sur le plan opérationnel, la flotte s’exposerait à un environnement de menace plus grave, ce qui diminuerait l’efficacité et la capacité de survie opérationnelles ainsi que l’interopérabilité avec les plus récents appareils utilisés par les alliés du Canada.

Des drones oui, mais pas pour remplacer des avions de combat

Photo, en juin 2010, d'un UAV CU170 Heron, un véhicule aérien d’une tonne pouvant mener des opérations de plus de 24 heures à une vitesse maximale de plus de 100 nœuds (180 km/h) et à des altitudes pouvant atteindre 10 000 mètres, utilisés alors par les Forces canadiennes en Afghanistan pendant l'opération de combat Athena (Archives/Sergent Daren Kraus, technicien en imagerie, Force opérationnelle – Kandahar, Afghanistan, ROTO 9)
Un UAV CU170 Heron, utilisé par les Forces canadiennes en Afghanistan pendant l’opération ATHENA. (Archives/Sergent Daren Kraus/Force opérationnelle Kandahar/ROTO 9)

Selon l’analyse effectuée par le comité, rien n’indiquerait que les appareils sans pilote soient «une solution viable pour le remplacement des CF-18 à court et à long terme».

Même si la technologie des véhicules aériens sans pilote (UAV) a évolué au cours des dernières années, «dans un avenir prévisible, les véhicules aériens sans pilote ne disposeront pas de toutes les capacités requises pour remplacer un chasseur avec pilote et ne constituent pas une solution viable pour le remplacement des CF-18».

Le Canada a utilisé des UAV pour diriger des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance au pays et à l’étranger et nos alliés en ont déployé pour lancer des frappes de précision contre des objectifs terrestres dans un certain nombre des d’environnements tactiques.

Cependant, un UAV ne peut pas être utilisé dans une situation de combat air-air par exemple. «Même s’ils peuvent être contrôlés à distance, ces véhicules ne possèdent pas la vitesse, la portée, l’agilité ou les systèmes défensifs voulus pour être efficaces en situation de combat air-air», indiquent les experts du comité qui précisent: «Les véhicules aériens sans pilote possèdent des capacités restreintes d’attaque de cibles précises dans la plupart des environnements militaires. Leurs systèmes logiciels ne sont pas suffisamment fiables pour identifier avec précision une cible, décider s’il y a lieu d’engager un objectif, d’évaluer la situation à la suite d’une attaque, ou de prendre des décisions tactiques en situation de combat. La technologie ne saurait remplacer la capacité en temps réel du pilote à bord d’être au courant des situations évoluant rapidement et d’y réagir adéquatement».

C’est pourquoi le rapport des experts estime «devoir affecter des pilotes dans le cadre du remplacement des CF-18 en vue de répondre aux demandes essentielles relatives à la souveraineté nationale et aux obligations quant à la défense du continent, et de contribuer une force aérienne expéditionnaire adaptable». Il n’est donc pas question de remplacer des avions de chasse par des drones.

Finalement, ne s’avancant pas sur la supériorité d’un appareil en particulier, les experts du panel indépendant indiquent qu’un «rapport classifié faisant état des résultats de l’évaluation a été fourni au gouvernement pour informer la décision pour ce qui est de la marche à suivre en vue du remplacement de la flotte de chasseurs CF-18 du Canada».

Avec une première livraison estimée en 2020, cela laisse amplement le temps au gouvernement actuel de laisser passer les élections de 2015… Wait and see!

Pour le député libéral Marc Garneau, ces nouveaux rapports démontrent une nouvelle fois «le fiasco» de tout le dossier du F-35. Soulignant, au cours d’une interview téléphonique avec 45eNord.ca, que l’avion est loin d’avoir été évalué, notamment avec les missions qui lui seront attribués, «c’est un achat qui a été mal géré depuis le début et ce n’est pas le seul».

Même son de cloche du côté du NPD, avec la députée Elaine Michaud qui rappelle que les priorités des besoins n’ont jamais été clairement définis. «On espère qu’en 2015, le gouvernement décidera d’ouvrir un appel d’offres transparent ou même de prendre une décision», se désole la députée de Portneuf-Jacques Cartier. «C’est ce qu’on demande depuis le début au gouvernement!».