Russie: crise économique ou pas, Poutine n’entend pas de changer de ton sur l’Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse à Moscou, le 18 décembre 2014 (Alexander Nemenov/AFP)
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Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse à Moscou, le 18 décembre 2014 (Alexander Nemenov/AFP)
Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse à Moscou, le 18 décembre 2014 (Alexander Nemenov/AFP)

Vladimir Poutine a promis jeudi aux Russes une sortie dans les deux ans de la sévère crise économique dans laquelle a plongé le pays avec l’effondrement du rouble et a accusé les Occidentaux de se comporter en «empire» dictant la marche à suivre à ses «vassaux», insistant pour dire que la Russie n’attaque pas l’Occident, mais défend ses intérêts.

Le président russe est sorti de son silence sur le plongeon du rouble – qui a pris lundi et mardi une ampleur inédite depuis le placement du pays en défaut de paiement en 1998 – dès l’ouverture de sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année.

«Dans le scénario le plus défavorable pour la conjoncture internationale, la situation peut durer deux ans mais elle peut se corriger avant », a-t-il déclaré, avouant la difficulté à établir une quelconque prévision face à « de nombreux facteurs d’incertitude».

Mais pas question en revanche de changer de ton sur l’Ukraine, où les autorités de Kiev mènent une «opération punitive» contre les rebelles de l’Est, ni sur les Occidentaux qui se comportent comme un «empire» qui veut «faire marcher au pas ses vassaux».

La Russie n’attaque pas l’Occident dans le sens politique de ce terme, mais défend ses intérêts nationaux, a déclaré Vladimir Poutine.

«Vous avez dit que la Russie avait dans une certaine mesure apporté sa contribution aux tensions que nous observons actuellement dans le monde. La Russie a en effet apporté sa contribution, mais uniquement en ce sens qu’elle défend de plus en plus rigoureusement ses intérêts nationaux. Nous n’attaquons pas dans le sens politique de ce terme, nous n’agressons personne, mais défendons nos intérêts», a dit le président russe.

«Quant au mécontentement de nos partenaires occidentaux, en premier lieu américains, il s’explique précisément de la sorte, et non par le fait que nous entreprenons des actions susceptibles de provoquer des tensions en matière de sécurité», a souligné le maître du Kremlin.

Très populaire en Russie mais mis au ban des nations occidentales, Vladimir Poutine a ainsi semblé opposé une fin de non-recevoir à l’appel du pied de Washington. A Londres mardi, le secrétaire d’État américain John Kerry avait prévenu que les sanctions occidentales pouvaient être levées «en quelques semaines ou quelques jours, en fonction des choix du président Poutine».

Poutine promet une sortie de crise dans deux ans

Le président russe se trouve dans une situation paradoxale à l’issue d’une année de crise ukrainienne, soulignent les observateurs. L’annexion de la Crimée l’a rendu plus populaire que jamais, avec une cote de confiance dépassant 80%, et incontournable sur la scène internationale.

Mais le pays sort isolé par les sanctions, qui ont affaibli le rouble, ensuite coulé par la chute vertigineuse des cours du pétrole, principale source de revenus pour l’Etat russe. Et la crise actuelle, par son ampleur et surtout sa durée prévue, est surtout la plus délicate qu’ait eu à gérer le président depuis son arrivée au pouvoir en 1999.

S’il a mis en cause les «facteurs extérieurs» et en premier lieu la chute des prix du pétrole, il a reconnu que la Russie avait sa part de responsabilité, n’ayant pas profité suffisamment des années passées pour diversifier son économie, très dépendante des cours des hydrocarbures.

Il a également évoqué des perspectives sombres avec des sanctions américaines appliquées, «semble-t-il pour des décennies».

Face à cette crise, « nous allons utiliser les mesures que nous avons employées avec succès en 2008 », a expliqué le président. Il n’a cependant annoncé aucune mesure en particulier, assurant simplement qu’il ne prendrait aucune mesure dirigiste pour encadrer le marché et commentant les mesures prises par le gouvernement et la banque centrale, jugées dans l’ensemble «adéquates» malgré quelques critiques.

*Avec AFP