Victoire d’un vétéran en cour, la bataille de l’agent orange revient sur le devant de la scène

Épandage par hélicoptère de l'Agent Orange dans le delta du Mékong le 26 juillet 1969 (Archives/National Archives and Records Administration)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Épandage par hélicoptère de l'Agent Orange dans le delta du Mékong le 26 juillet 1969 (Archives/National Archives and Records Administration)
Épandage par hélicoptère de l’Agent Orange dans le delta du Mékong le 26 juillet 1969 (Archives/National Archives and Records Administration)

Le porte-parole pour les affaires des anciens combattants du Nouveau parti démocratique (NPD), Peter Stoffer, réclame de nouveau une enquête sur la pulvérisation du défoliant connu sous le nom d’agent orange à la base des Forces canadiennes (BFC) Gagetown au Nouveau-Brunswick dans les années 60 après la victoire la semaine dernière d’un vétéran au Tribunal des Anciens combattants.

Le représentant du NPD a tenu une conférence de presse ce mardi 16 décembre avec le vétéran Basil McAllister, qui s’est vu récemment accordé une indemnisation, mais seulement après après une longue bataille en cour.

L’homme de 83 ans a un cancer et d’autres problèmes de santé qu’il attribue à l’exposition à l’agent orange. Il a dû se battre pendant près de 10 ans pour être indemnisé après plusieurs refus du ministère des anciens combattants.

En octobre 2014, la Cour fédérale avait renvoyé le cas au Tribunal des anciens combattants (révision et appel) pour une nouvelle audience. Après une nouvelle audience, le Tribunal qui dit avoir alors traité le cas en priorité a rendu sa décision (qu’on peut lire ici)qui a finalement accordé des prestations à M. McAllister pour les conséquences de son exposition à l’agent orange et d’autres défoliants chimiques utilisés à la BFC Gagetown,

Le vétéran a un cancer de la prostate qui s’est propagé à ses os. Il a également eu un cancer de la peau et souffre d’insuffisance rénale et de diabète de type 2.

«Basil s’est battu pendant près de 10 ans pour obtenir une indemnisation et l’aide d’Anciens Combattants Canada» a déclaré Stoffer lors de la conférence de presse à la filiale de la Légion royale canadienne à Moncton. «On lui a refusé l’aide [qu’il réclamait] à plusieurs reprises, mais il n’a pas renoncé pas. Je suis fier de la victoire de Basil sur cette question», a dit l’homme politique.

Enhardi par la récente victoire de Basi McAllistair, le député néo-démocrate, croyant à tort ou à raison que ce cas pourrait faire jurisprudence, a invité mardi en conférence de presse quiconque a été exposé à la substance chimique à ne plus hésiter à déposer une réclamation auprès d’Anciens Combattants Canada.

Stoffer a aussi vilipendé les conservateurs fédéraux pour avoir échouer à donner suite à leur promesse de campagne en 2006 de mener une enquête complète sur l’agent orange et la pulvérisation de ce défoliant à la base de Gagetown.

L’agent orange

L’agent orange. (Archives/FASEB)

L’agent orange est le surnom donné au défoliant le plus employé par l’armée américaine lors de la guerre du Viêt Nam, en particulier entre 1961 et 1971. Le produit était épandu par avion au-dessus des forêts vietnamiennes. Notamment en raison de la présence de dioxine, ce défoliant chimique est responsable de plusieurs maladies chez les personnes exposées.

En outre, la stabilité de la dioxine lui confère un effet durable sur les habitants des régions touchées, occasionnant ainsi des cas de cancers ou de malformations à la naissance, des années après la fin des combats.

L’agent orange a été pulvérisé à la BFC Gagetown en 1966 et 1967 par l’armée américaine avec la permission du Canada.

Des parties de la zone d’entraînement de la base ont alors servi à des tests de ce défoliant, ce qui a conduit à une enquête sur les effets à long terme sur les soldats et personnel civil de la base qui ont été exposés.

Des analyses de sol des zones touchées ont révélé des niveaux de dioxine 143 supérieur aux normes du Conseil canadien des ministres de l’Environnement en ce qui a trait à l’exposition maximale.

La Défense nationale affirme que l’armée américaine avait été invitée à tester seulement deux et demi «muids» (483 litres) de l’agent orange, de l’agent pourpre et d’autres défoliants non homologués pendant trois jours en juin 1966 et quatre jours en juin 1967.

Mais l’Agent orange association of Canada, qui se bat pour faire reconnaître l’ampleur du problème, affirme plutôt quant à elle que «plus d’un milliard de grammes de l’agent orange, de l’agent pourpre et l’agent blanc ont été pulvérisés sur la base de Gagetown et les communautés environnantes» de… 1956 à 1984.

Après qu’un certain nombre de familles ont rendu publique leur combat avec l’administration fédérale et que l’ombudsman des vétérans a réprimandé publiquement le gouvernement pour sa gestion du dossier, le gouvernement fédéral est revenu sur sa décision de refuser d’indemniser les dizaines de soldats et les membres de leurs familles malades suite à leur exposition au défoliant.

Mais les personnes touchées ont dû continuer à se battre contre l’administration pour obtenir les indemnités auxquelles elles avaient droit.

Aujourd’hui, «basé sur la victoire de McAllister, tous les Canadiens touchés devraient déposer des réclamations», a dit le porte-parole de l’Opposition officielle. «Il n’y a aucune excuse pour le gouvernement fédéral pour leur refuser leur indemnisation légitime.»