Irak: déployer nos soldats si près de l’ennemi ne correspond pas au type de mission annoncé

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Les Canadiens s’attendent des gens qu’ils élisent qu’ils fassent preuve de transparence et d’honnêteté, surtout lorsque vient le temps de prendre des décisions comme celle de déployer en zone de guerre les jeunes femmes et hommes courageux qui composent nos Forces.

À l’automne dernier, lorsque le premier ministre Harper a choisi de lancer le Canada dans une nouvelle guerre en Irak, il a promis aux Canadiens que nos soldats ne seraient pas déployés au sol dans un rôle de combat. La mission des forces spéciales sur le terrain allait se limiter, insistait-il, à aider et à conseiller les forces irakiennes dans leur lutte contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Dès le départ, notre chef, Thomas Mulcair, a mis en garde le gouvernement contre les risques d’enlisement dans le conflit et tenté d’obtenir du premier ministre qu’il précise le rôle exact que jouerait nos troupes sur le terrain. Le premier ministre a fini par répondre en précisant que « les soldats canadiens n’accompagnent pas les soldats irakiens dans leurs combats » et qu’ils « ne participent pas directement aux combats ».

Or, le 19 janvier dernier, les Canadiens ont été surpris d’apprendre que non seulement nos soldats accompagnaient les forces irakiennes sont sur la ligne de front en Irak, mais qu’ils ont aussi échangés des tirs avec l’ennemi et participé activement au ciblage laser des cibles sur le terrain. Quelques jours plus tard, le chef d’état-major de la Défense, Tom Lawson, a lui-même reconnu que le rôle du Canada en Irak avait « évolué » et que, contrairement à ce qui avait été dit au départ, les troupes canadiennes participaient bel et bien à ce type d’opération. Depuis, le bureau du premier ministre tente par tous les moyens de convaincre les Canadiens qu’ils ont tort de croire qu’il y a une dérive de la mission. Mais si échanger des tirs ce ne constitue pas une mission de combat, alors qu’est-ce qu’une mission de combat ?

Nos soldats ont le droit de se défendre s’ils sont attaqués. Cela n’est remis en doute par personne. La question est davantage de savoir si le fait de les déployer si près de l’ennemi, sur la ligne de front, à portée de tir, et de les mettre en charge du ciblage laser en théâtre d’opérations correspond au type de mission que le premier ministre avait présenté aux Canadiens à l’automne dernier. Poser la question c’est y répondre : le premier ministre a trompé les Canadiens en leur laissant croire que nos troupes ne seraient pas engagées dans des combats au sol.

La mission du Canada en Irak arrivera à son terme en avril prochain, alors que plusieurs questions importantes demeurent sans réponse, dont le coût de la mission et les critères qui nous serviront à déterminer si elle s’est révélée un succès ou non. Déjà, les responsables militaires ont confirmé que pour espérer pouvoir obtenir des résultats tangibles sur le terrain, les Canadiens devront être prêts à s’engager militairement « pendant des années ». Est-ce que c’est ce que nous voulons ?

Les violences perpétrées par l’EIIL en Irak sont choquantes et répréhensibles et il ne fait pas de doute que le monde doit s’unir et faire face à cette menace humanitaire et sécuritaire. La question qu’il nous faut poser est celle du rôle que doit jouer le Canada pour y répondre. Selon nous, sa première contribution devrait être de recourir à toutes les ressources diplomatiques, humanitaires et financières dont il dispose pour répondre à la tragédie humaine bouleversante qui se déroule sur le terrain. L’enjeu est clair : sauver des vies, maintenant.