France: Charlie Hebdo sortira la semaine prochaine à 1 million d’exemplaires

0
127
Une personne lit la dernière édition de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à Paris. (Bertrand Guay/AFP)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Une personne lit la dernière édition de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à Paris. (Bertrand Guay/AFP)
Une personne lit la dernière édition de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à Paris. (Bertrand Guay/AFP)

Un chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux, a assuré ce jeudi 8 janvier à l’antenne de France Inter que l’hebdomadaire satirique, dont la rédaction a été décimée mercredi dans une attaque terroriste qui a tué huit de ses journalistes et dessinateurs, paraîtrait la semaine prochaine.

« On va continuer, on a décidé de sortir la semaine prochaine. On est tous d’accord », a indiqué Patrick Pelloux, également médecin urgentiste, précisant que l’équipe du journal devait très prochainement se réunir.

Ce numéro va être tiré à un million d’exemplaires, contre 60.000 habituellement, a déclaré par ailleurs à l’AFP l’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, qui a précisé qu’il « sortira mercredi prochain ». Ce sera un numéro de 8 pages, a-t-il poursuivi, au lieu de 16 pages habituellement. Le journal a notamment reçu des aides des groupes Canal+ et Le Monde, et l’équipe sera hébergée par Libération, a-t-il précisé. Presstalis [ la société commerciale de messagerie de presse qui assure la distribution, NDLR] a par ailleurs accepté de ne prendre aucune commission sur cette prochaine diffusion.

« C’est très dur, on est tous avec notre peine, notre douleur, nos peurs, mais on va le faire quand même parce que ce n’est pas la connerie qui va gagner. Charb (directeur de la publication, tué mercredi dans l’attaque) disait toujours que le journal devait sortir coûte que coûte », a dit Patrick Pelloux.

« Comme aurait dit Cabu, il faut qu’on sorte un journal encore meilleur, donc on va le faire, je sais pas comment, on va l’écrire avec nos larmes », a-il déclaré, pronfondément ému, sur France Inter.


Patrick Pelloux : « Hier matin, je devais être à… par franceinter

L’équipe restante de Charlie Hebdo se réunissait à midi sur l’avenir du journal, a expliqué de son côté à l’AFP Gérard Biard, rédacteur en chef de l’hebdomadaire.

« Il y aura quelque chose la semaine prochaine, on ne sait pas encore sous quelle forme », a-t-il dit à l’AFP.

Douze personnes, dont cinq dessinateurs vedettes de Charlie Hebdo (Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré) et l’économiste Bernard Maris, ont été tuées mercredi dans l’attaque au siège du journal, en plein centre de Paris.

Cet attentat, le plus meurtrier depuis 50 ans en France, a provoqué une vague d’émotion et de solidarité, notamment dans les médias qui ont d’ores et déjà proposé leur aide à Charlie.

Déjà en 2011, lorsque le siège de Charlie avait été incendié dans une action criminelle vraisemblablement menée en représailles après la publication de caricatures de Mahomet, le quotidien Libération avait accueilli la rédaction de l’hebdomadaire.

Les quotidiens nationaux français arboraient tous une Une ou un bandeau noir jeudi en signe de deuil. Et devant le siège de l’hebdomadaire, des centaines d’anonymes ont défilé depuis l’attaque pour apporter fleurs et bougies et se recueillir lors de la minute de silence jeudi à midi en mémoire des victimes.

Frappé au coeur par l’attentat, l’hebdomadaire était déjà menacé de faillite: déficitaire, il vendait en moyenne environ 30.000 exemplaires, et venait de lancer un appel aux dons pour ne pas disparaître.

Le spectre de la menace djihadiste ravivé en Europe

L’attaque sanglante contre Charlie Hebdo a confirmé les pires craintes de voir des djihadistes présumés frapper au cœur de l’Europe, notamment un pays occidental en guerre contre les groupes extrémistes au Moyen-Orient et au Sahel.

L’assassinat de la rédaction du magazine satirique, dont les caricatures avaient indigné le monde musulman, va servir la propagande des mouvances djihadistes et leur attirer de nouvelles recrues, préviennent des experts interrogés par l’AFP.

« Cette attaque a été commise pour provoquer une onde de choc sur la scène internationale », affirme Lina Khatib, directrice du centre Carnegie pour le Moyen-Orient. « Son exécution ‘spectaculaire’ visait à démontrer l’influence des mouvances djihadistes en Europe », ajoute-t-elle.

Toujours pas revendiqué, l’attentat qui a fait 12 morts confirme les craintes d’attaques en Occident depuis la montée en puissance du groupe État islamique (EI) en Syrie et en Irak et le lancement de la coalition internationale pour le combattre.

Les services de renseignements occidentaux ont ainsi mis en garde contre le retour en Europe des milliers de djihadistes ayant rejoint les rangs de l’EI.

La France est particulièrement exposée car elle participe aux frappes en Irak tout en ayant déployé un dispositif militaire d’envergure dans cinq pays de la bande sahélo-saharienne où elle traque des groupes islamistes.

L’EI, tout comme Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), ont d’ailleurs appelé à plusieurs reprises leurs partisans à s’en prendre à la France au cours des derniers mois.

Le porte-parole de l’EI Abou Mohammad al-Adnani les avait exhortés en septembre à attaquer les « infidèles » en France, un appel depuis relayé dans des vidéos du groupe ultra-radical.

Le magazine d’Aqpa, Inspire, a également incité ses partisans à mener des attentats en France et inscrit le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Stéphane Charbonnier, surnommé Charb, sur sa liste de personnes à abattre.

L’hebdomadaire satirique était l’objet de menaces récurrentes de groupes islamistes depuis la publication de caricatures du prophète Mahomet. Mais « l’invocation de la vengeance du prophète est juste un prétexte pour attirer l’attention », selon la directrice de Carnegie.

L’EI pourrait en profiter

Le but est aussi de « faire parvenir un message aux Etats, notamment ceux qui font partie de la coalition internationale, en leur montrant qu’ils sont désormais vulnérables », explique Mme Khatib.

Et, pour cela, « les attaquants ont choisi une zone centrale à Paris qui est très symbolique ».

Sur les réseaux sociaux, des sympathisants d’Al-Qaïda et surtout de l’EI se sont d’ailleurs réjouis de l’attaque en utilisant des hashtags (mots clés) en arabe comme « Paris brûle » ou encore « l’invasion de Paris ».

Qualifiant les assaillants de « lions » ayant « vengé le prophète », ils ont également publié des photos de M. Charbonnier portant un numéro de Charlie Hebdo avec une caricature se moquant des radicaux musulmans. « C’est pour cela qu’il a été tué », commente l’un d’eux sur Twitter.

Que l’attaque soit motivée strictement par l’affaire des caricatures ou par une volonté de « punir » des pays en guerre contre les djihadistes, elle agira comme un catalyseur pour attirer de nouveaux sympathisants à la cause djihadiste, selon Max Abrahms, un expert en « terrorisme » basé aux États-Unis.

« Cette attaque sera considérée comme un succès. Et lorsque des groupes terroristes donnent l’impression d’être gagnants, il est plus facile pour eux de recruter », explique-t-il.

L’EI en tirera bénéfice même si le groupe n’est pas directement responsable de l’attaque, souligne ce professeur en sciences politiques. Car « ce qui a vraiment permis à l’EI d’avoir une aussi large base, ce sont ses ‘succès’ en termes de conquête de territoire et de massacre d’un grand nombre de personnes ».

Un tel contexte risque donc de créer des émules. « L’EI et d’autres groupes considéreront certainement l’attaque comme une réussite qui doit se répéter », avertit M. Abrahms.

*Avec AFP