Irak: les Canadiens méritent de savoir quand le mandat a changé et pourquoi

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Le groupe terroriste État islamique en Iraq et au Levant (EIIL) représente une menace réelle et bien présente au Moyen-Orient. Il a tué sans pitié et d’une manière constante des milliers de personnes en Iraq et en Syrie – des civils innocents, des membres de minorités ethniques et religieuse, des travailleurs humanitaires et des journalistes – et a entraîné dans son sillage le déplacement de millions d’autres. Tant la menace à la sécurité que la crise humanitaire urgente découlant de l’EIIL exigent une action internationale.

Le Canada doit participer à l’intervention internationale. Or, le caractère secret de la mission fait en sorte que les Canadiens ont de la difficulté à comprendre exactement que nous faisons là-bas.

Lorsque le Canada a déployé six chasseurs-bombardiers CF-18 dans la région, les conservateurs ont refusé de dévoiler les objectifs et les échéanciers, ce qui aurait permis d’évaluer le succès de la mission. Ils ont affirmé que seuls les avions participeraient au combat et que les troupes terrestres ne joueraient qu’un rôle en matière de conseils et de formation. Stephen Harper a lui même dit à la Chambre qu’elles n’avaient pas pour mandat « d’accompagner » les forces iraquiennes et kurdes au combat.

Le premier ministre n’est pas honnête avec les Canadiens. Nous savons que nos troupes se trouvent au front 20 % du temps et qu’elles aident même à orienter des bombes lancées à partir d’aéronefs de forces alliées.

J’ai demandé au major-général Michael Hood, lors de l’audience du comité en novembre, si nos forces seraient appelées à fournir « des conseils en combat rapproché ». Sa réponse était la suivante : « Non, je ne dirais pas qu’on leur donne des conseils en combat rapproché. Je le répète, si les forces étaient à proximité de ce qui est reconnu comme les lignes de front kurdes… elles ne sont pas sur ces lignes de front, mais elles doivent aller là où les forces se trouvent. Leur travail n’est pas sans risque, mais il ne s’agit pas de combats rapprochés. Nous n’avons pas participé à leur soutien, car cela ne fait pas partie de notre mandat en ce moment ».

Si se trouver au front ne faisait pas partie du mandat en novembre et que nos troupes s’y trouvent en janvier, le mandat doit avoir changé. Les Canadiens méritent de savoir quand il a changé et pourquoi le premier ministre a décidé de ne pas les en informer.

La question n’est pas de savoir si le Canada peut participer à cette intervention : il peut et il doit le faire. La question est plutôt de savoir qu’elle est la contribution la plus efficace que peut apporter le Canada dans le contexte d’une intervention internationale à grande échelle visant à lutter contre l’EIIL.

Nous, le Parti libéral du Canada, croyons que nos efforts doivent se concentrer sur le côté humanitaire de l’équation. Le Canada est particulièrement bien placé pour diriger les efforts humanitaires dans la région. Nous disposons aussi de capacités et de ressources uniques pour jouer des rôles de non-combattant essentiels, comme le transport aérien stratégique, la formation et le soutien médical.

Il existe une ligne de démarcation nette entre un rôle de non-combattant et un rôle de combattant. Le premier ministre a induit le Parlement et les Canadiens en erreur en ce qui concerne les opérations militaires menées en Iraq. Il place nos soldats en danger sans informer d’abord le Parlement et les Canadiens des raisons justifiant ce changement de cap. Entre-temps, l’information sur les coûts estimés de la mission est tenue secrète, tandis que le succès semble tout au plus négligeable.

Les Canadiens méritent de connaître les coûts de la mission, en dollars… et en vie.