RDC: Kabila connaîtra-t-il le sort de Compaoré

Des manifestants protestent le 20 juin 2015 à Kinshasa contre l'éventualité d'un report des élections présidentielles, prévues fin 2016 (Papy Mulongo/AFP)
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Des manifestants protestent le 20 juin 2015 à Kinshasa contre l'éventualité d'un report des élections présidentielles, prévues fin 2016 (Papy Mulongo/AFP)
Des manifestants protestent le 20 juin 2015 à Kinshasa contre l’éventualité d’un report des élections présidentielles, prévues fin 2016 (Papy Mulongo/AFP)

Face à la détérioration de la situation en République démocratique du Congo (RDC), notamment à Kinshasa et dans d’autres villes, suite à l’adoption par l’Assemblée nationale d’un projet de loi électorale, plusieurs hauts représentants de l’ONU, d’organisations régionales et d’Etats membres ont fait part vendredi de leur vive préoccupation.
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Mise à jour au 24/01/2015 à 18h30

Face à la contestation populaire, le camp du président congolais Joseph Kabila a reculé: il a annoncé samedi le retrait d’une disposition litigieuse d’un projet de loi électorale, à l’origine de violences meurtrières à Kinshasa.

Le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, a annoncé «le retrait de l’alinéa» controversé, qui ouvrait la possibilité d’un report de la présidentielle devant avoir lieu fin 2016, et donc d’un maintien du président Kabila au-delà de la fin de son mandat.

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Après plusieurs jours d’émeutes meurtrières à Kinshasa, le Sénat congolais a reporté le vote d’une loi électorale controversée à l’origine de violences dans le pays, alors que l’opposition cherche à maintenir la pression sur le président Joseph Kabila.

L’opposition, bien que divisée, a annoncé qu’elle se préparait pour de nouvelles manifestations dans tout le pays à partir de lundi.

Le projet de révision de la loi électorale adopté samedi soir dernier par les députés ouvre la possibilité d’un report de la présidentielle censée avoir lieu fin 2016, ce qui permettrait au président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se maintenir à la tête de l’État au-delà de la fin de son mandat, alors que la Constitution lui interdit de se représenter.

Voilà que la RDC se retrouve dans une situation comparable au Burkina Faso il y quelques mois quand le désir de Blaise Compaoré de s,accrocher à la présidence avait provoqué sa chute.

Dans une déclaration conjointe à la presse, un certain nombre d’Envoyés spéciaux pour la Région des Grands Lacs ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’escalade de la violence en RDC, faisant suite notamment au communiqué de presse rendu public la veille par le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans lequel il demandait aux forces de sécurité du pays et aux manifestants de s’abstenir de toute autre forme de violence et de faire preuve de la plus grande retenue

Faisant écho à l’appel du Secrétaire général, les Envoyés spéciaux ont exhorté le gouvernement de la RDC à faire preuve de retenue et à maintenir l’espace politique suffisamment ouvert de façon à favoriser la libre expression pacifique des opinions.

Ils ont condamné toute utilisation de la force contre des manifestants désarmés et pacifiques ainsi que les arrestations arbitraires, tout en précisant que les manifestants et leurs leaders avaient la responsabilité de poursuivre leurs objectifs politiques de manière non-violente, en conformité avec les lois du pays.

Les Envoyés spéciaux ont en outre appelé le gouvernement de la RDC à s’attaquer aux causes sous-jacentes à l’agitation actuelle, en s’assurant notamment que toutes les lois électorales respectent les dispositions pertinentes de la Constitution du pays. Ils ont ainsi réitéré leur soutien à un processus électoral crédible, inclusif et pacifique et ont encouragé le gouvernement à finaliser un calendrier électoral pour des échéances nationales dans les délais impartis par la Constitution.

De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a également réagit à la montée de la violence.

« Nous exhortons le gouvernement à mener sans délai une enquête approfondie et indépendante sur tout usage excessif de la force par les force de maintien de l’ordre – et en particulier l’utilisation de balles réelles contre les manifestants », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat.

« Nous appelons également les autorités à libérer rapidement tous ceux qui ont été détenus pour avoir exercé leur droit de réunion pacifique, pour l’expression de leurs points de vue, pour leur affiliation avec l’opposition ou pour leur désaccord avec les amendements à la loi électorae », a conclu le porte-parole.