Yémen: vide à la tête de l’État dans un pays en chaos

Un membre de la milice chiite portant un uniforme pris à l'armée, patrouille le 22 janvier 2015 à Sanaa (Mohammed Huwais/AFP)
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Un membre de la milice chiite portant un uniforme pris à l'armée, patrouille le 22 janvier 2015 à Sanaa (Mohammed Huwais/AFP)
Un membre de la milice chiite portant un uniforme pris à l’armée, patrouille le 22 janvier 2015 à Sanaa (Mohammed Huwais/AFP)

Le Yémen, pièce maîtresse dans le dispositif américain de lutte contre Al-Qaïda, était vendredi sans gouvernement et sans président après la démission des deux chefs de l’exécutif sous la pression de la puissante milice chiite des Houthis qui contrôle la capitale Sanaa.

Le Parlement, qui doit se prononcer sur la démission du président Abd Rabbo Mansour Hadi, ne peut quant à lui se réunir que dimanche en session extraordinaire.

La tenue de cette réunion reste toutefois incertaine vu l’imposant déploiement des miliciens d’Ansaruallah, aussi appelés houthis, dans la capitale.

Ces miliciens, qui ont pris mardi le palais présidentiel, encerclent depuis la nuit dernière le siège du Parlement ainsi que les résidences de hauts responsables, dont celle du ministre de la Défense Mahmoud Sobeihi et du chef des services de renseignement Ali al-Ahmedi, selon des témoins et un responsable de sécurité.

Les Houthis, du nom du chef de la tribu, ont appelé leurs partisans à manifester vendredi pour marquer leur « soutien aux mesures révolutionnaires », en référence à leur déploiement dans Sanaa.

« Le Parlement va tenir dimanche une session extraordinaire pour discuter des développements dans le pays », sur appel du président de la Chambre, Yahya al-Rai, a rapporté l’agence officielle Saba vendredi avant l’aube.

Un responsable yéménite avait initialement affirmé à l’AFP que le Parlement avait refusé le départ du président, et qu’il se réunirait vendredi pour discuter de cette démission qui doit être approuvée par les députés.

Mais, selon un conseiller de M. Hadi, le Parlement se réunira dimanche « au plus tôt ». « Je ne pense pas qu’une réunion soit possible vendredi », a dit à l’AFP Sultan al-Atwani, soulignant que le Parlement était entre deux sessions, et qu’il fallait laisser le temps aux députés de rentrer.

Hadi a jeté l’éponge

Dans sa lettre de démission, M. Hadi a affirmé jeudi soir qu’il ne pouvait plus rester au pouvoir en raison de « l’impasse totale » dans le pays plongé dans le chaos.

Sa décision est intervenue peu de temps après la démission de son Premier ministre Khaled Bahah. Ce dernier a évoqué son intention de se démarquer du président Hadi, dont il semble contester les concessions faites aux miliciens chiites.

Le président Hadi, un allié crucial des États-Unis à qui il a permis notamment de mener des attaques de drones contre des militants d’Al-Qaïda sur son territoire, était dans la ligne de mire d’Ansaruallah, qui l’a accusé de « couvrir la corruption ».

Le Yémen est notamment la base d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), considérée par Washington comme le bras le plus dangereux du réseau extrémiste, et qui avait revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier.

La lutte contre la corruption est un leitmotiv récurrent du discours politique d’Ansaruallah que le mouvement chiite invoque, en plus de la lutte contre Al-Qaïda, pour justifier son expansion territoriale.

La milice, entrée le 21 septembre à Sanaa avant d’en prendre quasi-totalement le contrôle ces derniers jours, a réagi mollement à ces démissions.

« La Constitution stipule que la démission du président doit être approuvée par la majorité absolue du Parlement », selon un communiqué des Comités révolutionnaires houthis publié vendredi. « Par conséquent, la démission est encore en attente ».

Les miliciens détiennent toujours le directeur de cabinet de M. Hadi, enlevé la semaine dernière, malgré leur promesse de le libérer au terme d’un accord conclu mercredi avec le président démissionnaire.

Ils semblent hésiter, selon des spécialistes, à prendre la direction du pays en raison de leur manque d’expérience politique et des réactions violentes que cela susciterait dans les rangs de la communauté sunnite, majoritaire, notamment sa frange dure et les djihadistes d’Al-Qaïda.

Ces derniers ont tenté, au fur et à mesure de la montée en puissance d’Ansaruallah, de leur opposer une farouche résistance, multipliant les attaques sanglantes contre eux.

Récalcitrantes à Ansaruallah, quatre provinces du Sud du Yémen, autrefois indépendant, ont décidé de refuser les ordres envoyés par la capitale aux unités militaires locales, et de n’obéir qu’à des hommes fidèles à M. Hadi.