Les néo-démocrates seuls à contre-courant, les libéraux vont appuyer la loi antiterroriste C-51

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Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Les libéraux appuieront finalement le projet de loi antiterroriste C-51 même s’ils le jugent imparfait, a annoncé mercredi le chef de la formation politique, Justin Trudeau, et les néo-démocrates pourraient bien se retrouver seul à ramer à contre-courant.

Devant la recrudescence de l’incitation à l’utilisation de la violence par le terrorisme et après les attaques d’octobre dernier contre des soldats canadiens Patrice Vincent, à Saint-Jean-sur-Richelieu et Nathan Cirillo, aux abords du parlement, à Ottawa, tous deux tués par des aspirants-djihadistes, les deux tiers des Canadiens appuient clairement le renforcement par le gouvernement Harper de l’arsenal antiterroriste, révélait un sondage le mois dernier.

«Ce projet de loi peut encore être amélioré, mais dans l’ensemble, il prévoit des mesures qui renforceront la sécurité des Canadiens. C’est pour ça que nous voterons en sa faveur», a déclaré le chef libéral en point de presse au parlement aujourd’hui.

Le Parti libéral accueille donc favorablement les dispositions prévoyant le renforcement des pouvoirs en matière d’arrestations préventives, l’élargissement de l’interdiction de vol pour les personnes qui représentent une menace terroriste et l’amélioration de l’échange d’informations entre les ministères et les agences, a énuméré son chef.

Par contre, le libéraux ne sont pas satisfaits des, mécanismes de supervision du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et de révision des lois en matière de sécurité nationale.

Le Parti libéral, tout comme l’opposition officielle néo-démocrate, juge que le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), chargé de la supervision de Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) n’a pas la crédibilité requise pour accomplir sa tâche.

Or, le projet de loi C-51 donnerait en effet à l’agence d’espionnage canadienne, notamment, le pouvoir de contrer les projets de voyage de présumés extrémistes, de falsifier des documents, de saboter du matériel destiné de activités terroristes, d’interrompre des transactions bancaires et d’intervenir secrètement sur des sites web radicaux.

«Quand un gouvernement demande à ses citoyens d’abandonner ne serait-ce qu’une infime partie de leurs libertés, il a la responsabilité de garantir qu’il n’abusera pas de ces nouveaux pouvoirs», déclare le chef libéral.

Les partis d’opposition plaident donc en faveur de la mise sur pied d’un comité de supervision composé d’élus – proposition clairement rejeté toutefois lundi par le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney.

Mais, s’ils comptent proposer des amendements, les libéraux, qui veulent, à l’instar des conservateurs, faire de la question de la sécurité un enjeu électoral et ainsi se démarquer ainsi de leur adversaire néo-démocrate et se présenter comme une opposition responsable, appuieront le projet de loi des conservateurs.

Soupçonnant, à tort ou à raison, les conservateurs de chercher à faire des gains politiques avec le terrorisme, les néo-démocrates se sont montrés quant à eux très critiques du projet de loi C-51 et comptaient bien s’assurer que le projet de loi conserve un équilibre entre la protection des Canadiens et le respect des libertés civiles.

«Vous ne pouvez pas protéger les libertés tout en détruisant ces mêmes libertés», a prévenu à ce propos le néo-démocrate Nathan Cullen.

«Nous poursuivons notre étude du projet de loi et nos consultations avec des experts », a déclaré pour sa part George Smith, l’attaché de presse du chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

Le NPD n’a pas encore annoncé sa position par rapport au projet de loi C-51, mais il pourrait bien se retrouver seul à prêcher dans le désert.