Quatre garçons et deux filles de la région de Montréal partis pour le djihad en Syrie

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John Maguire, aka Abu Anwar al-Canadi, menace le Canada de représailles. (EI)
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John Maguire, aka Abu Anwar al-Canadi, menace le Canada de représailles. (EI)
John Maguire, aka Abu Anwar al-Canadi, menace le Canada de représailles. (EI)

Le Québec n’est pas épargné par la vague de jeunes radicalisés qui partent se battre pour le djihad et la police de Montréal enquête sur la disparition d’un groupe de six jeunes Québécois âgés de 18 et 19 ans soupçonnés d’être partis pour se joindre à des groupes djihadistes en Syrie, rapportent les médias canadiens, dont le quotidien de Montréal La Presse.

Les six jeunes, quatre garçons et deux filles, ont pris un vol autour du 16 janvier et auraient réussi à atteindre la Turquie avec l’intention de passer en Syrie voisine, mais, toujours selon les médias canadiens, les autorités et leurs familles ont pour le moment complètement perdu leur trace.

Le Service police de la Ville de Montréal (SPVM ) a été alerté le 17 janvier par les proches de certains des jeunes, mais n’a pu empêcher leur départ.

Hier, dans un autre cas, le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) a confirmé qu’une jeune femme de 23 ans était soupçonnée d’avoir quitté elle aussi le Canada pour se joindre au groupe armé État islamique.

Même si elle était dans le collimateur de l’agence canadienne de renseignement, qui la savait en interaction avec des personnes que l’agence jugeait dangereuses et susceptibles de l’influencer négativement, les autorités canadiennes n’ont pas pu empêcher la jeune Canadienne radicalisée de quitter le territoire national.

Le SCRS a bien sûr refusé de commenter ce cas spécifique, mais a réaffirmé dans une déclaration par courriel que le terrorisme «y compris la radicalisation des Canadiens et les voyages dans un but terroriste, demeure la menace la plus importante pour les intérêts canadiens et notre sécurité nationale».

Même son de cloche ici, à Montréal, du côté de la SPVM. « Oui, des cas nous ont été signalés. Pour nous, c’est une priorité. Tous nos patrouilleurs ont été sensibilisés aux signes de radicalisation. Mais malheureusement, souvent les démarches sont entreprises alors que les gens ont déjà quitté » le pays, a déclaré le porte-parole de la police de Montréal, le commandant Ian Lafrenière.

Selon le père de l’un des jeunes de la région de Montréal, le Lavallois Bilel Zouaidia, 18 ans, cité par La Presse., son fils n’affichait pourtant ouvertement aucune sympathie djihadiste, mais on sentait « que quelque chose clochait chez lui ». Craignant qu’il ne quitte le pays, son père lui avait même confisqué son passeport, mais, en octobre, le jeune homme s’est rendu dans un poste de police pour déclarer le passeport volé, puis a en obtenu sans problème un nouveau.

Le père de Bilel s’est déclaré, comme la famille de la jeune femme d’Edmonton avant lui, convaincu qu’à ce moment son fils était manipulé. « Ce sont des adultes et l’internet [qui influencent les jeunes]. Mais on ne peut jamais contrôler complètement un fils. Je travaille du matin au soir, je ne peux pas dormir à côté de son lit pour surveiller s’il se connecte à l’internet ».

De son côté, Le Collège de Maisonneuve, fréquenté auparavant par trois des six disparus, a demandé hier à ses employés de se tenir à l’affût de tout signe de radicalisation.

La difficulté d’agir en amont

Pendant ce temps, dans un autre cas, toujours à Montréal, les autorités tentent cette fois d’agir en amont avec les outils dont elles disposent.

Un jeune Montréalais radicalisé de 22 ans, qu’on soupçonne de vouloir quitter le pays pour se joindre au combat djihadiste ou, s’il en est incapable, qu’il se livre à une infraction terroriste ici, s’est retrouvé au palais de Justice ce matin devant le juge Yvan Poulin de la Cour du Québec.

Le jeune Merouane Ghalmi, représenté par Me Mathieu Bédard. n’est accusé de rien, mais le Procureur général voudrait qu’il signe un engagement de garder la paix, conformément à l’article 810.01 du Code criminel.

Après la divulgation de la preuve par la procureure de la Couronne fédérale Lyne Décarie, les deux parties se retrouveront maintenant devant le tribunal le 27 mars.

Les autorités disposent-elles de toutes les armes pour éviter que de jeunes Canadiens se partent combattre aux côtés des djihadistes?

Hier, les détails sur le processus de radicalisation de la jeune femme d’Edmonton partie en Syrie ont fait dire ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, qu’avec son projet de loi C-51, les autorités auraient pu empêcher la jeune femme de quitter le pays.

Avec la loi C-51, qui renforcerait les pouvoirs du SCRS, l’agence de sécurité aurait pu intervenir pour perturber les projets de voyage de la jeune femme, a fait valoir le ministre à Ottawa hier,

Un problème qui ébranlent les Canadiens dans leurs valeurs

Des centaines de personnes combattant dans les rangs du groupe armé État islamique ou du Front Al-Nosra, la branche officielle d’Al-Qaîda en Syrie, proviendraient de pays occidentaux.

De 130 à 145 Canadiens se trouveraient actuellement au Moyen-Orient pour participer à des activités terroristes, selon le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des cas relayés dans les médias venaient surtout de l’Ontario et de l’Alberta, mais le Québec est maintenant touché de plein fouet.

Parmi eux, deux jeunes de Calgary, Gregory et Collin Gordon se sont ralliés, probablement en 2012, aux étrangers qui se battent aux côtés de l’État islamique en Irak et en Syrie et Collin Gordon, qui se fait appeler Ibrahim Canadi, est très actif sur les réseaux. Il publie entre autres des photos du chef de l’État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi. L’une de ses publications a d’ailleurs fait l’apologie de la mort du journaliste américain James Foley, décapité par le groupe ultra-radical, disant qu’il s’agit de la perfection dans le domaine du terrorisme.

Farah Mohamed Shirdon, de Calgary lui aussi, a été filmé en train de brûler son passeport canadien dans une vidéo de propagande de l’État islamique. Il a aussi accordé une entrevue Skype au magazine Vice, dans laquelle il disait souhaiter des attentats terroristes à New York. Le jeune homme, qui vivait dans la capitale albertaine, était issu d’une famille somalienne aisée et instruite. Il serait mort lors d’un combat en Irak depuis.

Un autre cas, celui de l’Ontarien John Maguire, a particulièrement secoué a le Canada en décembre dernier. Le jeune homme de 23 ans a publié une vidéo de six minutes, qualifiée d’abject par plusieurs, y compris dans la communauté musulmane, où il explique qu’il était un « Canadien ordinaire » avant d’avoir reçu l’appel religieux. Il y confirme u’il a déserté le pays pour rejoindre le groupe armé État islamique et invite les jeunes musulmans d’ici à l’imiter ou, s’ils en sont incapables, à s’en prendre aux citoyens canadiens ici.

Et le Québec n’est pas en reste, loin de là. Ce sont bien deux aspirants djihadistes québécois en octobre dernier qui, incapables de se se joindre au combat en Syrie ou en Irak, ont tué deux militaires canadiens ici même au pays.

Le 20 octobre, Martin Couture Rouleau a tué l’adjudant Patrice Vincent en fonçant sur un groupe de militaires en uniforme dans le parking d’un centre commercial de St-Jean-sur-Richelieu et, deux jours plus tard, Michaël Zehaf Bibeau a abattu le jeune réserviste Nathan Cirillo qui montait la garde devant le Monument commémoratif de guerre à Ottawa avant de pénétrer dans l’enceinte du Parlement, non loin de là, et d’y être abattu à son tour.

Et ça n’arrête pas depuis.

Tout récemment encore, en novembre, le Service de police de la Ville de Montréal a arrêté un adolescent radicalisé de 15 ans qui était en contact avec l’auteur de l’attaque à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le 11 octobre dernier, l’adolescent de 15 ans était entré dans un dépanneur de l’ouest de Montréal, le visage couvert d’un foulard. Il a sorti un long couteau avant de réclamer le contenu du tiroir-caisse. Le propriétaire a déposé un peu plus de 2.000$ dans un sac, que le père de l’adolescent trouvera le soir-même dans la cour arrière de leur maison.

Cette somme, le jeune homme comptait l’utiliser pour se rendre dans un pays soumis à la loi islamique. Interrogé par la police, l’adolescent a refusé de préciser dans quel pays il comptait se rendre, mais a déclaré estimer « vivre dans le péché parce qu’il ne réside pas dans un pays musulman ».

Voir ainsi ceux et celles qui étaient hier nos voisins, nos amis, nos frère ou nos enfants, partir faire la guerre à un ennemi déclaré de leur pays ou, pire, s’en prendre ici même à des personnes innocentes, a fortement ébranlé les Canadiens, pourtant épris de liberté, dans leur valeurs et, devant l’omniprésence de ces menaces, les deux tiers des Canadiens ont déclaré clairement appuyer le renforcement de l’arsenal antiterroriste, révélait un sondage le mois dernier.

Depuis, le débat sur l’équilibre entre liberté et sécurité se poursuit, un peu faussé, il faut le dire, par la peur.