C-51: «Patrice Vincent ne doit être pas mort en vain», dit la sœur de l’adjudant tué par un djihadiste

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L’adjudant Patrice Vincent, membre de l’Unité interarmées de soutien du personnel au Centre intégré de soutien du personnel de St-Jean (MDN)
L’adjudant Patrice Vincent, membre de l’Unité interarmées de soutien du personnel au Centre intégré de soutien du personnel de St-Jean (MDN)

Louise Vincent, la sœur de l’adjudant Patrice Vincent, tué par un aspirant-djihadiste le 20 octobre à St-Jean-sur-Richelieu, s’est prononcé en faveur de la controversée loi anti-terroriste du gouvernement conservateur, affirmant que cette est nécessaire pour prévenir de futures attaques au Canada.

L’adjudant Patrice Vincent, a été intentionnellement frappé par la voiture d’un jeune Québécois radicalisé l’an dernier dans le parking d’un centre commercial de St-Jean-sur-Richelieu, au Québec, près d’un mois après l’appel au meurtre lancé par le groupe armé État islamique.

Deux jours plus tard, le 22 octobre, c’était au tour de Nathan Cirillo, un jeune réserviste montant la garde au Monument commémoratif de guerre à Ottawa, d’être abattu par un autre aspirant-djihadiste.

Et le groupe extrémiste ultra-radical a renouvelé son appel au meurtre depuis, appelant fin janvier à mener de nouvelles attaques contre les pays occidentaux et saluant les attentats exécutés par des djihadistes, notamment en France contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier dernier.

La soeur de l’adjudant Vincent a déclaré à une audience à Ottawa du Comité de la sécurité publique et de la sécurité nationale, lundi, que la mort de son frère avait un impact qui va au-delà de sa famille ou de la province de Québec.

«Il a touché l’ensemble du Canada,» a-t-elle dit après avoir montré au comité quelques unes des nombreuses lettres et cartes reçues par sa famille après la mort de son frère. «Il a touché tout le monde».

«Patrice Vincent ne doit pas être mort en vain»

«Donc, ce projet de loi C-51 est important,» a-t-elle déclaré, avant d’ajouter en français: «Patrice Vincent ne doit pas être mort en vain».

Vincent, 53 ans, a été tué par Martin Couture-Rouleau, qui avait pourtant été repéré et identifié comme menace potentielle par la GRC qui l’avait empêché de se rendre en Turquie pour éventuellement passer en Syrie et se joindre aux combattants djihadistes.

Toutefois, dans l’état actuel de la législation, la police n’avait pas assez de preuves pour arrêter Couture-Rouleau avant qu’il ne passe à l’acte ici, au Canada, le 20 octobre.

Louise Vincent a aussi dit que les agences du gouvernement doivent cesser de travailler en silos et doivent partager l’information, ce que, justement, veut faciliter projet de loi C-51. La sœur du soldat assassiné a également déclaré au comité qu’elle voit beaucoup de «positif» dans le projet de loi et ne s’inquiète pas des empiétements possibles sur les droits des Canadiens.

Projet controversé pour les uns, nécessaire pour les autres

Mais plusieurs experts, ex-premier-ministres, juges à la retraite, hommes politiques et simples citoyens se sont élevés contre le projet de loi des conservateurs, disant qu’il donne à l’agence de renseignement canadienne, le SCRS, et à la police du Canada trop de pouvoirs. Plusieurs affirment également ont que le projet de loi viole les libertés civiles et la vie privée des Canadiens.

Steve Anderson de Openmedia.ca a dit pour sa part au Comité de la sécurité publique que son groupe de défense des droits numériques a recueilli plus de 100 000 signatures contre le projet de loi C-51.

«Plus les Canadiens connaissent C-51, moins ils l’aiment», a déclaré Anderson, disant que la législation proposée est un «manque de respect flagrant pour notre droit à la vie privée. »

Anderson a déclaré à la télévision canadienne que le projet de loi est «dangereux», car il transformerait le Service canadien du renseignement de sécurité en «une force de police secrète, essentiellement, avec peu ou pas de contrôle.»

Sukanya Pillay de l’Association canadienne des libertés civiles, qui a également témoigné devant le Comité, s’est quant à elle demandé pourquoi le projet de loi est nécessaire alors que la loi canadienne a déjà des outils «robustes» pour aider à combattre le terrorisme.

Et encore aujourd’hui, le projet de loi C-51 du gouvernement conservateur donnerait gain de cause aux extrémistes en entravant davantage les libertés individuelles des Canadiens, a soutenu une avocate autochtone.

Pamela Palmater, directrice de la chaire en gouvernance autochtone à l’université Ryerson, de Toronto, a plaidé que ce projet de loi, «qui fait de chacun de nous un suspect», ne peut même pas être amélioré. Selon elle, les terroristes auront alors gagné la partie, car leur objectif est précisément la négation de la vie, de la liberté et de la sécurité des personnes.

La nouvelle loi antiterroriste anti-terroriste donnerait au SCRS la possibilité d’agir afin de perturber des complots terroristes, élargirait la liste d’interdiction de vol et donnerait à la police un plus grand contrôle pour limiter les déplacement d’un suspect. Elle permettrait aussi un plus grand partage des renseignements entre les forces de sécurité. Le gouvernement conservateur dit que ces outils sont dorénavant nécessaires dans la lutte contre le terrorisme.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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