Condamnation de Simone Gbagbo: amertume et appel de l’ONU à donner priorité à la réconciliation

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Simone Gbagbo, ancienne Première dame de Côte d'Ivoire, à l'ouverture de son procès pour atteinte à la sûreté de l'Etat, à Abidjan le 26 décembre 2014 (Sia Kambou/AFP)
Simone Gbagbo, ancienne Première dame de Côte d’Ivoire, à l’ouverture de son procès pour atteinte à la sûreté de l’Etat, à Abidjan le 26 décembre 2014 (Sia Kambou/AFP)

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein a exhorté mercredi 11 mars le gouvernement de Côte d’Ivoire à mettre désormais l’accent sur la justice pour les victimes des graves violations et abus des droits de l’homme commis dans le pays avant et pendant le conflit de 2011.

Hier, mardi, l’ex-Première dame Simone Gbagbo a été condamnée à 20 ans de prison par la justice ivoirienne pour son rôle durant la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait plus de 3.000 morts en Côte d’Ivoire.

Pascal Affi N’Guessan, le patron contesté du parti pro-Gbagbo, qui souhaite représenter le Front populaire ivoirien (FPI) à la présidentielle d’octobre, a été le même jour condamné à 18 mois de prison avec sursis. Cette peine est couverte par les deux ans de détention provisoire qu’il a effectués.

Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président Gbagbo, issu d’un premier mariage avec une Française, a écopé pour sa part de 5 ans d’emprisonnement.

Aujourd’hui, le gouvernement ivoirien a démenti toute « interférence » dans la lourde condamnation de l’ex-Première dame Simone Gbagbo pour les violences post-électorales de 2010-2011, mais l’opposition dénonce un « acharnement » du pouvoir.

Si les deux camps se sont montrés coupables d’exactions pendant la crise de 2010-2011, aucun responsable pro-Ouattara n’a pourtant à ce jour été inquiété, ce qui nourrit les accusations de « justice des vainqueurs » à quelques mois de la présidentielle d’octobre.

«Les victimes de violations graves des droits de l’homme, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, attendent toujours que justice soit faite, près de quatre ans après la fin du conflit en Côte d’Ivoire», a déclaré Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme «Les auteurs de meurtres, viols et autres violations graves du droit international – peu importe leur origine ou affiliation – doivent être poursuivis sans délai.»

«Il est inacceptable qu’à ce jour pas un seul individu n’ait été condamné par un tribunal civil en Côte d’Ivoire pour les violations des droits de l’homme commises en lien avec le conflit. Et il est déplorable que certains des auteurs présumés continuent à occuper des postes officiels de responsabilité», a renchéri Zeid Ra’ad Al Hussein.

«Bien que je comprenne que l’affaire qui vient de s’achever soit d’une grande importance pour le gouvernement, je l’exhorte à porter sans plus attendre son attention sur les affaires très importantes relatives aux droits de l’homme.»

Zeid Ra’ad Al Hussein a souligné que le verdict prononcé mardi dans le procès de 83 partisans supposés et proches de l’ancien Président Laurent Gbagbo avait mis à jour de graves déficiences structurelles au sein du système judiciaire ivoirien, qui doivent être réglées de manière urgente.

«Bien que des mesures importantes aient déjà été prises pour mettre le code pénal et le code de procédure pénale en conformité avec les obligations de la Côte d’Ivoire découlant du Statut de Rome, il est essentiel que les autorités prennent rapidement des mesures pour garantir l’adoption d’un projet de loi sur la protection des témoins et des victimes dans le cadre des procédures judiciaires, pour réduire la durée de la détention provisoire et pour mettre en place une procédure d’appel effective», a aussi souligné le Haut-Commissaire.»

«Pour que les acquis de la paix soient garantis et perdurent, la Côte d’Ivoire doit donner la priorité à une justice équitable, à la manifestation de la vérité et à la réconciliation, tout particulièrement avant les élections présidentielles prévues cette année », a conclu le Haut-Commissaire.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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