Guantanamo: des avocats dénoncent une «conspiration du silence»

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Les tortures par l'eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l'idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd'hui officiellement reconnu (WikiC)
Des avocats de détenus de Guantanamo ont dénoncé lundi une « conspiration du silence » orchestrée par le gouvernement américain dans la prison militaire(WikiC)

Des avocats de détenus de Guantanamo ont dénoncé lundi une « conspiration du silence » orchestrée par le gouvernement américain dans la prison militaire, où même le rapporteur de l’ONU sur la torture a l’interdiction de rencontrer les prisonniers.

Témoignant devant la commission des Droits de l’homme de l’Organisation des États américains (OEA), James Connell et Walter Ruiz, qui défendent deux accusés du 11-Septembre, ont à nouveau réclamé l’intégralité du rapport sénatorial sur les prisons secrètes de la CIA, où leurs clients ont été enfermés et torturés avant d’arriver à Guantanamo.

Un résumé de 500 pages du rapport, qui en compte 6.000, a été publié en décembre. James Connell, l’avocat de Ali Abd al-Aziz Ali, a dit n’avoir obtenu que 106 pages en trois ans et rien de concret, sur les quelque six millions de documents cités par le rapport.

Simulation de noyade, privation de sommeil, températures extrêmes, menaces de viol ou de meurtre sur des proches: « Aujourd’hui encore, les souvenirs, les pensées et l’expérience (de ces hommes) sont classifiées et appartiennent au gouvernement américain », a déploré Walter Ruiz, qui défend Moustapha al-Houssaoui, dont l’alimentation forcée par voie rectale est décrite dans le rapport sénatorial.

« S’ils ne sont pas autorisés à parler de l’horreur (qu’ils ont vécue), comment voulez-vous qu’ils puissent obtenir réparation au niveau international? », a renchéri le défenseur, pour qui « le système est essentiellement bâti sur une conspiration du silence ».

Le rapporteur de l’ONU sur la torture, Juan Mendez, a réaffirmé, dans une vidéo diffusée lors de cette audition, qu’il demandait depuis 2011 à se rendre à Guantanamo. Mais l’invitation que le Pentagone lui a faite ne prévoit pas « une seule conversation avec un seul détenu ».

Felipe Gonzalez, membre de la commission des Droits de l’homme de l’OEA, a jugé cette invitation « inacceptable ».

« Les États-Unis ont offert (au rapporteur de l’ONU) un degré d’accès à leur centre de détention à Guantanamo dans des conditions cohérentes avec ce type d’établissement, par exemple les visites ne comprennent pas d’entretiens privés avec les détenus des forces ennemies », a déclaré le lieutenant-colonel Myles Caggins, porte-parole du Pentagone, soulignant dans un courriel à l’AFP que seul le Comité international de la Croix Rouge avait un plein accès aux détenus.

Or « les États-Unis ont l’obligation de poursuivre et de punir tout acte de torture », a souligné Juan Mendez dans sa vidéo, qui réclame « la publication de l’intégralité » du rapport sur les tortures de la CIA.

Charles Trumbull, envoyé spécial par intérim sur la fermeture de Guantanamo au département d’État, a lui rappelé « l’interdiction d’utiliser toute déclaration obtenue sous la torture ».

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