Irak: l’offensive sur Tikrit reprend après les frappes américaines

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Des forces gouvernementales irakiennes et milices alliées prennent position aux abords de la province de Salaheddine, où se trouve Tikrit, fief du groupe Etat islamique, le 2 mars 2015 (Younis Al-Bayati/AFP)
Des forces gouvernementales irakiennes et milices alliées prennent position aux abords de la province de Salaheddine, où se trouve Tikrit, fief du groupe Etat islamique, le 2 mars 2015 (Younis Al-Bayati/AFP)

Les forces irakiennes sont reparties jeudi à l’assaut de Tikrit pour déloger les djihadistes du groupe État islamique (EI), fortes du soutien aérien fraîchement apporté par les États-Unis.

Washington, qui conduit la coalition internationale antidjihadiste, a longtemps exprimé ses réticences à intervenir dans la bataille de Tikrit, en raison du soutien actif de l’Iran aux forces de Bagdad.

Mais la donne a changée mercredi lorsque le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a réclamé des frappes de la coalition sur cette localité située à 160 km au nord de Bagdad, selon le commandement américain dirigeant les frappes (CJTF).

La coalition a alors bombardé plusieurs positions de l’EI dans le centre de Tikrit, dans des opérations qui ont commencé après le coucher du soleil, rapporte une source militaire irakienne.

Et l’offensive terrestre, suspendue la semaine dernière en raison des nombreux engins explosifs disséminés par les jihadistes, a alors repris « depuis le front sud à Awja », a affirmé un général de brigade du commandement militaire de la province de Salaheddine, dont Tikrit est la capitale.

Les forces irakiennes attaquent également depuis les fronts ouest et nord et ont réparé un pont détruit par l’EI pour stopper leur avancée depuis l’est, a-t-il ajouté.

Cette offensive pour reprendre le fief de l’ancien dictateur Saddam Hussein a été présentée comme la plus massive depuis que l’EI s’est emparé de vastes pans de territoire en juin 2014. Elle a été lancée le 2 mars avec des milliers de soldats, policiers et paramilitaires alliés aux forces gouvernementales, dont les « Unités de mobilisation populaire », groupe composé essentiellement de miliciens chiites.

L’entrée en jeu des Etats-Unis dans la bataille, en dépit de la participation de l’Iran qui fourni notamment artillerie et conseillers aux milices chiites irakiennes, intervient au moment où les deux pays mènent en Suisse des négociations ardues sur le programme nucléaire controversé de Téhéran.

30.000 civils assiégés

À Tikrit, après une lente progression des forces irakiennes au sol, « l’opération commence réellement maintenant », a déclaré à l’AFP un responsable de la Défense américaine.

Bagdad avait notamment justifié la suspension de son offensive par la présence de nombreux civils pris au piège. Leur nombre exact est impossible à définir, mais un porte-parole du Croissant rouge affirmait la semaine dernière « que pas plus de 30.000 civils, probablement un peu moins » se trouvaient toujours dans Tikrit.

Le général américain James Terry, qui dirige le CJTF, a ainsi assuré que les frappes entamées mercredi « sont destinées à détruire les bastions de l’EI avec précision, sauvant ainsi des vies irakiennes innocentes, tout en minimisant les dommages collatéraux aux infrastructures ».

Des responsables ont affirmé que d’autres pays parmi les soixante nations participant à la coalition avaient pris part aux frappes contre Tikrit, mais sans préciser lesquels.

Les États-Unis ont profité de l’annonce de leur intervention à Tikrit pour insister sur la légitimité de la coalition antijihadiste, dont l’Iran ne fait pas partie.

« Les capacités militaires fiables, professionnelles, avancées sont des choses qui très clairement et très nettement appartiennent à la coalition », a déclaré un porte-parole du Pentagone, le colonel Steven Warren.

Et selon un responsable américain, le président Barack Obama aurait approuvé les frappes contre Tikrit à condition que les forces gouvernementales se voient attribuées un rôle plus important dans l’offensive terrestre.

L’importance des milices chiites, accusés de nombreux abus, et celle du général iranien Ghassem Souleimani, considéré par certains Irakiens comme le cerveau de l’opération, sont en effet perçues d’un mauvais œil par Washington.

La prise de Tikrit représenterait un revers important à l’EI, qui sévit également en Syrie voisine, il s’agit d’une des villes les plus peuplées, après Mossoul, dont le groupe extrémiste sunnite s’est emparé en Irak.

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