L’ ex-chef de la CIA David Petraeus plaidera coupable de fuite d’informations classifiées

David Petreaus (Photo: DoD)
L'ancien chef de la CIA et général de l'Armée américaine, David Petraeus (Photo: Archives/DoD)
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David Petreaus (Photo: DoD)
L’ancien chef de la CIA et général de l’Armée américaine, David Petraeus (Archives/DoD)

David H. Petraeus, sans doute l’un des chefs militaires le plus connu et respecté de sa génération aux États-Unis, a conclu un accord avec le ministère de la Justice qui lui permettra d’éviter un procès embarrassant en acceptant de plaider coupable d’avoir transmis des informations classifiées à sa maîtresse quand il était le directeur de la CIA, rapportent les médias américains.

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Mise à jour au 03/03/2015 à 17h10

Selon les termes de l’entente, les parties sont tombées d’accord pour que soient demandées une peine de deux ans de prison avec sursis et une amende de 40.000 $ US.

Initialement, et s’il n’avait pas plaidé coupable, le général Petraeus aurait risqué six ans de prison, dont cinq avec sursis, pour le principal chef d’accusation, » »retrait et détention non autorisés de documents classifiés », avec la possibilité, selon les critères de recommandation du gouvernement, d’écoper de deux années supplémentaires pour obstruction à la justice et abus de responsabilité.

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M. Petraeus va plaider coupable à une accusation de « retrait de rétention non autorisés de documents classifiés », ce qui entraîne une peine maximale d’un an de prison, a déclaré Marc Raimondi, porte-parole du ministère de la Justice.

L’entente de plaidoyer est le dernier chapitre de la chute spectaculaire de David Petraeus, un général quatre étoiles à la retraite que plusieurs, dans le camp républicain, voyaient comme un candidat possible au poste de vice-président ou même président.

Le général Petraeus a mené les guerres en Irak et en Afghanistan et a été l’architecte d’une stratégie de contre-insurrection perçue aujourd’hui comme un modèle pour la guerre du futur.

Son ex-maîtresse, Paula Broadwell, ancien officier de réserve de l’armée, avait une liaison avec le général en 2011, quand elle a été l’interviewer pour la rédaction de la biographie du célèbre militaire, «All In: The Education of General David Petraeus».

Les enquêteurs de la police fédérale américaine ont découvert l’affaire alors qu’ils enquêtaient sur des allégations de cyberharcèlement qui avaient été faites par Jill Kelley, une des amies de David Petraeus.

Jill Kelley, de Tampa, en Floride, avait mis le F.B.I, sur la piste lorsqu’elle s’était plainte qu’une personne anonyme lui avait envoyé des courriels menaçants l’enjoignant de se tenir loin de David Petraeus.

Les agents de la police fédérale ont alors déterminé que les emails venaient de Mme Broadwell et, en enquêtant sur elle, ont découvert que le patron de la C.I.A.  avait partagé des informations classifiées avec sa maîtresse.

David Petraeus a alors brusquement démissionné, vendredi 9 novembre 2012, en tant que directeur de la CIA, avouant avoir eu une aventure extraconjugale.

Le président Barack Obama avait déclaré en conférence de presse quelques jours plus tard, mercredi 14 novembre, qu’il n’avait  toutefois vu aucune preuve que le scandale qui avait conduit à la démission du directeur de la CIA David Petraeus ait nui à la sécurité nationale.

«Je n’ai aucune preuve à ce stade, à partir de ce que j’ai vu, que des informations classifiées aient été révélées d’une façon qui aurait eu un impact négatif sur notre sécurité nationale», avait alors déclaré le président américain en réponse à une question d’un journaliste.

Puis, en mars 2013, l’ancien directeur avait présenté ses excuses pour «l’erreur» qui l’avait contraint à démissionner.

À sa première sortie publique depuis qu’il avait quitté ses fonctions, devant 600 anciens combattants et étudiants du Corps d’entraînement des officiers de réserve, à l’Université de Californie du Sud, à Los Angeles, le général Petraeus avait exprimé ses regrets pour la «douleur» causée par sa relation avec sa biographe, de 20 ans sa cadette, et promis d’essayer de «faire amende honorable» envers tous ceux qu’il a «blessés ou déçus».

David Petraeus avait insisté: «Je suis conscient que je suis vu aujourd’hui d’un autre œil qu’il y a un an (…) Je suis conscient que la raison de mon récent départ est mon propre comportement».

Mais, excuses ou pas, contrition ou pas, au terme de son enquête en janvier 2015, le FBI et le parquet fédéral des États-Unis ont recommandé d’engager des poursuites contre l’ancien patron de la CIA.

Certes, les informations auxquelles a eu accès la maîtresse du général n’ont pas directement affecté la sécurité nationale, mais elle constituaient aux yeux du le FBI  et du ministère de la Justice une violation de la sécurité importante – d’autant plus que la transgression avait été le fait de nul autre que le grand patron de la C.I.A.

L’entente d’aujourd’hui épargne donc à l’ex-général un procès très médiatisé où les détails embarrassants sur l’affaire auraient été présentés au jury et rendus publics. David Petraeus est toujours marié à Holly Petraeus.

Malgré cette affaire, dans le camp républicain, plusieurs sénateurs ont continué à le soutenir.

Dans une lettre en décembre dernier au ministre américain de la Justice, Eric Holder, le sénateur John McCain a déclaré que l’enquête avait privé les États-Unis de son chef militaire le plus expérimenté.

« À ce moment critique de la sécurité de notre nation », a écrit le sénateur républicain de l’Arizona et ex candidat à la présidence, « le Congrès et le peuple américain ne peuvent pas se permettre [que la voix de David Petraeus] soit réduite au silence ».

Même le président américain n’a pas ménagé ses éloges à l’endroit du général à la retraite « Nous sommes plus en sécurité à cause du travail que Dave Petraeus a fait », a déclaré Barack Obama, « Et mon principal espoir est en ce moment, est que lui et sa famille soient en mesure de passer à autre chose et que cela finisse par être une seule note négative dans ce qui a été autrement une carrière extraordinaire. »