La Russie montre les muscles et lance une manœuvre militaire de grande envergure dans l’Arctique

85
La Russie a lancé mercredi 25 février 2015 de vastes manœuvres militaires impliquant environ 2.000 soldats dans la région de Pskov (ouest), frontalière de l'Estonie et de la Lettonie(Service de presse et d'information du ministère russe de la Défense)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
La Russie a lancé mercredi 25 février 2015 de vastes manœuvres militaires impliquant environ 2.000 soldats dans la région de Pskov (ouest), frontalière de l'Estonie et de la Lettonie(Service de presse et d'information du ministère russe de la Défense)
Troupes russes en manœuvres militaires le 25 Fevrier 2015 dans la région de Pskov (ouest), frontalière de l’Estonie et de la Lettonie (Service de presse et d’information du ministère russe de la Défense)

Pour son retour médiatique après 10 jours d’absence mystérieuse, Vladimir Poutine a annoncé des manœuvres militaires conséquentes à travers le pays et particulièrement dans la zone arctique russe.

Alors que la Russie commémore aujourd’hui l’anniversaire de l’annexion de la Crimée et que les tensions avec l’Occident atteignent leur paroxysme autour de la question ukrainienne, Poutine a choisi son moment pour procéder à une véritable démonstration de force sur son territoire.

Le ministre de la Défense russe, Sergei Choïgou, a annoncé par le biais des agences de presse russes que 45 000 militaires participeront à ces manœuvres à travers le pays, à bord de 41 navires et 15 sous-marins de guerre mais aussi 110 avions. L’opération constitue l’une des plus importantes manœuvres militaires menées par la Russie depuis la fin de la Guerre Froide.

Principal théâtre de cet exercice, la zone arctique où sont mobilisés 38 000 soldats. Le Kremlin dit vouloir s’assurer du caractère opérationnel de sa flotte nordique et se donner les moyens de garantir la sécurité des voies maritimes, aériennes et terrestres au nord de son territoire.

L’armée russe veut également vérifier sa capacité à déployer des troupes dans les archipels arctiques Novaya Zemlya et François-Joseph. Des vols de transports des forces spéciales dans des secteurs nordiques isolés doivent également faire partie de la mission.

Simultanément, des opérations militaires ont débuté un peu partout à travers le pays.

Au sud de la Sibérie, des avions de l’armée russe se livrent à des exercices de tir autour de Buryatia. 3000 soldats ont aussi été envoyés à l’est du pays notamment sur l’île Sakhaline et le long de la péninsule Kamtchatka.

Par ailleurs, dans la région du Nord Caucase, foyer historique des revendications indépendantistes tchétchènes, 500 militaires russes participent à des manœuvres terrestres tactiques; justifiées par la menace d’insurrection islamistes selon Moscou.

Le ministre russe de la Défense, Sergei Choïgou a déclaré que «les nouveaux défis et menaces à la sécurité militaire exigent que les forces armées accroissent leur capacités militaires».

L’Armée rouge regarde désormais au Nord

Après avoir délaissé cette dimension de son territoire dans les années qui suivirent la fin de la Guerre Froide, peu à peu Moscou place à nouveau ses pions au nord et réinvestit son espace arctique.

A l’instar de sa stratégie poursuivie en Ukraine, la voie diplomatique est souvent mise de côté par le Kremlin pour laisser place à la militarisation effective de la zone comme moyen d’y affirmer sa souveraineté.

L’an dernier, Poutine avait signé une nouvelle doctrine militaire ou il affirmait que la protection de l’Arctique par les forces armées du pays en temps de paix était une question de sécurité nationale.

La sécurisation de sa frontière nordique, l’affirmation de sa souveraineté dans une zone au potentiel énergétique et économique certain ou encore la récurrente paranoïa russe d’un encerclement par les pays de l’OTAN; tous ces éléments peuvent nous permettre de comprendre pourquoi la Russie est désormais enclin à montrer les muscles en arctique.

Quelle posture pour le NORAD ?

Coïncidence du calendrier, aujourd’hui le ministre de la Défense canadien Jason Kenney était en visite au Quartier général du NORAD, au Colorado, où il a rencontré l’amiral William Gortey, commandant du NORAD.

Interrogé sur ces manœuvres russes en arctique, ce dernier explique que «c’est un message qu’ils nous adressent pour nous dire qu’ils sont une puissance globale, qu’ils en ont la capacité. Quelles sont leurs intentions, je ne le sais pas».

L’amiral Gortey a ensuite suggéré une réévaluation du la posture canadienne en Arctique, ce à quoi Jason Kenney à répondu que le Canada comptait intensifier ses activités en Arctique mentionnant les 5 navires de patrouille arctiques bientôt opérationnels.

Tous deux se sont accordés sur l’importance de donner au NORAD les capacités de détecter les menaces potentielles en Arctique.

Reste à savoir quelle sera la place accordée à l’Arctique dans le cadre du renouvellement de la «Stratégie de Défense: Le Canada d’abord» qui reste pour le moment encore assez obscur tant sur son calendrier que son contenu.