Le directeur parlementaire du budget s’inquiète du sous-financement de la Défense nationale

(Forces armées canadiennes)
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La Compétition de tir aux armes légères des Forces est axée sur l’aptitude physique au combat et les compétences fondamentales en matière d’adresse au tir pour tous les militaires. (Centre d'imagerie interarmées des Forces canadiennes, Ottawa)
Les Forces armées canadiennes auraient du souci à se faire, alors que leur budget est inférieur à ce qu’il devrait être pour garder leur structure actuelle. (Archives/Centre d’imagerie interarmées des Forces canadiennes/Ottawa)

Dans un rapport publié jeudi matin, le directeur parlementaire du budget dit s’inquiéter de la possible baisse des budgets dans les années à venir et de ses conséquences directes dans les capacités des Forces armées canadiennes.

Dans une interview accordée à 45eNord.ca peu après la publication du rapport intitulé «Viabilité financière du programme de défense nationale du Canada» (voir le rapport plus bas), Jean-Denis Fréchette et son équipe ont expliqué que l’écart financier entre les allocations budgétaires actuelles et le coût du maintien des Forces risquaient fort d’augmenter avec le temps, et ce, dès cette année.

Le directeur parlementaire du budget estime que les niveaux de financement actuels sont insuffisants au maintien de la structure des Forces du ministère de la Défense nationale (même nombre de soldats, d’équipements, etc). Pour assurer sa viabilité, il faudra soit restructurer les Forces armées, soit accroître le financement du ministère, ou les deux.

Le ministère de la Défense nationale ne serait pas viable financièrement au cours des 10 prochaines années.

Bien que le programme de la Défense nationale du Canada représente environ 7 % des dépenses totales du gouvernement, il ne représente dans les faits que 1,1% du produit intérieur brut.

Selon Jean-Denis Fréchette, les coûts de la structure des Forces ont augmenté d’environ 1,5 % par année de 1995 à 2014, tandis que les dépenses ont augmenté de… 1,9 % annuellement.

Concrètement, depuis 2008, soit lors du dévoilement de la Stratégie de Défense: Le Canada d’abord, le ministère de la Défense nationale disposait plus de fonds qu’elle n’en avait besoin. Ainsi, 16,7 milliards $ étaient nécessaires en 2008 pour maintenir la structure des Forces, alors que le budget s’est avéré être de 18,6 milliards $; un surplus de près de 2 milliards $ donc.

Or, à compter du prochain budget, le ministère de la Défense nationale devrait être sous-financé. Il aurait besoin de 19,8 milliards $ pour continuer à fonctionner comme actuellement, mais le ministre des Finances Joe Oliver devrait déposer dans les prochaines semaines un budget de 18,3 milliards; un écart de 1,5 milliard! Et cela ne devrait pas s’arranger dans les années suivantes.

Le ministère des Finances prévoit que la Défense nationale aura un budget de 18,1 milliards en 2016, 17,9 milliards en 2017, 19 milliards en 2018 et 18,8 milliards en 2019. Or, selon le DPB, il faudrait plutôt qu’il soit de 20,3 milliards en 2016, 20,8 milliards en 2017, 21,3 milliards en 2018 et 21,8 milliards en 2019.

Allant jusqu’à faire des projections sur 10 ans (entre 2015 et 2025), le DPB estime que le manque à gagner à la Défense sera de 34 milliards selon le scénario le plus probable et à 43 milliards selon le scénario le plus pessimiste.

«Évidemment, tout dépendra des ambitions du gouvernement», a expliqué Jean-Denis Fréchette. S’il décide de prolonger ses missions à l’étranger, le gouvernement devra clairement donner plus de moyens à la Défense. Mais au vu de ce qu’il demande maintenant «le gouvernement n’a pas les moyens de ses ambitions», résume le DPB.

Le directeur parlementaire du budget souhaite qu’avec son rapport, les parlementaires disposent de tous les outils nécessaires pour «envisager des scénarios qui réduiront ou élimineront cet écart entre le coût de la structure des Forces actuelle et le financement qui lui est accordé».