L’enseignant et activiste montréalais Charkaoui donnera ses cours…sous surveillance

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Adil Charhaoui, directeur du Centre culturel islamique de l'Est de Montréal (Facebook)
Adil Charhaoui, directeur du Centre culturel islamique de l’Est de Montréal (Facebook)

L’enseignant et activiste Adil Charkaoui pourra recommencer à donner des cours au Collège de Maisonneuve, à Montréal, s’il accepte les conditions que lui impose l’institution qui veut maintenant que ceux-ci se déroulent désormais sous surveillance.
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Mise à jour au 21/03/2015

Finalement, l’École des compagnons dirigée par Adil Charkaoui a accepté les conditions qui lui sont imposées par le Collège de Maisonneuve, mais se réserve « le droit de recourir aux tribunaux et aux instances compétentes afin de contester cette directive si les avis juridiques de ses avocates concluaient qu’elle est discriminatoire à son égard et/ou qu’elle se trouve en violation des chartes québécoises ou canadiennes des droits et libertés ».

Par ailleurs, Adil Charkaoui écrivait hier sur sa page Facebook être « toujours en attente des détails sur le déroulement pratique du travail des observateurs que le collège a mandatés ».

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« Bonne nouvelle dans le dossier de l’École Les Compagnons! La suspension de l’entente contractuelle avec le Collège de Maisonneuve est levée, les cours reprendront inch’Allah ce dimanche », a écrit dans un premier temps Adil Cahrkaoui sur sa page Facebook..

La direction du Collège a en effet confirmé ce jeudi 19 mars que la suspension de la permission d’enseigner de Charkaoui était levée, mais que la reprise des cours serait soumise à la surveillance d’un observateur arabophone qui s’assurera que l’enseignement transmis par l’École des compagnons que dirige l’enseignant et activiste controversé est « conforme au code de vie de l’institution, en ce sens qu’il ne doit pas tenir des propos haineux, discriminatoires ou qui incitent à la violence ».

En février, le Collège de Maisonneuve, peu après qu’il a été révélé que quatre de ses étudiants étaient soupçonnés d’être partis joindre les rangs du groupe armé État Islamique, il a suspendu la location de quatre salles de classe loués par M. Charkaoui pour enseigner le Coran et deux plateaux sportifs pour l’École des compagnons, affiliée au Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal.

Dans la foulée, un autre Cegep montréalais, le Collège de Rosemont, a lui aussi annoncé qu’il mettait fin à ses relations contractuelles avec le Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal, auquel il louait également des locaux.

Adi Charkaoui, maintenant que son école ne faisait qu’enseigner l’arabe et le Coran, s’était alors insurgé contre ces décisions, menaçant les collèges de poursuite et criant à la chasse aux sorcières, appuyé en cela par plusieurs militants de gauche.

Depuis, la télévision publique canadienne a même identifié un septième jeune Québécois parti vers la Turquie dont les autorités ont perdu la trace et qui était inscrit à des ateliers liés au Centre culturel islamique de l’Est de Montréal dirigé par Adil Charkaoui.

Par ailleurs, la directrice des communications du Collège Brigitte Desjardins a exprimé aujourd’hui sa déception de voir qu’Adil Charkaoui avait annoncé la reprise des cours sur les réseaux sociaux sans avoir indiqué s’il acceptait la nouvelle condition comme le lui avait demandé le Collège, rapporte la Presse Canadienne.

Mme Desjardins a aussi indiqué aujourd’hui en conférence de presse que l’institution se penchait sur des mesures à prendre pour identifier et prévenir l’endoctrinement, ajoutant que des étudiants avaient été effrayés de voir que des amis avaient quitté le Québec pour aller se joindre au djihad en Syrie alors que rien ne le laissait prévoir, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un phénomène complexe et imprévisible.

Des observateurs arabophones pour des cours en…français

Quant au principal intéressé, après s’être réjoui. il n’a pas caché sa surprise et a semblé faire marche arrière: « Des observateurs arabophones pour des cours en français!!$$? », a écrit un peu plus tard Adil Charkaoui sur sa page Facebook.

Adil Charkaoui entend maintenant soumettre la question au conseil d’administration de son école, à ses 14 enseignants ainsi qu’aux parents d’élèves, avant de prendre une décision définitive et de communiquer la réponse écrite à la direction du Collège Maisonneuve.

Il compte aussi consulter ses avocats pour s’assurer de la légalité de la décision prise par la direction du Collège. « Est-ce que c’est un régime d’exception qu’on nous impose? Est-ce que c’est parce que c’est Charkaoui ou est-ce que c’est parce que c’est une école musulmane? » se demande-t-il.

Le Collège de Maisonneuve, lui, déclare avoir décidé d’évoquer et d’appliquer une clause qui le contrat de location qui prévoit « que le collège peut émettre une directive à laquelle les locataires doivent se soumettre » et qui implique, aux dires de l’institution, que le Collège se réserve le droit d’imposer des observateurs à n’importe lequel de ses locataires.

Adil Charkaoui doit répondre par écrit d’ici demain, vendredi, dernier délai, au Collège de Maisonneuve.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion2 commentaires

  1. Pourquoi permet-on à Charkaoui d’enseigner le Coran, religion de l’islam, tandis qu’on refuse l’enseignement de la religion catholique dans nos écoles?

  2. Jacques N. Godbout

    D’une part, l’École des compagnons, affiliée au Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal, louait quatre salles de classe pour enseigner le Coran et deux plateaux sportifs. Charkaoui n’était pas et n’est toujours pas un employé du CEGEP Maisonneuve. Rien n’interdirait par ailleurs à un groupe catholique ou de quelque religion que ce soit de faire la même chose. Voilà pour le CEGEP Maisonneuve ou n’importe quel CEGEP qui aurait des locaux à louer.

    D’autre part, pour ce qui est des niveaux primaire et secondaire, l’école publique québécoise est non confessionnelle, neutre et laïque. Elle offre un programme d’éthique et de culture religieuse, ce qui permet d’offrir une seule et même formation à l’ensemble des élèves. L’école publique québécoise, c’est pour tous. Mais rien n’interdit toutefois l’enseignement religieux au privé.