L’ONU accuse le groupe armé État islamique de génocide en Irak

0
Le drapeau de l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) la filiale d'Al-Qaïda active en Irak et en Syrie (Archives/capture d'écran EIIL/45eNord.ca)
Le drapeau du groupe armé État Islamique(Archives/capture d’écran EIIL/45eNord.ca)

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme accuse le groupe armé État islamique (EI) de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide génocide, dans un rapport publié ce jeudi 19 mars par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme qui avait été demandé l’an dernier par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à l’initiative du Gouvernement irakien.

Viols, meurtres, enlèvements, sadisme, rien n’aura été épargné à la population par ce groupe qui a a repoussé les limites de la barbarie.

Une histoire d’horreur parmi tant d’autres qui donne une idée de la démence de ce groupe sanguinaire: une femme enceinte appartenant à la minorité yézidie a été violée à plusieurs reprises par un «docteur» de du groupe armé djihadiste pendant deux mois et demi. Il s’asseyait de manière intentionnelle sur son ventre, lui disant que «ce bébé devrait mourir car c’est un infidèle» et lui déclarant «Je peux faire un enfant musulman».

Le sort des garçons n’était guère plus enviable.

Des garçons âgés de huit à 15 ans ont déclaré à la mission avoir été séparés de leurs mères et envoyés en Iraq et en Syrie. Ils ont été contraints de se convertir à l’Islam et soumis à un entraînement religieux et militaire, apprenant notamment à tirer avec des armes et des roquettes. Ils ont été forcés de regarder des vidéos de décapitation. Un enfant s’est entendu dire: «C’est votre initiation au djihad… tu es un garçon de l’État islamique désormais.»

Le rapport, qui a été compilé par une équipe d’enquête envoyée dans la région par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à la fin de l’année dernière, s’appuie, dit le Haut-Commissariat, sur des interviews approfondies auprès de plus de 100 personnes qui ont été les témoins d’attaques en Iraq ou qui ont survécu à ces attaques entre juin 2014 et février 2015.

Il documente un éventail de violations commises par le groupe djihadiste contre de nombreux groupes ethniques et religieux en Iraq, dont certaines pourraient, selon le rapport, constituer un génocide.

Le rapport documente des abus généralisés commis par le groupe djihadiste, dont des meurtres, tortures, viols, esclavage sexuel, conversions forcées et enrôlement des enfants. «Tous ces abus», indique-t-il, « pourraient constituer des violations du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire. Certains pourraient constituer des crimes contre l’humanité et/ou des crimes de guerre ».

En outre, dans le cas de la minorité yézidie, le doute n’est, pour ainsi dire, plus permis

Le schéma manifeste des attaques contre les Yézidis «a indiqué l’intention de l’EI [le groupe armé État islamique, NDLR]de détruire les Yézidis en tant que groupe», dit clairement le rapport, ajoutant que ceci «suggère fortement» que l’EI pourrait avoir perpétré un génocide.

Le rapport mentionne le meurtre brutal et ciblé de centaines d’hommes et garçons yézidis dans les plaines de Ninive en août dernier.

Dans de nombreux villages yézidis, la population a été regroupée. Les hommes et garçons de plus de 14 ans ont été séparés des femmes et des filles. Les hommes ont été emmenés plus loin et abattus par l’EI, tandis que les femmes étaient enlevées comme «butin de guerre».

«Dans certains cas», a établi le rapport, «des villages ont été entièrement vidés de leurs populations yézidies.»

Et un traitement brutal a été infligé également à d’autres groupes ethniques, dont les chiites, chrétiens, kaka’e, kurdes, mandéens, sabéens et turkmènes.

En outre, les personnes ayant eu des liens avec le gouvernement ont aussi été victimes la colère des djihadistes qui ont su se montrer particulièrement cruels et sadiques.

Des combattants de l’EI auraient utilisé des listes de cibles pour mener des fouilles dans des maisons et aux points de contrôle. Un ancien policier a déclaré que lorsqu’il a dû montrer sa carte de police à des combattants de l’EI, l’un d’eux a égorgé son père, son fils de cinq ans et sa fille de cinq mois. Lorsqu’il les a suppliés de le tuer à la place, ils lui ont répondu: «Nous voulons que tu souffres».

Le cycle le de violence et de vengeance ainsi enclenché, les forces irakiennes aussi ont commis des horreurs.

«Lorsque l’armée irakienne et les ‘volontaires’ ont libéré la zone de l’EI», indique un témoin cité dans le rapport, «nous espérions que les choses iraient en s’améliorant. Au lieu de cela… ils ont pillé, brûlé et fait exploser des maisons, en affirmant que tous les villageois faisaient partie de l’EI».

Le rapport conclut que les membres des forces de sécurité irakiennes et des milices qui leur sont associées ont aussi perpétré des meurtres extrajudiciaires, des tortures, des enlèvements et déplacé par la force un grand nombre de personnes, souvent en toute impunité.

Cependant, le rapport met aussi en avant le fait que depuis la chute de Mossoul en juin dernier, la distinction entre les forces gouvernementales irakiennes régulières et irrégulières est devenue de plus en plus floue. Il suggère que, bien que des informations supplémentaires sur le lien entre les milices et le gouvernement soient nécessaires, des incidents indiquent, à tout le moins, l’incapacité du gouvernement à protéger les personnes sous sa juridiction.

Le rapport du Haut-Commissariat demande au Conseil des droits de l’homme d’exhorter le Conseil de sécurité de l’ONU à traiter dans les termes les plus forts les informations qui indiquent un génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, et d’envisager de porter la situation en Iraq devant la Cour pénale internationale.

Rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme sur la situation en Irak

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.