Mission contre l’EI: l’opposition, unie contre la motion, se sert d’Assad comme épouvantail

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Thomas Mulcair, chef du Nouveau parti démocratique et leader de l'Opposition officielle (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Thomas Mulcair, chef du Nouveau parti démocratique et leader de l’Opposition officielle (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Alors que le gouvernement de Stephen Harper veut non seulement prolonger d’un an mais élargir à la Syrie la mission des Forces canadiennes contre le groupe armé État Islamique, l’opposition, unie contre la motion déposée ce matin par les conservateurs, se sert de Bachar Al-Assad comme épouvantail.

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral ont déjà fait savoir qu’ils voteront contre la motion disant que cela placerait les Canadiens dans le même camp que le dictateur syrien Bachar Al-Assad.

Le premier ministre Harper, justifiant sa demande pour mener des frappes aériennes en Syrie en faisant valoir que l’État islamique y a établi la capitale de son «soi-disant califat», n’a pu qu’assurer que son gouvernement «ne demandera pas le consentement clair du gouvernement syrien» de Bachar Al-Assad avant de mener des frappes en Syrie.

Formulation qui permet de croire à une certaine connivence entre le Canada et le régime Assad et fait bondir l’opposition.

D’autant plus que, lors de l’adoption de la motion précédente, en octobre, le premier ministre Harper avait expliqué son refus d’effectuer des frappes en Syrie par son désir de ne pas entrer en conflit avec le gouvernement de Damas.

Interrogé par le chef néo-démocrate lors de la période de questions en début d’après-midi sur la façon dont le Canada se coordonnerait avec Damas pour éviter que l’aviation du régime syrien ne cible les avions canadiens, le premier ministre a répondu évasivement, affirmant que cela n’avait jusqu’à maintenant pas posé de problème au États-Unis, qui effectuent déjà des frappes en Syrie.

Réitérant cet après-midi ce qu’il avait dit ce matin, Stehen Harper a expliqué en réponse aux questions de l’opposition officielle que, si le Canada ne demandera pas le «consentement clair», du gouvernement syrien, il ne s’attendait pas pour autant à des problèmes avec le régime de Damas «qui n’a», a-t-il affirmé, «ni le souhait ni les moyens de lutter contre la coalition et qui ne vient pas à bout des forces de l’État islamique».

Sans compter, serait-on porté à ajouter, qu’avec le mouvement amorcé de «retour en grâce» d’Assad auprès des puissances occidentales, ce dernier a tout intérêt à consentir tacitement à ce qu’il ne peut accepter officiellement.

Une mission qui pourrait bien aller au delà de 12 mois

Quant aux libéraux, qui s’étaient fait reprocher leurs hésitations lors des débats en octobre sur la première motion qu’ils avaient fini par appuyer, ont tout de suite clairement fait savoir qu’ils voteront eux aussi cette fois contre la motion déposée ce matin, ne voulant pas plus que les néo-démocrates, se retrouver avec cette extension de la mission à la Syrie, dans le même camp que dictateur Assad.

«Nous ne pouvons pas apporter notre soutien à une mission qui pourrait très bien consolider le pouvoir d’Assad en Syrie», a fait valoir pour sa part le chef libéral Justin Trudeau.

En outre, cet après-midi, les libéraux ont interrogé le premier ministre Harper sur sa « stratégie de sortie», et se sont fait répondre «Nous ne cesserons pas nos activités tant que l’EI sera actif», reprochant au passage à l’opposition, comme il en a l’habitude, de ne proposer comme solution aux problème djihadiste que l’action humanitaire alors que toute la communauté internationale s’est plutôt lancée résolument dans la lutte contre l’EI.

«Le premier ministre ne mérite pas notre confiance», lance Mulcair

Thomas Mulcair a également accusé ce matin le gouvernement Harper d’avoir entraîné les Canadiens dans cette aventure malgré eux. «Petit à petit, le gouvernement conservateur a enfoncé le Canada dans une guerre en Irak», a déclaré Thomas Mulcair, lançant pour finir que «Le premier ministre ne mérite pas notre confiance».

Un peu plus tard, lors de la période de questions de l’après-midi, le chef néo-démocrate n’a pas non plus manqué de rappeler qu’au moment de l’adoption en octobre de la première motion autorisant la mission en Irak, le gouvernement avait insisté pour dire qu’il ne s,agissait pas d’une mission de combat. Depuis, de souligné le chef de l’opposition, les militaires canadiens envoyés pour assister les forces irakiennes ont essuyé les tirs des djihadistes, ont riposté et le Canada a perdu un premier soldat en la personne du sergent Andrew Doiron, victime de tirs fratricides.

«Comment», de lancer Thomas Mulcair, «les Canadiens peuvent-ils faire confiance à leur premier ministre alors que celui-ci a trahi leur confiance?»

Pour le chef néo-démocrate et leader le l’Opposition officielle à la Chambre des Communes, Thomas Mulcair «Le Canada n’a rien à faire dans cette guerre».

«Ce n’est pas une mission de l’ONU, ce n’est pas une mission de l’OTAN», a martelé ce matin le chef néo-démocrate.

Le dialogue de sourds se poursuit donc, avec les conservateurs qui reprochent à l,opposition de rien vouloir faire pour venir à bout de l’EI et l’opposition qui déplore le manque de transparence du gouvernement.

Mais, comme la première fois, l’adoption de la motion n’en est pas moins garantie par la majorité parlementaire des conservateurs au pouvoir.

45eNord.ca, sur place pour le dépôt de la motion pour autoriser la prolongation et l’élargissement de la mission canadienne contre l’EI, a interrogé la critique néo-démocrate en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière, qui explique la position de son parti.


Mission en Irak: présentation de motion au Parlement (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

La mission actuelle en chiffres

Il y a actuellement 600 membres des Forces armées canadiennes dans des rôles de soutien dans la région, avec six CF-18 Hornet, deux avions de patrouille CP-140 Aurora et un CC-150 Polaris.

En date du 21 mars 2015, la Force opérationnelle aérienne en Irak a effectué 656 sorties aériennes, dont 428 sorties pour les CF-18, 108 sorties pour les CC-150 et 120 missions de reconnaissance pour les CP-140.

Il y a aussi 69 membres des forces spéciales qui servent en qualité de conseillers militaires dans le nord de l’Irak.

122 millions $, c’est ce que doit coûter les six premiers mois de l’opération militaire en Irak, selon les chiffres officiels de la Défense nationale.

Selon le Directeur parlementaire du budget, Jean-Denis Fréchette, une année supplémentaire devrait coûter au moins un autre 250 millions $ environ.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion2 commentaires

  1. M. Thomas Mulcair un grand pelteux de nuage. Il croit toujours qu’on peut y faire seulement une mission d’aide humanitaire sans sécuriser l’endroit ou on veut aider… Bravo.!

  2. Décidément, Mulcair et Trudeau sont des traitres néoconservateurs, tout comme Harper