Nucléaire iranien: les négociateurs veulent aboutir mais aucune certitude

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La délégation iranienne face à John Kerry, le secrétaire d'État américain (de dos), lors des négociations à l'hôtel Beau Rivage à Lausanne le 27 mars 2015 (Department of State)
La délégation iranienne face à John Kerry, le secrétaire d’État américain (de dos), lors des négociations à l’hôtel Beau Rivage à Lausanne le 27 mars 2015 (Department of State)

« On a envie d’y arriver »: le mot court sur les lèvres des diplomates internationaux réunis à Lausanne pour tenter d’arracher un compromis historique sur le nucléaire iranien, mais l’incertitude reste très forte sur les chances de succès avant le 31 mars.

« Les négociations sont très dures et compliquées et il y a des hauts et des bas », a résumé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif aux journalistes avant la reprise des négociations vendredi matin.

Les délégations américaine et iranienne, conduites par le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue iranien Zarif, ont repris en milieu de matinée leurs discussions, après plusieurs heures d’entretiens la veille.

Signe de l’importance des enjeux, à quelques jours de la date fixée pour obtenir un accord de principe sur ce dossier ultra-sensible, les chefs de la diplomatie des autres grandes puissances ont commencé à annoncer leur arrivée ce week-end dans la ville suisse.

Le Français Laurent Fabius est attendu samedi matin à Lausanne, et son homologue britannique Philip Hammond doit arriver « ce week-end ».

« C’est à présent le moment, avec nos principaux alliés, de profiter de l’élan récent, de faire pression sur l’Iran sur les points où des divergences persistent, et de tendre toutes nos forces pour obtenir un accord sur la ligne d’arrivée », avait déclaré jeudi M. Hammond.

Les ministres russe, chinois et allemand n’ont pas encore confirmé leur venue.

‘Ce n’est pas un jeu’

« On a tous envie d’arriver à un accord », explique une source diplomatique occidentale. « Tout le monde s’est tellement investi depuis plus d’un an, tant de travail a été fait… », rappelle-t-elle.

« Tout le monde le veut. Mais il ne s’agit pas d’un jeu, nous n’allons pas terminer cette histoire avec un vague accord qui s’écroulerait dès que nous aurions le dos tourné », souligne une autre source occidentale, rappelant que des paramètres aussi précis que possible doivent être établis sur les points clés au coeur de la négociation: enrichissement d’uranium, durée d’un accord, levée des sanctions…

Téhéran et les puissances du P5+1 (États-Unis, GB, France, Russie, Chine et Allemagne) négocient depuis un an et demi pour trouver un accord sur le nucléaire iranien, dossier qui empoisonne les relations internationales depuis le début des années 2000.

La communauté internationale veut s’assurer que l’Iran ne se dotera jamais de la bombe atomique, en ayant la possibilité de contrôler étroitement son programme nucléaire, en échange d’une levée des sanctions qui asphyxient ce pays.

Un accord provisoire signé en novembre 2013 a déjà été prorogé deux fois, et les négociateurs se sont fixé jusqu’au 31 mars pour parvenir à un accord politique, ou au minimum une entente de principe, avant un texte complet dans lequel seraient finalisés tous les détails techniques, avant le 30 juin.

« Nous pensons toujours qu’un accord est possible, mais quant à savoir à quel moment c’est une autre histoire. Notre sentiment est que nous pourrons certainement parvenir à un accord mais cela nécessite la volonté politique de l’autre partie », a déclaré M. Zarif.

Confrontés à la pression de leurs faucons respectifs, et de l’hostilité des puissances régionales à tout accord qui renforcerait la position internationale de l’Iran chiite, MM. Kerry et Zarif ont besoin d’une entente substantielle d’ici fin mars pour tenir le cap jusqu’à la date ultime du 30 juin.

Le président iranien Hassan Rohani a lancé jeudi une offensive diplomatique exceptionnelle auprès des dirigeants des grandes puissances pour pousser à la conclusion d’un accord, tout en réitérant l’une des exigences incontournables de son pays: « l’annulation totale des sanctions » américaines, européennes et surtout onusiennes, auxquelles est soumis l Iran depuis 2006.

M. Rohani a appelé un par un ses homologues français François Hollande, russe Vladimir Poutine, chinois Xi Jinping, et le Premier ministre britannique David Cameron. Il a également envoyé une lettre à tous les dirigeants du P5+1, dont le président américain Barack Obama.

MM. Rohani et Obama se sont parlé au téléphone une seule fois fin 2013 en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, alors que les deux pays n’ont toujours pas rétabli leurs relations diplomatiques, rompues depuis 35 ans.

Semblant anticiper la probabilité d’un compromis, les sénateurs américains ont eux approuvé jeudi à l’unanimité une mesure non contraignante appelant au rétablissement immédiat de sanctions contre l’Iran en cas de violation de tout accord sur le nucléaire.

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