Présidentielle au Nigeria: Jonathan reconnaît sa défaite, selon l’opposition

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Le président nigerian Goodluck Jonathan (g) et le candidat de l'opposition, l'ancien général Muhammadu Buhari, le 26 mars 2015 à Abuja (Philip Ojisua/AFP)
Le président nigerian Goodluck Jonathan (g) et le candidat de l’opposition, l’ancien général Muhammadu Buhari, le 26 mars 2015 à Abuja (Philip Ojisua/AFP)

Le parti d’opposition du Congrès progressiste (APC) a affirmé à l’AFP que le chef de l’État Goodluck Jonathan avait reconnu mardi sa défaite face à son candidat, Muhammadu Buhari, à la présidentielle nigériane, la plus serrée de l’histoire du pays.

«Le président Jonathan a appelé à 17 h 15 (12 h 15 au Québec)», pour reconnaître sa défaite, a déclaré à l’AFP Shehu Garba, le directeur de campagne de M. Buhari. «Le général Buhari a accepté et il l’a remercié pour cela», a-t-il ajouté. Le porte-parole de M. Jonathan n’était pas immédiatement joignable pour confirmer cette information.

Des milliers de personnes fêtaient la «victoire» de l’opposant Buhari dans les rues de Kano.

En milieu d’après-midi, M. Buhari, ex-général de 72 ans qui fut à la tête d’une junte militaire dans les années 1980 et se présente pour la quatrième fois à la présidentielle depuis le retour du pays à la démocratie en 1999, bénéficiait d’une avance de 2,9 millions de voix sur M. Jonathan, selon des résultats officiels partiels concernant la capitale fédérale, Abuja, et 31 des 36 États du Nigeria, a annoncé la Commission électorale indépendante (Inec).

Cela a suffi au porte-parole du Congrès progressiste (APC), le mouvement de M. Buhari, pour crier victoire: «C’est la première fois que l’opposition chasse un gouvernement par la voie des urnes dans l’histoire du Nigeria», a déclaré à l’AFP Lai Mohammed.

Le vote communautaire et religieux est un phénomène très marqué au Nigeria, pays mosaïque de 173 millions d’habitants, le plus peuplé d’Afrique, majoritairement chrétien dans sa moitié sud et musulman dans sa moitié nord.

M. Buhari, un musulman du nord, a largement devancé M. Jonathan dans ses fiefs, de 1,7 million de voix dans l’État de Kano, le plus peuplé du nord, et de 650 000 voix dans celui de Kaduna.

Quant à M. Jonathan, il a été plébiscité dans la région pétrolifère du delta du Niger, au sud, remportant plus de 98% des suffrages dans son fief de Bayelsa et près de 95% dans l’État voisin de Rivers.

L’APC de M. Buhari, accusant le Parti démocratique populaire (PDP) de M. Jonathan d’avoir bourré les urnes dans l’État de Rivers, avait déposé une plainte auprès de l’Inec. Mais Attahiru Jega, le président de l’Inec, a considéré mardi que les accusations n’étaient «pas assez conséquentes» pour annuler le scrutin dans cet État.

L’Inec a promis d’examiner toutes les plaintes.

Son impartialité a été mise en cause en début d’après-midi par un responsable du PDP, qui a interrompu l’annonce des résultats partiels pour lancer à M. Jega: «Nous n’avons plus confiance en ce que vous faites».

À Lagos, capitale économique et ville la plus peuplée du pays, où les électeurs ont tendance à voter selon d’autres critères que l’origine et la religion des candidats, M. Buhari a devancé M. Jonathan.

Lagos, qui compte environ 20 millions d’habitants, est considéré comme un État-clé du scrutin, mais seulement 1,7 million des 5,8 millions d’électeurs enregistrés y ont voté pour la présidentielle et les législatives.

M. Buhari, qui améliore largement ses scores par rapport au scrutin de 2011, a axé sa campagne électorale sur la lutte contre la corruption endémique au Nigeria, pays à la croissance dynamique devenu l’an dernier la première puissance économique d’Afrique, riche de son importante production de pétrole mais aux inégalités sociales criantes.

Craintes de violences 

Pour cette présidentielle la plus serrée de l’histoire du Nigeria, nombreux sont ceux qui redoutent des violences comme en 2011, lorsque des affrontements avaient fait un millier de morts après l’annonce de la victoire de M. Jonathan.

Des troubles ont éclaté dès dimanche dans l’État de Rivers, où l’APC a organisé de nombreuses manifestations pour dénoncer des fraudes. Des rassemblements se sont poursuivis lundi, jusqu’à l’instauration d’un couvre-feu pour la nuit.

Kaduna, grande ville du centre submergée par les violences entre chrétiens et musulmans en 2011, craint l’embrasement.

«Si le président Jonathan est déclaré vainqueur, et non le général Buhari (…) je peux vous dire que Kaduna va s’embraser», avait prévenu lundi Awwal Abdullahi Aliyu, président de l’Union pour l’unité du peuple du Nord et la réconciliation, une organisation oeuvrant localement pour l’entente entre chrétiens et musulmans.

L’Union africaine a appelé à recourir «aux moyens légaux existants au cas où il y aurait contestation des résultats» de ces élections, qui ont, selon elle, respecté «les principes continentaux des élections démocratiques».

Les observateurs de l’ONG nigériane Transition Monitoring Group (TMG), ainsi que de l’Institut démocratique national (NDI), basé à Washington, ont également salué la régularité du scrutin.

Washington et Londres ont en revanche exprimé leur inquiétude au sujet de «possibles interférences politiques» dans le décompte des voix au niveau régional, même s’il n’y a pas «eu pour le moment de manipulation systématique du processus» électoral.

Des craintes «sans fondement», a rétorqué l’Inec, et même des «balivernes», pour le porte-parole de campagne de M. Jonathan, Femi Fani-Kayode.

Outre leur président, les 69 millions d’inscrits ont voté ce week-end pour élire les 109 sénateurs et les 360 députés nigérians.

La rébellion de Boko Haram, qui menaçait d’empêcher le vote, notamment dans ses bastions du nord-est, a finalement échoué malgré quelques attaques, sans doute affaiblie ces dernières semaines par l’offensive internationale en cours.

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