Turquie: l’espion arrêté passe aux aveux et donne les détails de son travail pour le Canada

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Arrêté le 28 février, Mohammad al-Rashed, de nationalité syrienne, aurait été à la solde des services de renseignements canadiens (capture d'écran/A Haber news/45eNord.ca)
Arrêté le 28 février, Mohammad al-Rashed, de nationalité syrienne, aurait été à la solde des services de renseignements canadiens (capture d’écran/A Haber news/45eNord.ca)

Selon les médias turcs, le présumé espion à la solde du Canada, Mohammad al-Rashed, serait passé aux aveux et aurait expliqué à la police, non seulement comment il a aidé les trois adolescentes britanniques et d’autres ressortissants étrangers à se rendre en Syrie pour joindre les rangs de l’EI, mais les détails de son travail pour les services de renseignements canadiens.

La semaine dernière, malgré les dénégations d’Ottawa, les médias Turcs continuaient à affirmer sur la foi de renseignements qu’ils disaient tenir de source très proches du gouvernement d’Ankara que l’espion de la coalition que les autorités détenaient et qui avait aidé trois adolescentes à joindre le groupe armé l’État islamique (EI) était un bel et bien «un espion travaillant pour le Canada».

Arrêté le 28 février, Mohammad al-Rashed utilisait le pseudonyme Dr Mehmet Resit. Il détenait un passeport syrien.

Il aurait voyagé le 18 février dernier avec les adolescentes britanniques d’Istanbul à Gaziantep, une ville réputée pour être un point de passage vers la Syrie. Il les aurait ensuite laissées aux mains «d’individus impliqués dans le trafic d’êtres humains».

Dans une déclaration jointe au rapport des services turcs, Al-Rashed affirmait, selon le quotidien turc Daily Sabah, qu’il se rendait occasionnellement à l’ambassade du Canada en Jordanie pour partager de l’information qu’il détenait.

Le présumé espion à la solde des services canadiens aurait en outre avoir fourni l’information sur le voyage des trois adolescentes britanniques aux services canadiens de renseignements le 21 février dans l’espoir d’obtenir, affirme-t-il, la citoyenneté canadienne.

Bel et bien à la solde des renseignements canadiens, selon les Turcs

Selon sa déclaration à la police, dont le quotidien turc affirme connaître la teneur, Rashed est entré en contact avec les fonctionnaires canadiens en 2013 quand il a cherché à obtenir l’asile au Canada. Rashed a déclaré que les responsables canadiens ont demandé des informations concernant les opérations du groupe armé État islamique « en échange de la citoyenneté ».

Rashed aurait clairement affirmé dans sa déclaration qu’il travaillait pour le gouvernement canadien, en échange de la citoyenneté. « Alors que je travaillais dans un hôpital de Raqqa, j’obtenais des des blessés des informations sur les opérations du groupe État Islamique. Je transmettais ces informations à l’ambassade du Canada en Jordanie. Pour ce faire, je me rendais en Jordanie en passant par Istanbul et donnait les informations, enregistrées dans mon portable, aux fonctionnaires de l’ambassade canadienne. Je livrais à mes contacts à l’ambassade des renseignements sur les passeports, les étiquettes de bagages et d’autres détails sur ceux qui, de l’étranger, venaient se joindre au groupe djihadiste ».

J’ai également transmis des informations au même endroit via Internet. Et, outre les trois adolescentes britanniques, j’ai aussi envoyé des informations à l’ambassade canadienne sur 12 personnes que j’ai aidé à se rendre en Syrie, à l’ambassade canadienne », poursuit Rashed dans sa déclaration, précisant que son « but était de savoir quels moyens sont utilisés par ceux qui veulent se joindre à l’État islamique et transmettre cette information au gouvernement du Canada ».

En ce qui concerne les coûts de son opération, Rashed a déclaré que le coût de ses billets d’avion a été couvert par l’ambassade du Canada en échange de reçus. « Les gens que j’aidais à traverser en Syrie couvraient[quant à eux]mes tickets de bus ».

Déclarant que toutes ses opérations sont enregistrées dans son ordinateur portable, Rashed a dit que pendant la période où il était en Turquie, il a surtout aidé des ressortissants du Royaume Uni à se rendre en Syrie, mais il a également aidé des Sud-Africains, des Indonésiens, des Australiens et des Nigérians.

Rashed a aussi affirmé, toujours selon ce que le Daily Sabah prétend savoir de la déclaration du présumé espion aux autorités, qu’il donnait des informations détaillées sur ses ses contacts avec le groupe armé État Islamique. « Abu Kaka, un ressortissant britannique situé à Raqqa, envoyait les informations de ceux qui voulaient se rendre en Syrie par WhatsApp. Ceux qui venaient de pays étrangers pouvaient également me contacter via Abu Kaka », ajoutant, à propos des trois adolescentes britanniques « J’ai pris trois jeunes filles britanniques à la Esenler Coach Station à Istanboul, j’ai acheté leurs billets, et je les ai livrées à un dénommé Abu Baker à Gaziantep », précisant que le rôle de celui-ci était alors de trouver des véhicules privés pour les conduire en Syrie.

Rashed a déclaré qu’il a été en contact avec une personne nommée « Matt » à l’ambassade canadienne et que « Matt » remettait les informations de Rashed à son supérieur « Claude. »

Rashed a également révélé sa participation dans le transit de l’argent entre le groupe armé État islamique et ses sympathisants à l’étranger « L’argent m’était envoyé et, à mon tour, j’envoyais l’argent à mon frère à Raqqa via un bijoutier de Şanlıurfa. Abu Kaka passait alors le récupérer chez mon frère ».

Depuis juillet 2013, l’ambassadeur du Canada en Jordanie est Bruno Saccomani. Ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada, il était le responsable de l’escouade spéciale de la Gendarmerie royale du Canada chargé de la sécurité du premier ministre au moment de sa nomination. L’ambassade du Canada en Jordanie est aussi responsable des relations diplomatiques avec l’Irak.

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Que tout cela soit vrai ou soit faux, ce qui est certain est que cette affaire qui jette le blâme sur un collaborateur des services occidentaux est une aubaine inespérée pour la Turquie, taxée depuis longtemps par ses alliés de laxisme et accusé de laisser passer par son territoire ceux et celles qui partent combattre aux côtés de l’EI en Syrie le régime Assad, la bête noire d’Ankara.

Le départ de ces trois jeunes filles et leur passage probable au sein de l’EI ont également causé des tensions entre le Royaume-Uni et la Turquie qui a accusé à son tour la Grande-Bretagne de ne pas l’avoir informée suffisamment tôt du périple des trois adolescentes, ce qui a fait en sorte qu’Ankara n’a pu les empêcher de franchir la frontière syrienne.

Depuis, trois autres jeunes Britanniques sont arrivés à Londres après avoir été arrêtés en Turquie d’où ils s’apprêtaient à rejoindre la Syrie. Ils ont été cette fois bel et bien été interceptés par les autorités turques sur la base d’informations transmises par Londres.

« Vendredi 13 mars [ le même jour où éclatait l,affaire du présumé espion canadien, NDLR], les inspecteurs de l’unité anti-terroriste ont reçu l’information que deux garçons de 17 ans du nord-ouest de Londres avaient disparu et qu’ils étaient sans doute en route pour la Syrie », a indiqué dimanche dernier Scotland Yard dans un communiqué. « L’enquête a établi qu’ils voyageaient avec un troisième homme, âgé de 19 ans. Les inspecteurs ont alerté les autorités turques, qui ont intercepté les trois hommes, les empêchant de se rendre en Syrie », a ajouté la police britannique.

Les autorités turques les ont expulsés, samedi, vers le Royaume-Uni et, de retour sur le sol britannique, ils ont aussitôt été arrêtés sur des « soupçons de préparation d’actes terroristes ».

Quant à l’affaire du présumé espion à la solde du Canada et dont les médias turcs font leur chou gras, cela pourrait n’être qu’un rappel à tous que tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir et que les services occidentaux aussi doivent composer avec des individus parfois peu recommandables.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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